Afghanistan : verdict dans le procès des meurtriers de Farkhunda, lynchée en mars

Un tribunal de Kaboul a rendu son jugement suite au meurtre de la jeune femme. Quatre hommes ont été condamnés à mort et huit à des peines de prison. Les autres ont été relaxés, au grand désespoir de la famille de la victime.

Afghanistan : verdict dans le procès des meurtriers de Farkhunda, lynchée en mars
© Allauddin Khan/AP/SIPA

L’affaire avait fait grand bruit en Afghanistan mais aussi dans le reste du monde. Au mois de mars, Farkhunda, une jeune femme de 27 ans, avait été battue à mort, brûlée et jetée dans une rivière à Kaboul après avoir été accusée, à tort, d’avoir brûlé un exemplaire du Coran. Ce lynchage avait eu lieu sous les yeux de policiers qui n’étaient pas intervenus pour aider la victime. Le procès des meurtriers, 30 agresseurs et 19 policiers, s’est ouvert le 2 mai dans la capitale afghane. Un procès particulièrement suivi, car c’est la condition de la femme qui était au centre des débats et le cas de Farkhunda aurait pu marquer un véritable tournant dans l’histoire du pays. 

Le tribunal de Kaboul a rendu son verdict mercredi 6 mai et celui-ci ne satisfait pas la population. Quatre hommes ont ainsi été condamnés à mort, pour des chefs d’accusation allant de violences à meurtre. Parmi eux figure Zainul Abiddin, mollah auto-proclamé, à l’origine du lynchage de Farkhunda. Quand elle a dénoncé son activité de vendeur d’amulettes comme contraire au Coran, il l’a accusée de blasphémer et a exhorté la foule à s’en prendre à elle.

Huit hommes ont également été condamnés à 16 ans de prison. 18 prévenus ont été relaxés faute d’éléments à charge. Pour la famille de Farkhunda, ce procès est une "farce", et le verdict, une déception. Son frère, Mujibullah, déplore : "Il y avait des milliers de personnes impliquées dans le meurtre de ma sœur et le tribunal n'en a condamné que quatre".  

La condition des femmes afghanes s’est améliorée sur certains plans depuis 2002 et la chute du régime des Talibans. En 2004, une nouvelle Constitution a notamment proclamé l’égalité des hommes et des femmes et donné à celles-ci la possibilité de siéger au Parlement. Mais le cas de Farkhunda est révélateur du chemin qu’il reste encore à parcourir. Un rapport de l’ONU publié en avril estimait ainsi que seules 5% des affaires dans lesquelles les auteurs sont identifiés aboutissent à un procès.  

Les hommes accusés d'avoir lynché Farkhunda © Allauddin Khan/AP/SIPA

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