Facebook : êtes-vous prêt à débrancher ?

La journée mondiale sans Facebook, c'est aujourd'hui ! L'occasion de mesurer son addiction au réseau social et de se poser les bonnes questions. Quels sont les réels dangers ? Dois-je me déconnecter ? Yannick Chatelain, spécialiste du sujet et enseignant à la Grenoble Ecole de Management, nous donne des éléments de réponse.

Facebook : êtes-vous prêt à débrancher ?
© 123RF - NATEE MEEPIAN

Voilà dix ans qu'il fait partie de notre quotidien, qu'il absorbe toute notre attention et redéfinit notre vie sociale. Facebook, premier réseau au monde, compte 26 millions d'utilisateurs quotidiens en France et 34 millions d'actifs par mois. Problème ; son utilisation excessive comporte des dangers que les spécialistes s'évertuent à lister. Anxiété, manque de sommeil, cyber-harcèlement, dépression, suicide… C'est justement pour lutter contre cette cyberdépendance que la Journée mondiale sans Facebook, le 28 février, a été créée en 2012. Est-elle véritablement efficace ? Pour Yannick Chatelain, spécialiste des réseaux sociaux et auteurs de plusieurs ouvrages sur ce sujet, elle annonce du mieux : "Cette journée qui peut sembler gadget est le reflet d'une prise de conscience évidente et nécessaire."

S'il semble évident que passer son temps à scroller sa timeline et scruter les likes n'est pas très sain, les premières cibles - la tranche de 16 à 24 ans - ne s'en rend pas forcément compte. "Aujourd'hui, nos jeunes ont inventé une semaine des 35 heures... en les passant sur les réseaux sociaux !", s'inquiète l'enseignant chercheur à la Grenoble Ecole de Management. La "selfie society", société non pas de l'être, mais du paraître, régie par Facebook et consorts engendre une course à la notoriété nocive et une mise en scène perpétuelle. Les adolescents prennent pour modèles des personnalités comme Kim Kardashian, qui ne maîtrisent pas les conséquences d'une sur-connexion. Ajoutez à cela le fameux FOMO (Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose en ligne) et vous obtenez une génération accro.

"L'exemple doit venir d'en haut"

Se déconnecter devient une urgence. Pour le spécialiste des réseaux sociaux, l'exemple doit venir d'en haut, à savoir, de nos dirigeants et hommes politiques qui "twittent" et se "clashent" à longueur de journées. Si les réseaux sociaux poussent à la cyberdépendance, les mails nuisent également à la santé. Plusieurs entreprises du CAC 40 tentent de temporiser en incitant leurs managers à ne pas envoyer des messages en dehors des heures de bureau. Engie a intégré une signature en bas de chaque mail indiquant qu'il "n'appelle pas de réponse immédiate". Plus récemment, deux gros actionnaires d'Apple qui s'inquiétaient des méfaits de l'iPhone sur la santé mentale des adolescents, ont demandé à l'entreprise de créer un nouveau logiciel de contrôle parental.

Une génération plus aguerrie

Cette prise de conscience grandissante donne plein d'espoir à Yannick Chatelain, pour qui le système commence à basculer: "La première génération arrivée sur les réseaux sociaux a essuyée les plâtres... Mais maintenant, certains de nos adolescents sont si éduqués qu'ils ne se font piéger qu'une fois, pas deux." Aujourd'hui, les applications d'aide à la déconnexion fleurissent sur nos écrans et les séjours consacrés à la "digital detox" sont de plus en plus prisés. Pour le chercheur, cette journée internationale sans Facebook n'est pas un prétexte pour dézinguer les réseaux sociaux. Il leur reconnaît l'avantage de faciliter à la communication. Ils sont également un excellent moyen de faire du "marketing personnel augmenté", lorsqu'on est en recherche d'emploi. Comme tout péché mignon : à consommer avec modération.

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