Le "stealthing", une nouvelle forme d'abus sexuel inquiétante

Aux Etats-Unis, une nouvelle "mode" au rayon des pratiques sexuelles fait froid dans le dos. De plus en plus d'hommes retirent le préservatif en plein rapport, sans en avertir leur partenaire. En France, c'est un viol.

Le "stealthing", une nouvelle forme d'abus sexuel inquiétante
© Yusuke Saito - 123RF

Stealthing est un mot anglais que l'on peut traduire par "furtivement". Depuis peu, il est utilisé pour qualifier un acte qui se répand sur les campus américain, celui d'enlever discrètement son préservatif au cours de l'acte sexuel, sans en avertir l'autre.
Alexandra Brodsky, auteure d'une étude publiée dans le Columbia Journal of Gender and Law précise que ce retrait furtif de moyen de contraception pose un problème pour la loi américaine. En France, elle s'apparente bien à un viol dont voici la définition dans le Code Pénal : "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise."

Véritables risques et communauté en ligne

La chercheuse américaine précise que lors des témoignages recueillis, les victimes ne savent elle-même pas vraiment comment qualifier l'expérience. "Je ne sais pas sûr(e) que ce soit un viol, mais..." Outre le caractère psychologique de l'abus et le sentiment de trahison ressenti, le stealthing comporte évidemment un risque de grossesse non désirée ou d'infections sexuellement transmissibles. "Toutes les victimes ont vécu le retrait du préservatif comme une privation de pouvoir, une violation humiliante de l'accord consenti", ajoute-t-elle dans son étude.

Des peurs qui n'inquiètent visiblement pas les coupables. Dans son rapport sur la pratique, Alexandra Brodsky précise que sur Internet, les petits malins partagent leur expérience jouissive et donnent des conseils sur des forums. Pire, ils se justifient : "C'est un instinct masculin d'éjaculer dans une femme. Ce droit ne devrait jamais lui être retiré", "Dieu a créé l'univers ainsi, nous sommes nés pour ça", No comment.

Quelles solutions ?

Alexandra Brodsky profite de son étude pour donner des recommandations aux autorités, alors que le stealthing est un casse-tête vis-à-vis de la loi, puisque pratiqué lors d'un rapport consenti à l'origine. "Une loi pourrait permettre de réagir et de qualifier les atteintes portées à l'encontre des victimes en mettant noir sur blanc le fait que le stealthing ne paraît pas seulement violent, il l'est vraiment."
En Suisse, le tribunal de Lausanne a condamné un Français à 12 mois de prison avec sursis pour avoir fait subir cet abus, après que la victime a dû suivre un traitement préventif contre le Sida.

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