Marine Le Pen : main basse et rose bleue sur les droits des femmes

Marine Le Pen est candidate à la présidence de la République, pour la seconde fois après une première tentative en 2012. A côté de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et François Fillon, la présidente du Front national est la seule femme parmi les favoris. Un signe encourageant pour les femmes ? Loin de là.

© CHAMUSSY/SIPA

Une femme à l'Elysée ? On en rêve et les Français semblent prêts. Dans la course à la fonction suprême, seule deux femmes ont réussi à recueillir les 500 parrainages requis : Nathalie Arthaud et Marine Le Pen. Deux femmes, parmi 6 hommes. La présidente du Front national, par son exposition médiatique, semble toutefois avoir plus de chance que sa rivale de l'emporter. Mais parce que Marine Le Pen est Marine Le Pen, difficile de se réjouir de son ascension : une possible victoire n'aurait pas la même force symbolique qu'une victoire d'Hillary Clinton, en particulier pour les femmes. 

"La rose est un symbole de féminité"

Celles-ci représentent 53% de l'électorat français et Marine Le Pen l'a bien compris. Pour conquérir le pouvoir et achever son entreprise de normalisation du Front national, impossible de se passer de leurs bulletins de vote. Depuis plusieurs mois, la stratégie du FN a évolué pour tenter de séduire les électrices. Cela va des prises de position médiatiques au simple élément de communication. Ainsi, au lancement de sa campagne, Marine Le Pen a abandonné la traditionnelle flamme bleu-blanc-rouge de son parti pour un nouveau logo : une rose sans épine. "Pourquoi l'ai-je choisi d'instant, comme une évidence ? Parce qu'elle est d'abord un symbole de féminité", explique-t-elle dans une vidéo sur Twitter. Une manière aussi d'éteindre la flamme de son père pour asseoir une image plus policée du Front national. Une symbolique moins guerrière, plus acceptable peut-être. Marine Le Pen n'hésite pas à mettre en avant son statut pour que sa parole soit entendue : femme politique, divorcée, mère de 3 enfants. Elle a dépassé le statut de "fille de" pour s'imposer en tant que personne. Dans Une Ambition Intime, sur M6, elle parle de l'absence de sa mère, avoue aimer voir pousser les fleurs et "dealer des boutures avec un copain qui en est complètement fou". Stratège politique, mais jardinière d'abord ? Femme avant tout,comme s'il s'agissait d'une garantie, faisant d'elle la candidate la mieux placée pour faire avancer la cause féminine. "Heureusement qu'il y a des candidates comme moi pour défendre les droits des femmes" affirme Marine Le Pen dans L'Emission Politique sur France 2. En février, Florian Philippot assure voir en elle une "fervente défenseure des droits des femmes". Lors d'un déplacement au Liban, Marine Le Pen refuse de se voiler pour rencontrer le mufti de Beyrouth. Le numéro 2 du FN parle sur Twitter d'un "magnifique message de liberté et d'émancipation envoyé aux femmes de France et du monde entier".

