Le féminisme, aussi une affaire d'hommes ?

Dans "féminisme", il y a femme. Alors forcément, certains s'excluent du mouvement, sans réaliser que derrière la sémantique se cache un combat en faveur de tous. James Franco et Ryan Gosling l'ont compris. A quand la prise de conscience générale ?

Le féminisme, aussi une affaire d'hommes ?
© MediaPunch/Shutterstock/SIPA

Ryan Gosling, Mark Ruffalo, Will Smith, Jake Gyllenhaal… Les acteurs américains le clament haut et fort : ils sont féministes. Activistes aperçus à la Women's March ou simples défenseurs des droits des femmes, tous se sont déjà exprimés ou engagés en faveur de salaires égalitaires, d'une meilleure répartition des tâches ou contre la culture du viol.

Estampillé "cool" par l'industrie de la mode, le féminisme devient un atour que l'on brandit fièrement. Pourquoi exclure les hommes de la tendance ? Pour rappel (un énième, en ce qui me concerne), le combat pour l'égalité des sexes revêt plusieurs formes en faveur d'un seul objectif : que les droits des femmes soient équivalents à ceux de leurs homologues masculins.

Ce rééquilibrage de balance, évidemment bénéfique pour les principales concernées, peut aussi être avantageux pour l'autre moitié de la population. L'OCDE a prouvé en 2008 que la pauvreté se réduit plus rapidement si la problématique de genre est prise en compte, par exemple. Mais plus qu'une aubaine pour une économie meilleure, le féminisme est surtout une bonne chose pour les hommes, contrairement à ce qu'en pensent ceux qui perçoivent les activistes comme de féroces anti-mâles.

Dans leur course à la virilité, les hommes ont parfois du mal à trouver leur place, deviennent agressifs et compensent en s'en prenant… aux femmes. Parce que la société, si elle victimise la figure féminine, impose à l'homme d'assumer beaucoup de tâches. Dans l’inconscient collectif, c'est encore à lui d'assurer la stabilité financière du foyer ou de faire le premier pas en amour. Autant de diktats qui peuvent avoir des effets néfastes dans sa construction. Sur l'implication des hommes dans le combat féministe, Emma Watson a déclaré : "Je veux que les hommes relèvent ce défi, afin que leurs filles, leurs sœurs et leurs mères n'aient pas à subir un quelconque préjudice, mais aussi pour que leurs fils puissent se montrer vulnérables et humains, en reprenant possession de ces parties d'eux-mêmes qu'ils avaient mis de côté." C'était en 2014, pendant le discours d'introduction du mouvement HeForShe, lancé par les Nations Unies.

Renouveau du féminisme

Qu'en est-il trois ans après ? "Le féminisme est vivant, aussi chez les hommes. On le voit dans la résistance à Trump aux Etats-Unis. Les Women's March par exemple ont été un symbole de renouveau du mouvement", déclarait Holly Baxter, féministe à l'origine du site Vagenda lors du séminaire Let's Act Together du Parlement européen. Un investissement remarquable, doublé d'initiatives plus minoritaires, mais tout aussi louables. Comme cette petite marque parisienne, Ypsylone, qui a lancé une ligne de vêtements mixte estampillée "Girl Power". Et qui a organisé début mars dans la capitale, une conférence sur le féminisme par les hommes.

"Il faut que les hommes, tout autant que les femmes, soient convaincus que l'égalité constitue un principe de justice sociale qui nous concerne tous", estime Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes. Pour faire avancer les choses, 50% de la population ne suffiront pas. Ernest Urtasun, un des trois hommes de la Commission européenne chargée des Droits des femmes et de l'égalité des sexes, est du même avis. Selon lui, c'est même "une question de société, pas de féminisme". Et d'avancer les arguments en faveur d'une meilleure répartition des postes ou d'un congé paternel aussi important que le maternel.

Interrogé sur la question, Julien Doré a rétorqué : "Etre conscient que la plupart du temps, les hommes se comportent comme des cons avec les femmes, c'est pas être féministe. C'est juste être lucide !" Mais pour Rebecca Amsellem, créatrice de la newsletter Les Glorieuses, le vocabulaire a son importance. "Il faut qu'on se dise féministe pour montrer qu'on se bat tous pour une seule chose : l'égalité entre les femmes et les hommes. le fait de l'utiliser va dé-diaboliser le mot."

De la difficulté de trouver sa place

Comment, en tant qu'homme, promouvoir les droits des femmes ? Pas facile de trouver sa place dans un combat qui nous concerne indirectement. Dans une interview pour Les Inrocks il y a un an, la porte-parole d'Osez le féminisme Claire Serre-Combe émettait des réserves quant au féminisme masculin : "Ca reste compliqué de dénoncer quand on appartient au groupe qui agresse (…). Un homme ne peut pas m'expliquer ce qu'est le sexisme, tout comme en tant que femme blanche je ne peux pas expliquer ce qu'est le racisme à une femme noire."

Le féministe proclamé peut quand même agir à plusieurs niveaux. "Un homme interviewé sur un sujet qui ne le concerne pas, comme le fait que les femmes ont moins de pouvoir dans certains domaines, a un seul rôle : passer le micro à celle qui expérimente la société patriarcale", propose Rebecca Amsellem. Dans la sphère privée, l'engagement peut être multiple : enfiler un tee-shirt féministe pour ouvrir le débat, dire non au slut-shaming, mieux répartir les tâches ménagères dans son couple, éduquer ses enfants avec des valeurs égalitaires… La liste est longue et tout le monde, homme ou femme, dans l'ombre ou la lumière, peut facilement y cocher des cases.

Pas besoin d'avoir la classe de Ryan Gosling ou le bagou de Julien Doré pour oser le féminisme. Dans un savoureux épisode de Bloqués, Orelsan réalise que se laisser payer le resto par sa copine, c'est accepter qu'elle soit son égale. Convaincu, il balance : "J'suis grave féministe en fait !" Si même un glandeur sur un canapé en est capable, c'est à la portée de tous.

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