Sexisme en politique : 17 ex-ministres s'insurgent

Quelques jours après l'affaire Baupin, 17 anciennes ministres signent une tribune dans le Journal du Dimanche pour dénoncer les comportements sexistes. Roselyne Bachelot, Aurélie Filippetti ou encore Fleur Pellerin l'assurent : elles "ne se tairont plus".

© CHESNOT/SIPA

"L'impunité, c'est fini. Nous ne nous tairons plus". C'est ce qu'affirment les 17 ex-ministres, signataires d'une tribune contre le sexisme en politique dans le Journal du Dimanche, le 15 mai 2016. Après le scandale de l'affaire Baupin et les révélations en cascade qui ont suivies, elles ont décidé de réagir. Roselyne Bachelot, Cécile Duflot, Aurélie Filippetti, Nathalie Kosciusko-Morizet, Elisabeth Guigou, Chantal Jouanno, Christine Lagarde, Marylise Lebranchu, Corinne Lepage, Valérie Pécresse, Fleur Pellerin, Monique Pelletier, Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Dominique Voynet et Rama Yade ont publié un appel afin de briser la loi du silence qui sévit dans le monde politique, comme ailleurs, "dans les transports, dans les rues, dans les entreprises, dans les facultés".      
"Nous avons été ministres, nous sommes ou avons été élues. Et comme toutes les femmes qui ont accédé à des milieux auparavant exclusivement masculins, nous avons eu à subir et à lutter contre le sexisme. Ce n'est pas aux femmes à s'adapter à ces milieux, ce sont les comportements de certains hommes qui doivent changer", assurent-elles.    
"On ne peut pas dire à une femme, quel que soit son statut, qu'elle soit salariée, étudiante, chômeuse, mère au foyer ou élue, à propos d'une collègue : 'À part ses seins magnifiques, elle est comment?' On ne peut lui dire d'un air graveleux : 'Ta jupe est trop longue, il faut la raccourcir' ou 'Est-ce que tu portes un string?'. On ne peut pas dire à celle qui raconte publiquement une affaire de viol dans le métro : 'Ce n'est pas à toi que ça arriverait.'".

Des mesures pour lutter contre le sexisme 

Le ton est assuré et le message, clair : "Cela suffit. L'impunité, c'est fini. Nous ne nous tairons plus." Ces 17 femmes politiques énumèrent ensuite les pistes qui doivent être étudiées afin que les choses changent. Elles proposent ainsi un allongement des délais de prescription en matière d'agression sexuelle, la possibilité pour les associations compétentes de porter plainte en lieu et place des victimes, l'instruction donnée aux parquets de poursuivre systématiquement en cas de harcèlement ou encore une meilleure indemnisation des victimes de harcèlement sexuel.
Les élues terminent leur tribune sur une note terriblement amère : "Il faut éduquer la population, déconstruire les préjugés et les codes, expliquer sans cesse ce qu'est un harcèlement ou une agression sexuelle. [...] Nous aurions tant aimé ne pas avoir à le répéter, nous aurions adoré ne jamais avoir eu à écrire cette tribune." 

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