Le Front national, historiquement contre les droits des femmes

Des éléments de langage qui ne doivent pas faire oublier que le Front national ne s'est jamais distingué par son action en faveur des femmes. Au contraire. Le parti d'extrême-droite s'oppose régulièrement aux lois qui leur sont favorables, en France, comme au  niveau européen. Son incarnation par deux femmes, Marine Le Pen et sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, n'en fait pas un parti progressiste. C'est la raison pour laquelle l'association féministe FièrEs a décerné à Marine Le Pen le Grand Prix de l'Imposture, "en reconnaissance officielle de sa lutte incessante contre les droits des femmes". Pour comprendre cette pique, un retour en arrière dans l'historique du FN s'impose. Le FN est contre l'avortement, une position clairement affirmée en 2012 par Marine Le Pen qui parlait d'"IVG de confort", à laquelle les femmes auraient recours sur un coup de tête. En 2012 toujours, la candidate déclarait sur France 2 être contre la parité, considérée comme "contraire à la méritocratie républicaine" et vouée à transformer les femmes en "quotas". A l'Assemblée nationale, les deux seuls députés frontistes, Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen, ont systématiquement voté contre les lois destinées à faire avancer les droits des femmes, qu'il s'agisse de la loi pour l'égalité réelle entre hommes et femmes, de la loi sur le harcèlement sexuel ou de la loi santé censée renforcer le droit à l'avortement. En décembre 2015, Marion Maréchal-Le Pen a évoqué la possibilité de supprimer les subventions des plannings familiaux si elle était élue présidente de la région Paca. Quelques mois plus tôt, le député européen Dominique Martin proposait la création d'un salaire parental, pour laisser aux femmes "la liberté de rester chez elles et de ne pas travailler". Cette somme de 910 euros par mois avait vocation à "libérer des emplois" et aurait permis aux mère de surveiller leurs enfants "pour qu'ils ne tombent pas dans la délinquance". Cette mesure, qui n'était rien d'autre qu'un moyen de renvoyer les femmes à leur cuisine, a finalement été abandonnée. Au niveau européen toujours, les députés frontiste ne sont pas plus enclins à faire progresser les droits des femmes que leurs homologues nationaux. En 2015, ils ont voté contre un rapport sur la lutte contre les violences faites aux femmes et contre un texte pour l'égalité des sexes au sein de l'Union européenne. Sur le plan personnel, Marine Le Pen n'est pas plus féministe que son parti. En septembre 2015, elle a voté contre le plan d'action pour l'émancipation des jeunes filles par l'éducation dans l'Union Européenne, et était absente lors du vote de la résolution sur la lutte contre les violences en février 2014 ou sur l'élimination de la mutilation génitale féminine en juin 2012.

Marine Le Pen, engagée pour les femmes, mais pas trop

En 2017, Marine Le Pen ne semble pas plus disposée à s'engager en faveur des femmes, contrairement à ce que son discours laisse entendre. Dans son programme, sur le site officiel Marine2017, les femmes n'ont droit qu'à 3 mesures qui occupent en tout et pour tout 2 lignes : la "lutte contre l'islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales", la mise en place d'un "plan national pour l'égalité salariale femme-homme" et la lutte "contre la précarité professionnelle et sociale". Des mesures que la candidate ne prend pas la peine de détailler et dont on ignore tout des conditions de mise en oeuvre. Rien sur les violences faites aux femmes ou l'IVG. Le mot "femmes" n'est d'ailleurs cité qu'une fois dans son programme. Preuve d'un profond désintérêt ou d'une méconnaissance en la matière ? S'il y a un élément sur lequel la présidente du Front national n'est jamais à cours d'argument, c'est le fondamentalisme

"La crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes"

islamiste et la crise migratoire, qu'elle désigne systématiquement comme le responsable de tous les maux en matière de droits des femmes. "Un certain nombre de droits des femmes sont en train de reculer, notamment sous la poussée du fondamentalisme islamiste", assurait-elle en octobre sur BFMTV. C'est son unique argument sur le sujet. En 2012, sur France 3, elle déclarait que cette crise des migrants portait en elle "une vision, une culture des fondamentalistes qui ont de la femme une vision absolument dépréciée, qui ont pour les femmes le plus grand mépris et l'expriment de manière quotidienne". En janvier 2016, au lendemain des agressions sexuelles qui ont eu lieu à Cologne lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, elle maintient dans L'Opinion : "La crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes." Sombre prophétie. La menace vient forcément de l'extérieur, pas du foyer ou du monde du travail. Les violences conjugales, les inégalités salariales n'existent pas. Ou plutôt, si. Mais ce n'est pas à la classe politique d'intervenir. Marine Le Pen assurait ainsi en octobre 2016 sur BFMTV que "personne n'a la baguette magique sur l'inégalité salariale entre les hommes et les femmes" : "Est-ce que le politique doit toujours intervenir ? Est-ce que ce n'est pas au dialogue syndical d'avancer sur ces sujets ?" Un refus de s'impliquer, révélatrice de l'importance qu'elle accorde à la question. Son changement de look et ses rires complices avec Karine Le Marchand n'y changeront rien. 

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