Liberté d'importuner : et ma loi, tu la vois ?

Dans une tribune vivement critiquée, 100 femmes revendiquent "une liberté d'importuner" au nom de la liberté sexuelle. Elles défendent les hommes qui tentent de voler des baisers et demandent aux femmes de "ne pas se sentir traumatisées" par les frotteurs. Et la loi alors ?

Liberté d'importuner : et ma loi, tu la vois ?
© 123RF - rudall30

"La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres." Le proverbe philosophique s'applique aussi à la liberté d'importuner, prônée par une centaine de signataires (dont Catherine Deneuve, Catherine Millet ou Brigitte Lahaie) dans une tribune publiée par Le Monde.
Dans cette réponse au #balancetonporc qui se veut une ode à la liberté d'expression, les adhérentes revendiquent leur droit de se faire draguer. Elles listent des "propositions sexuelles" qui ne méritent pas que l'on s'insurge. Parmi les "comportements déplacés" mentionnés se cachent pourtant plusieurs faits punis par la loi.

"Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste." Le début de cette diatribe en appelle au code pénal. La législation française stipule que le harcèlement sexuel est avéré quand on "impose à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui : portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante".

Ainsi, si la drague insistante en question est répétée alors que la femme a précisé qu'elle n'était pas intéressée, le harcèlement sexuel peut être plaidé. Le coupable risque alors 2 ans de prison et 30 000 euros d'amende.
De la même manière, "parler de choses intimes lors d'un dîner professionnel" ou "envoyer des messages a connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque", comme il est mentionné plus bas dans le texte, ne relèvent pas du délit sauf si ces mots coquins mettent mal à l'aise la personne à qui ils sont adressés, qu'elle le fait savoir et que les avances continuent.
Pour rappel, le harcèlement sexuel peut être reconnu sans répétition des faits s'il est question d'exercer "toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle".

Frotteurs = agresseurs

Les anti-féministes évoquent ces hommes qui "n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou ou tenté de voler un baiser". Simple tort ou agression sexuelle minimisée ? Le code pénal définit ce délit comme "un acte à caractère sexuel sans pénétration ommis sur la personne d'autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise". La loi retient qu'il faut toucher le sexe, les fesses ou la poitrine.  Les spectateurs de TPMP s'en souviennent encore.

Les signataires de la tribune demandent également aux femmes d'arrêter de se positionner en victimes et de "ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l'envisager comme l'expression d'une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement." Un homme qui presse son érection, parfois jusqu'à l'éjaculation, contre la croupe d'une femme qui n'a rien demandé est pourtant bel et bien une agression sexuelle, punie de 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende.

Concernant la "liberté d'importuner" défendue par les signataires, les contours sont flous. Alpaguer une femme, lui faire des propositions sexuelles ou même la retenir par la main ne constituent pas des délits. C'est pourtant l'un des fers de lance de Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, qui compte sanctionner le harcèlement de rue.

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