Femmes SDF : le tabou des agressions sexuelles dénoncé

C'est une réalité qu'il faut cesser d'ignorer : 70% des femmes sans-abri ont déjà été agressées sexuellement. La plupart ne peut échapper à ce quotidien invivable et a peu de recours pour éviter que le pire ne se reproduise. Les témoignages se multiplient pour faire connaitre la vérité.

Femmes SDF : le tabou des agressions sexuelles dénoncé
© Benoit Daoust/123RF

"J'ai été violée 70 fois en 17 ans de rue." Anne Lorient, ancienne sans-abri, a tenu à aborder ce sujet tabou en transposant son expérience dans son livre Mes années barbares. Les agressions sexuelles des femmes SDF sont bien plus répandues que l'on ne se l'imagine. Pour le prouver, France Info a recueilli plusieurs témoignages glaçants qui montrent l'horreur de la situation.

"Les agressions dans la rue, cela va du père de famille qui essaie de vous violer pendant que vous dormez au réseau mafieux qui monnaye un coin de trottoir", assène une ancienne SDF quinquagénaire, agressée sexuellement dans la rue au moins une dizaine de fois.

70% des femmes SDF on déjà été agressées sexuellement

Considérées en marge de la société, perçues comme des moins-que-rien, les sans-abri sont très fortement exposées au viol et aux agressions sexuelles. Agnès Lecordier, présidente de la fondation Lecordier, qui leur vient en aide, rappelle dans l'article que 38% des sans-logis sont des femmes et que 70% d'entre elles ont déjà été agressées sexuellement.

Invisibles et inaudibles

"Dès qu'un mec s'approche, je m'urine dessus pour le faire fuir", affirme Marie, SDF à Paris, à France Info. Certaines cherchent à rester cachées, à repousser les menaces, à ressembler à des hommes pour se protéger des éventuelles attaques. D'autres font tout pour dissimuler leur situation d'errance. Elles font en sorte de rester aussi féminines et aussi propres que possible. Et mobiles. Dans une interview au Journal des Femmes, Claire Lajeunie, réalisatrice du documentaire Femmes invisibles, survivre dans la rue, précisait : "Vous en avez peut-être croisées dans la rue sans vous dire qu'elles dormaient dans un parking"

"Elles préfèrent dormir dans un parking que dans un dortoir mixte où elles risquent de se faire violer"

Beaucoup de ces femmes, violentées quand elles ne sont pas ignorées, restent murées dans le silence en cas d'agression sexuelle. Pour certaines, la peur de ne pas être crue est plus fort que tout. D'autres s'imaginent qu'elles sont responsables de leur sort. Elles n'osent pas et ne peuvent pas demander justice : "C'est très dur de porter plainte, les SDF ne sont pas les bienvenues dans les commissariats. Ce sont les hôpitaux qui m'ont reçue qui ont souvent porté plainte à ma place", se souvient Anne Lorient dans les colonnes de France Info

Même dans les centres d'hébergement d'urgence, leur seule planche de salut, les agressions ne sont pas rares. "Elles m'ont toutes dit qu'elles préféraient dormir dans un parking que dans ces dortoirs mixtes où elles risquent plus de se faire violer qu'autre chose", expliquait Claire Lajeunie au Journal des Femmes.

Selon le baromètre du 115 de juillet 2017, 58% des demandes d'hébergement émanant de femmes ne sont pas pourvues. À Paris, les centres réservés aux femmes ne se comptent que sur les doigts d'une main. En janvier dernier, un nouveau foyer pour abriter les femmes SDF vieillissantes avait ouvert ses portes dans la capitale. Pour l’instant, les aides proposées par l'État et les associations sont loin de suffire à apaiser leur calvaire.

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