Violences sexistes à l'UNEF : 83 anciennes syndicalistes balancent

Polémiques au sein de l'Union Nationale des Etudiants Français : 83 anciennes membres de l'organisation ont osé parler au "Monde" des actes sexistes auxquels elles ont été confrontées. Des harcèlements sexuels et des viols, commis dans l'indifférence pendant plusieurs années.

Violences sexistes à l'UNEF : 83 anciennes syndicalistes balancent
© woyzzeck - 123RF

Alors que la parole n'a jamais été aussi libérée sur les violences sexistes, un nouveau scandale fait du bruit. Après les révélations de Libération sur le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), qui a abrité plusieurs cas de harcèlements et d'agressions sexuelles, c'est au tour de 83 anciennes syndicalistes et cadres de l'UNEF de parler. Ces femmes se lient pour dénoncer des faits de harcèlements et de violences sexuelles au sein de l'Union Nationale des Etudiants en France dans une tribune du journal Le Monde. Dans un communiqué de presse, le syndicat étudiant a condamné ces violences.

Des viols passés sous silence

Les militantes rapportent le"comportement et une mentalité viriliste" des dirigeants de l'organisation, dissimulé "sous le couvert de la libération sexuelle". Selon elles, il"s'agissait en réalité d'un véritable contrôle du corps de la femme". Les remarques sur l'apparence, qui n'ont pourtant pas leur place au sein de ce genre de rassemblement, étaient monnaie courante pendant plusieurs années. "Les rapports de séduction étaient constants, les insinuations sur le physique récurrents" témoigne une des anciennes membres de l'organisation.

Le harcèlement a déjà basculé jusqu'au viol. Une des signataires explique au Monde que "quelques hommes se sont servis des failles de l'organisation pour développer des stratégies particulièrement graves : approcher leurs proies, parfois très jeunes, les faire boire, voire les droguer, pour se passer de leur consentement". Des accusations de faits particulièrement lourds qui pourtant, se sont noyés dans l'obscurité. Les syndicalistes parlent même de "culte du silence". "Comment avons-nous pu militer avec tant d'énergie et d'abnégation dans une organisation en laissant les femmes, nous-mêmes, y endurer de telles violences ?"

Prise de conscience tardive

Souvent, comme c'est le cas lors de nombreuses agressions, la victime ne parvient pas à mettre des mots sur ce qu'elle subit. Manque d'information sur le sujet, profonde remise en question sur sa propre responsabilité ou encore sentiment de culpabilité sont parfois à l'origine de l'incompréhension des victimes. "On n'était pas formées pour détecter un agresseur derrière un dragueur", confie l'une des anciennes syndicalistes de l'UNEFProfitant de leur statut et de leur supériorité hiérarchique, certains dirigeants du syndicat étudiant ne s'en sont pas privés. "Nombreux étaient ceux qui vantaient la toute-puissance qu'ils exerçaient sur leur partenaire, se gaussant de pratiques dégradantes dans le but de briller devant leurs congénères et d'accentuer toujours un peu plus le mal-être de leur auditoire féminin", développe une des signataires au Monde.

Sûrement grâce aux révélations d'agressions et de harcèlements sexuels qui secouent la planète depuis quelques mois, ces femmes affirment avoir "désormais pris conscience de l'ampleur de ces violences sexistes et sexuelles." Persuadées que le phénomène n'est pas un cas isolé, elles lancent "un appel aux femmes de toutes les organisations syndicales, associatives et politiques à prendre, à leur tour, la parole. Nous savons que nous ne sommes pas les seules".

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