"Il existe une désinformation dramatique sur les tampons"

INTERVIEW - Le danger que peut représenter ce si petit objet qu'est le tampon. Voici le thème d'un documentaire diffusé mardi 25 avril à 20h50 sur France 5. Audrey Gloaguen, qui a réalisé ce programme choc, nous parle de ce sujet coton.

"Il existe une désinformation dramatique sur les tampons"
© Capture d'écran France 5

Pour le documentaire Tampon, notre ennemi intime, la réalisatrice Audrey Gloaguen s'est attelée à démontrer les dangers de cet objet d'hygiène, certes émancipateur, mais loin d'être inoffensif. Il peut notamment être responsable du choc toxique, parfois mortel. On fait le point avant la diffusion du reportage mardi 25 avril à 20h50 dans Le Monde en Face sur France 5, présenté par Marina Carrère d'Encausse.

Le Journal des Femmes : Pourquoi vous êtes-vous intéressée au tampon ? 
Audrey Gloaguen : Certains sujets font tellement partie de notre quotidien qu'on ne les interroge jamais. Le tampon a libéré les femmes, il a mis fin à la fatalité de rester chez soi quand on a ses règles. Parce que c'est un objet d'émancipation, il est difficile de le remettre en question. Mon équipe et moi avons été alertés par une pétition lancée par Mélanie Doerflinger, une jeune étudiante qui demande à ce que la composition des tampons soit enfin dévoilée. Cette action a pris de l'ampleur et a récolté plus de 270 000 signatures. 

"Parce que c'est un objet d'émancipation, le tampon est difficile à remettre en question"

Comment avez-vous effectué votre recherche documentaire ?
J'ai mis huit mois à réaliser ce documentaire, ce qui est très long. Au début, c'était difficile. J'ai été sidérée de constater qu'il n'existait presque aucune étude scientifique ou étude d'impact sur le sujet. Seuls 60 millions de consommateurs et les Etats-Unis se sont penchés sur la question. J'ai appelé de nombreux spécialistes, qui étaient souvent gênés par le sujet et n'avaient pas de réponses à me donner. Heureusement, le secrétariat d'Etat à la consommation venait juste de commencer à examiner le sujet. J'ai quand même dû faire beaucoup de conclusions seule, avec des raisonnements par association d'idées notamment. C'était compliqué, mais gratifiant. On se dit que l'on a un peu un rôle de lanceur d'alerte.

Existe-t-il un tabou des règles ? 
Il existe un énorme tabou autour des règles. C'est pour ça qu'on ne s'est jamais posé de questions sur les tampons depuis leur entrée sur le marché, dans les années 1960. Même les consommatrices n'étaient jusque-là pas en recherche d'informations. Comme selon les normes de la féminité, une femme doit être bien propre sur elle, il ne faut surtout pas parler de ce qui est hors de contrôle et qui pourrait entacher son image lisse et parfaite. Même si les règles sont naturelles. J'ai moi-même beaucoup hésité avant de réaliser le documentaire, je ne savais pas si je voulais traiter ce sujet. J'étais aussi dans le tabou.

Les mentalités ne sont-elles pas en train d'évoluer ? 
Ce n'est pas anodin qu'aujourd'hui des jeunes femmes tentent de faire bouger les choses, car elles ont moins de mal à parler des règles. On sent que le tabou se lève. Le monde de la chimie se développe depuis la seconde guerre Mondiale et on s'est mis à retrouver des composants chimiques partout. On réalise que le nombre de cancers explose, qu'il y a de nouvelles maladies qu'on ne comprend pas. On réalise que la pollution environnementale est énorme... On commence donc à s'interroger sur les composants de ce qui nous entoure. 

"Les femmes doivent pouvoir utiliser des produits en toute connaissance de cause"

La prévention et la sensibilisation sont-elles la priorité ? 
Il existe une désinformation dramatique sur les tampons. Pour les gels douche par exemple, les fabricants sont obligés de lister et afficher les ingrédients, mais pour les tampons qui touchent à une zone intra-vaginale ultrasensible, ce n'est pas le cas. Je ne dis pas que tous sont mal-intentionnés, mais cela arrange bien les fabricants de n'avoir de comptes à rendre à personne. Les femmes doivent pouvoir utiliser des produits en toute connaissance de cause. Chacun choisit de consommer ce qu'il souhaite, mais notre travail est d'avertir les gens. Le consommateur devront reprendre le pouvoir pour que les fabricants se plient à de nouvelles règles. Maintenant que le secrétariat d'Etat à la consommation s'est penché sur le sujet, j'espère que les choses évoluent. Je souhaite que tous les fabricants détaillent la composition de leur produit, mais aussi qu'il y ait des tests d'impact contraints par les politiques et de nouvelles études scientifiques réalisées.

Tampon, notre ennemi intimeDocumentaire réalisé par Audrey Gloaguen. 
Mardi 25 avril à 20h50 sur France 5 dans l'émission Le Monde en Face, présentée par Marina Carrère d'Encausse.  

 

 

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