Najoua Arduini-ElAtfani, Club du XXIe siècle : itinéraire d'une militante nouvelle génération

Elle est claire, classe, cash. Un quart d'heure au téléphone avec Najoua Arduini ElAtfani, c'est l'équivalent d'une cure de vitamine C et d'un tour de Grande Roue. On ressort reboosté et on voit les choses de plus haut. De la cité des Brouets à Mantes-la-Ville (78) à la présidence du Club du XXIème siècle : portrait d'une fonceuse et frondeuse, en marche pour l'égalité des chances.

Najoua Arduini-ElAtfani, Club du XXIe siècle : itinéraire d'une militante nouvelle génération
© Najoua Arduini ElAtfani

"Moi, je vivais dans "un quartier dit de banlieue" et certains amis de lycée vivaient dans de belles maisons en pleine campagne. Ce mélange a donné lieu à des amitiés insoupçonnables !", se souvient Najoua, 31 ans. Cette jeune femme brillante d'origine marocaine est aujourd'hui ingénieur à la tête du développement de Neom, une filiale de Vinci, et depuis février Présidente du Club du XXIeme siècle, puissant réseau d'influence chargé de promouvoir l'égalité des chances dans les cercles fermés du pouvoir.

Ce mélange, c'est le lycée de Magnanville, dans les Yvelines. Cet établissement scolaire situé à quelques kilomètres de Mantes-la-Jolie a été construit dans les années 90 à la frontière entre zone pavillonnaire et champs de blé. Grâce à la carte scolaire, se côtoient les jeunes des cités, du centre-ville, des campagnes, des zones résidentielles... C'est aussi à cette époque le seul de la région proposant des filières d'excellence comme Mat Sup, Mat Spé et Hypokhâgne. "Dans nos classes, il y avait de tout, des enfants d'origine française et étrangère, issus de milieux sociaux différents. On a touché aux premiers conflits qui concernaient la génération de nos parents mais pour nous, c'était beaucoup plus simple finalement, on avait envie de leur dire que ce n'était pas comme ils le pensaient."

najoua arduini elatfani portrait
Najoua Arduini-Elatfani, Présidente du Club du XXIème Siècle. © Club du XXIème Siècle

"J'ai eu une chance que tout le monde n'a pas"

Fille d'ouvrier originaire du Maroc et dernière de la fratrie, elle grandit dans la cité des Brouets à Mantes-la-Ville avec ses quatre frères et sœurs. Sa mère, privée d'école, encourage ses enfants à poursuivre leurs études. "J'ai eu une chance que tout le monde n'a pas : mes parents ont été très impliqués dans nos études, ils nous ont toujours poussé à continuer". Mais bien s'orienter n'est pas chose facile. "Chance, encore" : la grande sœur de Najoua, qui a fait une prépa HEC, lui indique l'existence des classes préparatoires.  Mordue de maths, Najoua  fonce et fait maths sup-maths spé. 

Tout s'accélère. Elle est admise à l'Ecole spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie. Pas un rêve en soi, plutôt un vrai challenge. Le fait d'apprendre un métier longtemps réservé aux hommes pique sa curiosité. Son diplôme en poche, en 2005, elle est embauchée par Vinci et devient ingénieur travaux sur des chantiers, puis ingénieur commercial. Aujourd'hui, à 31 ans, elle pilote le développement de Neom, une nouvelle entité de Vinci. Depuis février, elle est aussi la Présidente du Club du XXIème Siècle, dans le sillage de Fleur Pellerin puis Pap'Amadou Ngom, un réseau de trois cents membres mobilisés pour défendre l'idée que la Diversité est une chance pour la France. "Quand on parle des minorités visibles, on parle toujours des cas difficiles, pour autant il y a aussi de très belles réussites", souligne-t-elle. 

L'importance du réseau

Son énergie, sa capacité de travail et sa chance, Najoua veut à présent en faire profiter les autres. "La première population d'immigrés n'est pas arrivée en France pour travailler dans les entreprises mais dans les usines, analyse-t-elle, on ne pouvait pas compter sur nos parents pour nous ouvrir les portes des bureaux et nous faire rencontrer les bonnes personnes". A l'école d'ingénieur, d'ailleurs, elle n'a pas cette notion de réseau. "Quand on habite en banlieue, on a un train à prendre, on se dépêche, on rentre vite. Si l'on m'avait expliqué l'importance de créer du lien avec les étudiants pour plus tard, j'aurais fait en sorte de rester une ou deux soirées par semaine à Paris, pour juste prendre un verre, discuter...". Voilà le type de conseils très pratiques qu'elle donne aux jeunes femmes suivies dans le cadre du nouveau programme de mentoring du Club. Apprendre à valoriser ses compétences, prendre la parole en public, s'exprimer et maîtriser les codes de l'entreprise. Mais aussi, éviter de tomber dans la revendication systématique. "Il ne faut pas non plus toujours penser que si ça ne fonctionne pas, c'est parce que l'on est une femme issue de l'immigration". Ce fameux double plafond de verre. 

"Un diplôme, personne ne pourra jamais vous l'enlever"

S'il y a bien un message que Najoua passe aux filles et les garçons de collèges et lycées, notamment à l'occasion des Entretiens de l'excellence chaque année dans 14 ZEP (zone d'éducation prioritaire), c'est l'importance des études et du diplôme. "Quelle que soit l'origine sociale, culturelle, ethnique, le premier pas vers l'ascension sociale, ce sont les études. Un diplôme, personne ne pourra jamais vous l'enlever. Nous sommes encore persuadés que le système de méritocratie à la française fonctionne, il faut simplement donner les mêmes chances à chacun." Alors ne lâchons rien !


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