Hélène Boulet-Supau met les chaussures à ses pieds

Hélène Boulet-Supau, ancienne financière, s'est lancée dans l'entrepreneuriat avec la reprise de Sarenza.com. Directrice générale du site de vente de chaussures, elle diffuse ses idées féministes pour le bien de l'entreprise, qui ne s'est jamais aussi bien portée. Elle nous livre ses secrets de réussite.

Hélène Boulet-Supau met les chaussures à ses pieds
© Sarenza

Chez Sarenza, les femmes ne comptent pas pour des prunes. Elles représentent 64 % des salariés et 6 personnes sur 10 au comité de direction. Cette équipe majoritairement féminine a été composée par Hélène Boulet-Supau et Stéphane Treppoz, duo de tête depuis 2007, en se basant uniquement sur le talent et les valeurs des candidats. Résultat : "sans le faire exprès", ils ont réussi à atteindre l'égalité professionnelle que tant d'autres ne parviennent pas à approcher.
Féministe depuis toujours, la directrice générale a d'abord mené une brillante carrière dans la finance avant que l'envie de créer, trop présente, ne la pousse à quitter sa confortable "vie de cadre sup' avec bureau ensoleillé, secrétaire et voiture de fonction". Depuis, elle a permis au site 100 % français de conquérir 26 pays et de devenir bénéficiaire. Grâce à ses talents de patronne, certes, mais aussi grâce à son sens de l'humain aigu, basé sur des valeurs indispensables à ses yeux : l'absence totale de discrimination, le respect, l'esprit d'équipe et la conviction que les femmes ont autant de talent que les hommes.
La parité "par accident" qu'Hélène Boulet-Supau a insufflée chez Sarenza lui a permis de recevoir fin 2014 le label Afnor pour l'égalité professionnelle et d'aller plus loin encore dans la lutte contre les discriminations. La boîte de chaussures applique donc une charte pour l'égalité des temps de vie. Les réunions ne commencent pas avant 9 heures et ne terminent pas après 18 heures, pour que hommes et femmes puissent se consacrer à leur foyer.
Avec cette féministe assumée, aucune injustice n'est tolérée. Les salaires à postes égaux ne sont pas équivalents ? On les redresse. La période post-naissance est compliquée ? On met en place 2 semaines de mi-temps à domicile (pour hommes et femmes) afin que la famille ait le temps de s'adapter au retour de congé maternité. Sarenza lutte aussi contre les stéréotypes, mêne des enquêtes internes et externes sur l'égalité professionnelle... Bref, s'engage sur tous les fronts. A l'image de sa partonne.

Hélène Boulet-Supau © Sarenza

L'INTERVIEW D'HELENE BOULET-SUPAU

Quelle est votre valeur primordiale ?
Ouvrir le champ des possibles, avoir de l'ambition. Il faut que les jeunes filles osent s'imaginer dans des carrières, qu'elles ne soient plus limitées par des stéréotypes ou leur environnement familial. Pourquoi un homme pourrait réussir et pas une femme ? Toutes celles qui s'imaginent devenir mères au foyer et ne pas travailler méconnaissent la société actuelle... Et puis, pourquoi mettre tant de pression sur les hommes ?

Quel a été votre plus gros challenge ?
Je ne vois jamais les obstacles, je vois l'objectif. Mais le plus dur a sûrement été de sortir d'une vie confortable de salariée avec une carrière ascendante pour me dire "je ne sais pas ce que je vais faire, mais je vais faire autre chose".

Avez-vous un modèle ?
Non, car il n'y a pas beaucoup de modèle féminins… Mais aujourd'hui je trouve Sheryl Sandberg remarquable. Elle aurait pu se contenter d'être directrice générale de Facebook et de gagner des dizaines de millions de dollars, mais elle a pris le risque d'écrire un livre engageant (En avant toutes : les femmes, le travail et le pouvoir, ndlr).

Comment s'est passé votre premier entretien d'embauche ?
Je me souviens de mon entretien d'entrée à l'Essec. Pour l'épreuve en anglais, le prof m'a attaquée en me disant "Je ne veux pas que vous entriez à l'Essec parce qu'avec vos beaux yeux bleus, vous allez épouser un polytechnicien et vous ne travaillerez jamais. Il n'y a pas de raison pour qu'on investisse sur quelqu'un comme vous…".

C'est la pire remarque sexiste qu'on vous ait faite ?
Pas vraiment. Le pire affront sexiste date de ma première mission chez Arthur Andersen. Mon responsable m'a retirée du projet sous prétexte que c'était "trop difficile pour une femme". Invraisemblable et déstabilisant...

Quel est le plus beau compliment de votre carrière ?
Quand mes équipes me disent que m'entendre les rend optimistes, leur donne de l'énergie positive.

Votre principale qualité ?
La détermination.

Et votre pire défaut ?
La timidité.

Quel est le moteur de votre ambition ?
L'envie de construire quelque chose, j'aurais aimé être inventeure (avec un "e" au bout) !

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?
Si je ne suis plus chez Sarenza, je développerai sûrement autre chose...

Un conseil pour les femmes qui veulent se lancer dans la création d'entreprise ?
Ce n'est pas parce que c'est difficile qu'on ne fait pas les choses, c'est parce qu'on ne les fait pas qu'elles sont difficiles. Entourez-vous de gens qui vous donnent confiance, qui ne voient pas les problèmes, mais les solutions.

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