Brigitte Henriques : "Aujourd'hui, si une fille veut faire du foot, elle peut en faire en club"

Ancien milieu de terrain, Brigitte Henriques a porté 40 fois le maillot des Bleues. Première femme à occuper le poste de secrétaire générale de la Fédération Française de Football, elle œuvre chaque jour depuis sa prise de poste en 2011, à la promotion des femmes dans ce sport encore très masculin. Rencontre et précisions.

© Fédération Française de Football

En quoi consiste le plan de féminisation du football dont vous êtes responsable ?
Brigitte Henriques : Noël Le Graët (président de la FFF ndlr) a décidé de faire de la promotion du football féminin sa priorité depuis 2011. Après m'avoir nommée, il m'a demandé d'établir un plan sur 4 ans. Notre projet se développe autour de quatre axes. Le premier consiste à augmenter la proportion des femmes dans toutes les fonctions (arbitres, éducatrices…).  On s'est fixé un objectif de 40 000 femmes dirigeantes à l'horizon 2016. Sachant qu'en juin 2011 nous étions 25 000 et qu'aujourd'hui nous atteignons le chiffre de 36 000.  On note également une progression chez les éducatrices qui sont environ 1 000 actuellement contre 600 en 2011. Pour les arbitres c'est plus compliqué car la fédération demande aux joueuses de choisir entre jouer et arbitrer. L'évolution est donc plus timide avec 750 arbitres femmes contre 680 au début de notre mandat. On a d'ailleurs conçu une vidéo de promotion de l'arbitrage féminin dans laquelle on met en avant Stéphanie Frappart (arbitre de Ligue 2).
Le deuxième axe, qui par ailleurs est notre principal cheval de bataille est d'augmenter notre nombre de licenciées pratiquantes et de devenir une référence en Europe. Nous étions très en retard car nous n'étions que 50 000 il y a 4 ans. En février, nous avons célébré la 100 000e licenciée. Aujourd'hui on peut se targuer d'atteindre le chiffre de 150 500. C'est l'une de nos plus grandes fiertés.
Le troisième axe consiste à occuper le devant de la scène internationale. Un secteur dans lequel on progresse puisque l'équipe de France féminine est troisième au classement FIFA. Le quatrième est de développer les clubs de Ligue 1 afin de permettre aux professionnelles de pouvoir vivre de leur sport qui est aussi leur métier. 

Noël le Graët joue un rôle considérable dans la valorisation des femmes dans ce sport...
Brigitte Henriques : Énormément ! Il ne le fait pas pour des soucis de communication. Il le fait par conviction. Je suis la première femme à occuper le poste de secrétaire générale de la Fédération Française de Football. J'ai beaucoup de chance. C'est formidable de travailler avec quelqu'un qui vous donne carte blanche sur un tel sujet. Et c'est un travail qui paie au vu de nos résultats.

Légende par défaut © FFF

Sentez-vous un changement dans les mentalités ?
Brigitte Henriques : Oui ! Je me souviens qu'avant il était difficile de s'imposer dans le football qui était considéré comme un sport d'homme. Il suffit de voir l'explosion du nombre de licenciées pour s'en rendre compte. Les filles jouent au foot dans les cours de récré, dans les centres de loisirs, dans la rue… Et surtout, aujourd'hui, si une fille veut faire du foot, elle peut en faire en club. Elle ne se pose plus vraiment la question du "qu'en dira-t-on".

Comment avez-vous réussi à intéresser les petites filles au football ?
Brigitte Henriques : On travaille beaucoup avec l'Allemagne qui nous a aidés à mettre en place l'opération "Le Football des Princesses" dans les écoles en 2012. Le but était de montrer aux garçons autant qu'aux filles qu'il y avait des stars dans le football féminin. On s'est appuyés sur l'équipe de France qui avait fait un beau parcours pendant le mondial en arrivant jusqu'aux demi-finales.  Mais aussi sur des vidéos dans lesquelles on explique les valeurs de ce sport, comment se comporter quand on est supporter, la solidarité… Les enfants devaient faire un dessin et les quatre meilleurs étaient sélectionnés pour passer une journée avec l'équipe de France féminine. Depuis, plus de 1 000 classes participent à cette opération chaque année.

Avez-vous soutenu le développement des infrastructures pour accueillir des équipes féminines dans les clubs ?
Brigitte Henriques : Bien sûr. Le principal problème que rencontraient certains clubs était de ne pas pouvoir créer d'équipe féminine en raison d'installations manquantes (vestiaires et douches séparés par exemple).  Nous avons donc apporté une aide financière et soutenu l'organisation de journées portes ouvertes. On projette également de créer 1 000 écoles féminines de football destinées aux petites filles âgées de 6 à 11 ans.

La dernière Coupe du Monde féminine a fait de belles audiences sur W9. Envisagez-vous des dispositifs de plus grande envergure pour les prochains grands rendez-vous ?
Brigitte Henriques : La médiatisation de plus en plus importante est aussi un sujet de réflexion. D'ailleurs, TF1 a acquis les droits de diffusion pour la Coupe du Monde 2019. Ce qui en dit long sur l'ampleur que prend le football féminin. Il faut savoir que W9 a acheté les droits de la Coupe du Monde au Canada 850 000 € et a fait près de 5 millions de bénéfices. Forcément, ça fait réfléchir les autres chaînes. Et c'est plutôt encourageant pour la suite. Aujourd'hui, seuls les clubs comme le Paris Saint Germain et l'Olympique Lyonnais mettent beaucoup d'argent sans avoir pour autant de retour sur investissement. L'intérêt grandissant des médias pour le foot féminin ne peut être donc que bénéfique. En attendant l'Euro 2017 et le Mondial 2019, on espère une médaille aux Jeux Olympiques de Rio ! 

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