Politique : pourquoi les femmes sont invisibles ?

Au terme des élections législatives, 42,5 % de députées pourraient siéger à l'Assemblée nationale. Une première dans l'Histoire française, qui les a toujours reléguées au second plan de la vie publique. Marlène Coulomb-Gully, professeure et chercheuse à l'Université Toulouse 2-Jean Jaurès, apporte des explications dans le livre "Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles".

Politique : pourquoi les femmes sont invisibles ?
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A l'issue des élections législatives, un nouveau record pourrait être battu en terme de représentation féminine à l'Assemblée nationale. Après le premier tour, 248 candidates sont arrivées en tête dans leur circonscription (soit 42,5 %), contre 329 hommes, d'après les chiffres des Décodeurs. Jusqu'à lors, l’hémicycle comptait 155 femmes (soit 26,8 %), ce qui n'avait encore jamais été vu sous la Ve République. D'autant plus qu'à en croire les informations du Canard enchaîné, le président Macron souhaiterait une présidente à la tête de l'Assemblée. Victoire !  Un pas vers la parité... et un triste rappel qu'elle n'est pas atteinte, malgré des siècles de combat. Rappelons qu'aucune femme n'a encore jamais été élue présidente de la République, de l'Assemblée nationale ou du Sénat en France. Pourquoi sont-elles si rares dans la vie publique ? Tentons de retracer les origines de cette exclusion.

Petite histoire du sexisme en politique

Marlène Coulomb-Gully analyse la question dans Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles (aux éditions Belin). Cette professeure à l'Université Toulouse 2-Jean Jaurès dissèque la chronologie de leur mise à l'écart de la vie publique, déjà en vigueur dans l'Antiquité. L'auteure rappelle que dans la France du Moyen Âge, selon la loi salique, les femmes n'avaient pas le droit de siéger sur le trône – sinon pendant les périodes de régence – contrairement à l'Espagne ou l'Angleterre. Et de préciser que le mot "reine" ne désigne que l'épouse du roi dans la langue de Molière...

Puis, en 1789, la Révolution a éclaté. Les femmes, qui avaient largement combattu pour l'abolition des privilèges, pensaient pouvoir accéder à la citoyenneté. Mais elles se voient renvoyées dans leur foyer, "là où la Nature a voulu que vous fussiez", comme l'a esbroufé le procureur Chaumette, choqué que des femmes comme Olympe de Gouge veuillent "politiquer". Cette dernière publie en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, texte engagé qui plaide en faveur de l'égalité des sexes. Il se voit évidemment rejeté par la Convention nationale.

Au XIXe et XXe siècle, l'Europe voit une montée de militantisme féministe pour octroyer le suffrage aux femmes. Il faudra néanmoins attendre la fin de la Seconde guerre mondiale, le 21 avril 1944, pour que les Françaises aient enfin le droit de voter... Et de débuter un nouveau combat : celui pour la parité en politique, fer de lance des féministes dans les années 90. Si elles n'ont pas gagné la guerre, elles ont au moins remporté une bataille : le 6 juin 2000, la première loi visant à "favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives" est promulguée.

De la représentation sexiste dans l'imaginaire collectif et les médias

Marlène Coulomb-Gully nous apprend donc que, de tout temps, le pouvoir a été un attribut masculin. Force est de constater que cette représentation est toujours bien ancrée dans l'imaginaire collectif. Le métier politique nécessiterait "combativité et goût pour la compétition, résistance voire prouesse physique, charisme, maîtrise de soi et puissance oratoire", écrit l'auteure, soit des qualités dîtes "masculines". Et la professeure spécialiste du genre, des médias et de la politique de rappeler que le champ lexical politique est imprégné de sexisme. Pour exemple, "gouvernant" et "gouvernante" n'ont pas la même définition...

Marlène Coulomb-Gully explique également que le traitement médiatique varie selon le sexe : une femme politique s'y verra décrite par son apparence physique, sera sexualisée, reléguée en "épouse de" ou "mère de", appelée par son prénom ou par un sobriquet féminisé (Arlette Laguillier est surnommée la Vierge rouge, ou Ségolène Royal, la madone). On n'est pas aidées.

Dès lors, la question qui subsiste est : comment faire pour que les femmes accèdent au pouvoir ? Limiter le cumul des mandats paraît être une bonne solution pour l'auteure, la gent masculine constituant 80% des parlementaires cumulards. Celle qui est membre du Haut Conseil à l'égalité femmes-hommes propose aussi de combattre l'entre-soi masculin en constituant des groupes de femmes au sein des partis politiques pour mieux "peser sur les décisions et imposer des mesures permettant une meilleure mixité". Pour une plus juste organisation entre sphère privée et politique, la mise en place d'horaires adaptés aux obligations familiales et un meilleur partage des tâches ménagères à la maison pourraient aussi contribuer à faire avancer l'égalité. Rien de bien laborieux, donc. Une meilleure représentation des femmes à l'Assemblée nationale pourrait-elle être le début du changement ?

Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles, de Marlène Coulomb-Gully aux éditions Belin, collection "Egale à égal". En librairie au prix de 6,50 euros.

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