Sexisme au travail : le repérer pour mieux lutter

Les stéréotypes sexistes persistent près de la machine à café ou dans l'open space parfois sans qu'on s'en rende compte. Sous couvert de bienveillance, d'humour ou de machisme, certains se croient tout permis. Plus pour longtemps ?

Sexisme au travail : le repérer pour mieux lutter
© kho

Le sexisme au travail est souvent banalisé, caché ou nié. Pourtant, les "je te rappelle que tu n'es qu'une femme",  "t'as tes règles ?" ou "ma chérie" sont monnaie courante dans les couloirs des entreprises. Les femmes de tous milieux professionnels doivent vivre avec ces stéréotypes et compliments méprisants. Jusqu'à quand ?
Alors que 80% des salariées françaises admettent être victimes de sexisme assidûment, le conseil supérieur de l'égalité professionnelle (CSEP) tente de trouver des solutions. Il a organisé un colloque à Paris, au début du mois, afin de dénoncer, définir et chercher des réponses juridiques.

Du problème de la bienveillance

S'il est facile de pointer du doigt le sexisme hostile - on coupe la parole, on ignore, on attaque ouvertement - il faut se méfier d'un mal plus sournois : le sexisme ordinaire ou bienveillant. "On appuie sur le bon goût et la délicatesse des femmes parce qu'on pense qu'elles n'ont pas de compétences, on leur explique les choses plus lentement parce qu'on estime qu'elles ont du mal à comprendre ou on leur paie le restaurant parce qu'on sous-entend qu'elles ne peuvent se le permettre", développe Benoît Dardenne, professeur en psychologie. Dissimulé derrière des mots gentillets ou des petites attentions pleines de bons sentiments (qu'on n'adresserait pas à un collègue du même sexe), ce paternalisme condescendant est bien installé en salles de réunion ou pendant les pauses déjeuner. Pernicieux, mais aussi dangereux que des hostilités.

Les conséquences de ces mots aigres-doux ? "Le sexisme ordinaire fait baisser les performances de la victime, qui doute d'elle et doit gérer des pensées intrusives", continue le psychologue. Les tests effectués par son équipe sont parlants : dans le cas d'une résolution de problème, le sexisme hostile "booste" les victimes, qui veulent se dépasser pour contredire les clichés, quand le sexisme bienveillant les bloque dans leur réflexion... sans qu'elles s'en rendent compte.

Des solutions, quelles solutions ?

"Les femmes ne sont pas égales face au sexisme", précise Dominique Epiphane, sociologue. Quand certaines réagissent, se rebellent et engagent des procédures, d'autres préfèrent prendre leurs distances voire "blanchir" leur assaillant. "La discrimination envers le sexe féminin est tellement intégrée dans notre société que les réactions violentes se font rares. Si la brutalité est reconnaissable, l'injustice n'est pas encore identifiée comme sexisme", continue l'intervenante.

Pour lutter efficacement contre ce mal silencieux, une prise de conscience générale est indispensable. Les hommes doivent réaliser que leur prévenance excessive est une insulte. Les femmes doivent se rendre compte qu'on les rabaisse. Et ne pas accepter le sort qui leur est imposé.
Dans le but de faire évoluer les mentalités, le gouvernement français a commencé à intégrer la notion de sexisme dans la loi. Il était temps. "Si le racisme et l'homophobie sont pointés du doigt et combattus, ce n'est pas le cas du sexisme, qu'on a encore du mal à qualifier comme tel", regrette Brigitte Grésy, secrétaire générale du CSEP. Mais depuis la loi Rebsamen du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l'emploi, le mot est lâché : "Nul ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant." Bien et dans les faits ? Pour faire connaître la loi et dans la continuité du colloque, le CSEP compte distribuer des "kits" contre le sexisme aux sociétés. Pascale Boistard, anciennement secrétaire d'Etat aux droits des femmes, avait émis l'idée de créer une journée dédiée à la sensibilisation afin de libérer la parole. Mais ça, c'était avant le remaniement.

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