Droits des femmes en Arabie saoudite : modernisation à deux vitesses

Les Saoudiennes ne seraient plus obligées de porter l'abaya, selon un haut dignitaire du royaume. Des dires qui confirment la volonté du régime d'élargir les droits des femmes. Un semblant de féminisme ou de la poudre aux yeux ?

Droits des femmes en Arabie saoudite : modernisation à deux vitesses
© Christophe Cappelli - 123RF

"Plus de 90% des femmes du monde musulman ne portent pas d'abaya, donc nous ne devons pas les forcer à la porter", a déclaré le cheikh Al-Moutlaq lors d'une émission de radio, vendredi 9 février 2018. L'abaya, c'est cette longue robe ample, souvent noire, que les Saoudiennes portent dans les lieux publics, comme l'oblige la loi du royaume basée sur la charia. Cette phrase, prononcée par un des membres de la plus haute instance religieuse du pays, s'inscrit dans la volonté des autorités d'élargir le champ des libertés pour les femmes.

Depuis quelques mois, le prince héritier Mohammed Ben Salman mène une politique de réformes sociétales. Les Saoudiennes ont ainsi obtenu, après de longues années de campagne, l'autorisation de conduire. C'est une petite victoire pour les militantes féministes du royaume. Nombre d'entre elles avaient dénoncé cette interdiction archaïque et n'hésitaient pas à publier des vidéos d'elles-mêmes au volant, comme Manal Al Sharif en 2011. Un geste qui lui a valu 9 jours de prison et des appels pour qu'elle soit flagellée en public.

Un tournant vers plus de liberté ?

Cette mini révolution prônée par le gouvernement n'est en réalité que l'arbre qui cache la forêt. Si l'abaya devrait ne plus être obligatoire, les Saoudiennes ne peuvent cependant toujours pas s'habiller comme elles l'entendent. Il suffit de voir les réactions virulentes à une vidéo diffusée sur Snapchat en juillet 2017, sur laquelle une jeune femme déambulait en minijupe et en tee-shirt dans les rues du pays avant d'être recherchée puis interrogée par la police.

Les femmes vont-elles obtenir davantage d'indépendance sous le règne de Ben Salman ? La réponse semble s'orienter vers un non, car les voix dissidentes au régime sont rapidement tues. Les associations féministes peinent à voir le jour et les partisans des droits de l'homme sont jetés en prison. En janvier dernier, Mohammad al Otaibi et Abdallah al Attaoui ont été condamnés à 14 ans de détention en raison de leurs activités militantes.

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