Règles : le sang est enfin rouge dans une pub

En Angleterre, une pub pour serviettes hygiéniques montre le sang des règles sans honte. Depuis quelques années, les initiatives pour gommer les tabous liés aux menstruations se multiplient. Les règles (du jeu) ont-elles changé ?

Règles : le sang est enfin rouge dans une pub
© Capture d'écran Body Form

Du sang qui coule le long d'une jambe et du rouge sur une serviette hygiénique. La marque anglaise de protections périodiques Body Form a osé montrer la réalité des menstruations sans filtre (ou presque) dans un spot publicitaire. Alors que dans la plupart des vidéos promotionnelles de ce type, un liquide bleu remplace le rouge du sang, cette fois, pas de tabou. Comme le rappelle le hasthag qui accompagne la pub, #bloodnormal : le sang des règles est normal. Oui, les femmes ont leurs règles et ce n'est pas un liquide translucide qui s'écoule de leur vagin. L'heure de la prise de conscience a-t-elle sonné ? Force est de constater que depuis qu'Instagram a suscité un tollé avec le cliché d'un pantalon tâché par du sang menstruel en 2015, les choses semblent (un peu) changer. Les initiatives se multiplient pour atténuer le malaise que provoquent les menstruations dans la société. En France, pour l'instant, aucune marque n'a sauté le pas, mais l'espoir est vif.

Les menstruations sur la place publique 

Le 12 octobre dernier, pour la Journée internationale des filles, les fontaines de Paris ont viré au rouge sang. Pas d'inquiétude à avoir, la première plaie d'Égypte n'a pas frappé. Le collectif Insomnia a tenté de faire passer un message pour éradiquer le tabou des règles et demander plusieurs avancées, comme la gratuité des protections hygiéniques pour les mineures. "Honteuses de leur corps dès l'adolescence, les femmes se sentent continuellement obligées de les cacher", s'est indigné le collectif sur Facebook. 

En juillet dernier, l'idée de mettre en place des distributeurs de tampons gratuits dans les lycées a été soumise au Conseil régional d’Île-de-France par Muriel Guenoux, élue des Radicaux de gauche. Un concept largement soutenu par les internautes qui ont aussitôt lancé le hashtag #TasPasUnTampon

Des livres san(g)s tabou

En 2017, les règles sont même célébrées dans les librairies. En janvier, la journaliste Elise Thiébaut a publié Ceci est mon sang, un livre explicatif sur les menstruations, avec pour ambition d'éduquer les lecteurs. L'auteure fait remarquer avec humour que pendant 57.600 heures de la vie d'une femme, l'équivalent "d'un demi-verre de Bordeaux" de sang s'écoule de son vagin tous les mois. Une façon de dérider les dubitatifs. En mai, Jack Parker, auteure du blog Passion Menstrues, publiait son ouvrage Le Grand Mystère des Règlesdans lequel elle normalisait cette période du mois et répondait sans retenue aux questions que certaines n'osent pas poser. 

Eduquer pour diffuser le message 

Ce n'est pas nouveau, on change souvent le monde en musique. Dans cette optique, en 2016, Wham Bam Thank You Ma'am, un trio d'Australiennes a sorti le titre "I got that flow" pour dédramatiser les menstruations. Le clip ne prend pas de pincettes avec des hommes déguisés en tampons, du sang coulant sur les principales protagonistes, des serviettes hygiéniques à tire-larigot. Résultat ? La Toile s'est enflammée et le message est passé. Les Youtubeuses ajoutent également leur pierre à l'édifice en postant des vidéos qui abordent les règles sans complexe, à l'image de Marissa Rachel, qui a créé une chaîne Youtube entièrement consacrée au sujet.

Pour faire bouger les choses, il est aussi nécessaire de prendre le problème à la racine en éduquant les jeunes. Un jeu de société a été imaginé par une poignée d'étudiantes pour expliquer le phénomène des menstruations aux enfants. S'il n'est pas encore commercialisé, les créatrices du jeu tentent de vendre leur projet pour que toutes les filles puissent en bénéficier.

"Lutter contre cette honte est un petit pas pour redonner confiance aux femmes qui ont le courage de se battre pour l'égalité", observe l'artiste Sarah Levy dans SocialistWorker, après avoir peint un portrait de Donald Trump avec son sang menstruel.
Malgré toutes ces initiatives, la gêne subsiste encore auprès de ces messieurs et une partie des femmes rougit lorsque le sujet est évoqué. Selon une étude du groupe SCA, les menstruations sont un sujet tabou au sein du couple pour trois quart des Françaises. Espérons que dans quelques années, le problème sera réglé. 

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