Stéphanie Stop Harcèlement de rue "Le harcèlement de rue, ça va des regards qui violent aux 'sale pute'"

"Stop harcèlement de rue" est un mouvement parisien qui a vu le jour le 23 février 2014. L'objectif est simple : faire comprendre aux hommes qu'une mini-jupe n'est pas une invitation à une relation sexuelle ou que siffler une femme n'est pas un compliment. Interview de Stéphanie, membre du collectif.

Stéphanie est l'une des co-organisatrices du collectif "Stop Harcèlement de rue", dont le but est de lutter contre les comportements indésirables des hommes à l'encontre de la gent féminine. Entretien avec une femme bien engagée à faire bouger les choses.

Pourquoi avoir créé le collectif "Stop Harcèlement de rue" ?
Stéphanie : La question du harcèlement de rue est arrivée depuis environ un an sur la scène des débats nationaux et internationaux, avec notamment le documentaire de Sofie Peeters "Femmes de la rue", ou l'utilisation sur les réseaux sociaux du hashtag "#Stopstreetharassment". Nous avions une réelle volonté de dépasser les débats purement féministes, c'est pourquoi nous avons créé ce collectif apolitique et ouvert aussi bien aux hommes qu'aux femmes. Le simple fait d'avoir besoin de créer ce collectif et que celui-ci prenne autant d'ampleur démontre l'importance du problème. 

Où finit la drague et où commence le harcèlement ?
Stéphanie : La drague implique de prendre en compte l'autre, ce que ne fait pas le harceleur. La différence vient aussi de la forme : le harceleur peut se montrer violent, agressif et ne sait pas s'arrêter. Tout est dans la manière de faire, beaucoup de choses se passent à travers le regard, le sourire. Le harcèlement de rue, ça va des regards qui violent aux "sale pute". 

Que répondez-vous aux hommes qui vous disent que nous devrions être flattées ?
Stéphanie :  Nous aimons la séduction, bien évidemment. Nous tentons simplement de pointer du doigt la différence entre séduction et harcèlement. Par ailleurs, le harcèlement peut générer une peur que l'on redistribue ensuite à tort à d'autres hommes, qui eux n'y sont pour rien. 

Ne pensez-vous pas qu'il puisse aussi s'agir de maladresse de la part des hommes ?
Stéphanie : Bien sûr, cela peut arriver. Il y a également ce que l'on peut appeler les "séducteurs lourds", ces hommes qui ne savent pas trop s'y prendre, mais le problème est aujourd'hui bien trop fréquent pour qu'il ne s'agisse que de maladresse. On insiste aussi sur le fait que tous les hommes ne sont pas comme ça.

À quoi est dû ce comportement à votre avis ?
Stéphanie : Cela peut être lié au lieu d'habitation : le harcèlement de rue sera beaucoup plus fréquent dans les grandes villes. Toutefois, loin de nous l'idée d'entrer dans la stigmatisation de populations. C'est aussi parfois dû à l'éducation. Il faut savoir que dans les rapports hommes-femmes, l'homme est considéré comme le moteur de la séduction. En sociologie, on dit qu'il est maître de l'espace publique. Les femmes développent donc des stratégies de défense. C'est ce dont parle le sociologue Denis Colombi dans son article "Sociologie du harcèlement dans les lieux publics", dont je recommande la lecture. 

Pourquoi dites-vous que "siffler une femme n'est pas un compliment" ?
Stéphanie : En tant que femmes, nous n'avons rien demandé. On siffle un chien, pas une femme. Il faut aussi s'imaginer la scène : on ne défile pas pour un homme. Un compliment, ce n'est pas ça.

En quoi consiste votre projet sur les "Zones sans relou" ?
Stéphanie : Il vise à garantir à tous que ces comportements soient proscrits dans des bars, des rues, des festivals... Nous réfléchissons à mettre en place des outils pour aider les femmes à réagir face à ces altercations ou à solliciter le personnel des bars pour une aide si besoin est.

Que reste-t-il à faire ?
Stéphanie : Il est nécessaire de préciser la différence entre drague et harcèlement. Nous souhaitons dire aux femmes d'arrêter de baisser la tête et de faire comprendre aux hommes qu'il y a des limites, que la violence gratuite, puisque c'est ce dont il s'agit, n'apporte rien de positif. Nous aimerions que les hommes portent notre parole et que ceux qui sont convaincus soient acteurs de cette lutte. Récemment un homme nous a rejoints parce qu'en parlant de ce phénomène à ses copines, il a été surpris qu'elles aient toutes une histoire à lui raconter. Cela évite de nous faire passer pour des hystériques.

Quels conseils donneriez-vous à une femme victime de harcèlement de rue ?
Stéphanie : Il faut que les femmes comprennent qu'elles n'ont pas à culpabiliser ou à se remettre en cause. La gestion de la situation se fait souvent au cas par cas : certaines préféreront simuler l'agressivité, d'autres faire copain-copain, mais nous souhaitons signifier aux femmes qu'elles ont le droit de dire : "Non, tu n'as pas le droit, cela me met mal à l'aise". De plus, c'est important qu'elles en parlent autour d'elles.

Que pensez-vous de la volonté de Najat Vallaud-Belkacem de mettre l'accent sur l'éducation pour combattre ce genre de comportement ?
Stéphanie : Cela peut-être une bonne idée, mais nous n'allons pas attendre que les hommes grandissent pour que cela s'arrête. Nous sommes déjà très en retard, certains pays ont commencé à pénaliser ces agissements. Nous n'avons pas encore de décision arrêtée sur la pénalisation, mais ce qu'il serait bien de faire par exemple, c'est une campagne comme celle de la Ratp contre les incivilités. Une chose est sûre : nous n'allons pas attendre trente ans pour pouvoir sortir en jupe dans la rue

Le collectif Stop Harcèlement de rue organisera une action à Bastille, le 25 avril 2014. 

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