Droit à l'avortement : les femmes se mobilisent au Brésil

Au Brésil, les députés menacent de supprimer totalement le droit à l'avortement, déjà fortement restreint. Les femmes sont descendues en masse dans la rue afin de clamer haut et fort leurs revendications.

Droit à l'avortement : les femmes se mobilisent au Brésil
© Ilan Pellenberg/SIPA

"Mon utérus a le droit d'avoir peur", lit-on sur les pancartes d'une manifestation au Brésil. À Rio, les femmes se sont mobilisées dans la rue pour revendiquer le maintien du droit à l'IVG. "Les gens ne devraient pas avoir peur de l'avortement, les gens devraient avoir peur de forcer quelqu'un à être mère", clamait une femme en tenant un bébé. À São Paulo, certaines ont même défilé seins nus, une manière de souligner que leur corps leur appartient. Dans le pays, beaucoup appréhendent l'avenir depuis que le Congrès va présenter un amendement indiquant que le droit à la vie est "inviolable dès la conception". Une inscription qui menace de supprimer complètement le droit à l'IVG, déjà fortement limité. L'avortement est jusque-là seulement autorisé s'il y a eu viol, si le fœtus est atteint d'anencéphalie - c'est-à-dire sans cerveau - ou si la grossesse menace la vie de la mère. Les femmes qui avortent hors de ces cas risquent jusqu'à trois ans de prison.

Ces restrictions n'empêchent pas les Brésiliennes d'avoir massivement recours à l'IVG. Selon une étude de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), chaque année, environ un million d'entre elles interrompent leur grossesse et une femme décède tous les deux jours des suites d'un avortement clandestin. Si l'interruption volontaire de grossesse était totalement illégale, ce chiffre augmenterait fatalement.

"Dix-huit hommes ne peuvent pas décider de la vie des femmes"

Les députés chrétiens évangéliques ont tenté d'insérer ce paragraphe sur le droit à l'avortement lors d'une commission sur les congés maternités. Sur les 19 députés présents, 18 ont voté pour son interdiction totale. Rodrigo Maia, le président de la Chambre des députés a tout de même assuré que l'avortement en cas de viol ne serait pas voté, dans une tentative (peu fructueuse) de rassurer les foules. "Dix-huit hommes ne peuvent pas décider de la vie des femmes", s'est indigné le Front contre la Criminalisation contre les femmes et pour la Légalisation de l'Avortement. 

Pour être adopté, l'amendement doit être voté à la majorité absolue ou par les deux tiers des voix dans les deux chambres du Congrès. Selon certains observateurs, il est peu probable que les députés entérinent cet amendement. La plupart d'entre eux ne souhaitent pas s'attirer les foudres de l'électorat féminin, à un an des élections Présidentielles. 

Depuis la destitution de l'ancienne Présidente Dilma Roussef, un vent de conservatisme souffle sur le pays. La politique mise en place par le gouvernement de Michel Temer, alliée à l'influence grandissante des députés évangélistes, pourrait entraîner le pays vers un véritable retour en arrière. 

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