Lisa Azuelos : "Il faut réapprendre à faire l'amour entre hommes et femmes"

Lisa Azuelos est la réalisatrice saluée à qui l'on doit "LOL" et "Comme t'y es belle". Elle est aussi la féministe engagée derrière la tendance "Free the Nipple" et l'association "Ensemble contre la gynophobie". A Cannes, elle nous a parlé de ce nouveau mot et de son engagement contre toutes les violences faites aux femmes.

© JEROME MARS/JDD/SIPA

"J'ai créé le mot gynophobie pour qu'on puisse se battre contre le sexisme." Gyno, c'est femme en grec, phobie, c'est la peur et la haine. Lisa Azuelos, réalisatrice de LOL, a lancé le 8 mars son association, accompagnée d'un mot jusque-là inexistant pour qualifier toutes les violences faites aux femmes. Avec Ensemble contre la gynophobie, la cinéaste féministe espère que l'on pourra bientôt être jugé pour gynophobie, comme on peut être attaqué en justice pour homophobie ou racisme. Elle nous explique son combat.

Lisa Azuelos © Sipa

Le Journal des Femmes : Pourquoi avoir créé le mot gynophobie ?
Lisa Azuelos : Pour célébrer le 10 000e anniversaire de la traite des femmes (rire) ! Je me suis demandé comment je pouvais lutter contre un mal non défini. C'est comme si les médecins vous auscultaient et vous disaient : "Je pourrais vous sauver, mais je ne connais pas votre maladie, donc vous allez mourir." Le but, c'est que dans 2 ans,
on n'ait plus à prouver qu'on s'est fait violer, qu'on dise "c'est un acte gynophobe". Ça peut changer beaucoup de choses.

Quelles sont les prochaines étapes ?
Il faut devenir une grosse association pour arriver à redistribuer de l'argent à ceux qui s'occupent des femmes. J'aimerais aussi que tout le modèle éducatif évolue, qu'on libère la parole sur la sexualité, sur l'entente filles/garçons. Il faut expliquer à ces derniers qu'une nana en jupe ne veut pas forcément coucher avec eux.

On parle des violences physiques et verbales, mais il y aussi l'hyper-sexualisation, de l'image de la femme...
Ce sont d'énormes violences et c'est pour cela que je veux mettre l'accent sur l'éducation. Il faut réapprendre à faire l'amour entre hommes et femmes. La libido du monde est malade dans les pays où on couvre les femmes et dans ceux où elles sont nues… La pornographie a fait d'énormes dégâts sur le rapport entre les sexes.

Comment votre combat a-t-il été accueilli dans le milieu du cinéma ?
Depuis 10 ans, je fais des films de femmes pour les femmes, dans lesquels les hommes se reconnaissent. Je rapporte de l'argent donc on ne m'en veut pas d'être une femme. Petit à petit, je grignote du terrain, mais j'ai toujours été considérée comme "la féministe". Quand j'arrive dans des bureaux remplis d'hommes, je lance un "salut les filles !" et quand on me présente comme "une femme de tête", j'insiste pour préciser que j'ai aussi un cœur et un cul.

D'où vous vient votre engagement ?
Petite, j'ai été choquée par la mini-série Racines, sur l'esclavage. J'ai eu le même sentiment avec les femmes quand j'ai commencé à comprendre que rien n'avait changé entre l'excision, les mariages forcés... Ce n'est pas normal que le monde continue de tourner avec ces choses-là.

Comment s'exprime votre féminisme dans vos films ?
Je donne du courage aux femmes qui les regardent. J'aurais pu être psy, mais je me suis dit que le cinéma toucherait plus de monde. Je suis comme une thérapeute de groupe. Raconter des histoires tient beaucoup de peuples en vie. Les femmes ont besoin de ça pour s'inspirer et trouver l'énergie de se dépasser dans des situations douloureuses.

Comment réagissez-vous quand des actrices françaises ne se considèrent pas féministes ?
Je comprends que tout le monde n'ait pas envie de se définir comme tel. Être féministe demande un activisme. Certaines femmes ont d'autres chats à fouetter, je le comprends. Plein d'hommes adorent les femmes, mais n'ont peut-être pas envie de lutter pour elles. Ce n'est pas parce qu'on ne va pas à la gay pride qu'on est homophobe. J'ai créé Ensemble contre la gynophobie pour réunir cette communauté. C'est le mot "ensemble" qui m'intéresse.

Regardez le "Talk Women in Motion" organisé pendant le Festival de Cannes avec Lisa Azuelos, Salma Hayek, Zainab Salbi et Su-Mei Thompson :

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