Rama Yade et Michèle Alliot-Marie, candidates fantômes de la présidentielle

Pas facile de s'imposer face à l'omniprésence médiatique de François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon. On a tendance à les oublier, mais Michèle Alliot-Marie et Rama Yade sont elles aussi candidates à l'élection présidentielle. Pourquoi les médias ne s'intéressent pas plus à elles ?

© Montage SIPA/ABACA

François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Cinq noms qui viennent immédiatement en tête lorsqu'on évoque les candidats à la présidence de la République. Cinq noms qui font quotidiennement la Une de l'actualité (pour des motifs pas toujours liés au scrutin...). Cinq noms parmi près de 80 candidats qui briguent l'Elysée. Et parmi ces 5 noms, une seule femme. Quatre autres candidates ambitionnent pourtant d'accéder au poste suprême : Nathalie Arthaud, Charlotte Marchandise, Michèle Alliot-Marie et Rama Yade. Nathalie Arthaud a les 500 parrainages requis, elle est donc officiellement dans la course. Quant à Charlotte Marchandise, consultante-formatrice et candidate désignée après la primaire citoyenne, on peut comprendre qu'elle peine à s'imposer parce qu'inconnue du grand public. Mais pourquoi un tel désintérêt des médias pour Rama Yade, dont Libération n'hésite pas à dire qu'elle se présente "dans l'indifférence générale", et Michèle Alliot-Marie, pourtant anciennes ministres ?

"Vous, les journalistes, vous avez choisi vos candidats"

"Vous, les journalistes, vous avez choisi vos candidats", déplorait Rama Yade dans un article du Monde.fr, publié le 23 février. Difficile en effet pour la candidate de La France qui Ose de faire entendre sa voix dans la sphère médiatique. Elle a pourtant déclaré sa candidature en avril 2016, sur TF1. Sur Twitter, elle a expliqué se présenter "pour que les femmes ne soient pas représentées que par les extrêmes (Nathalie Arthaud et Marine Le Pen)". Pendant un an, elle a avalé les kilomètres et parcouru la France à la recherche des précieux parrainages. Michèle Alliot-Marie a quant à elle fait acte de candidature en décembre 2016, pour le parti Nouvelle France, lancé quelques mois plus tôt. Mais l'ex-ministre de la Défense, comme l'ancienne secrétaire d'Etat aux Sports, ne sont pas courtisées par les médias. Une faible exposition à double tranchant : les candidates ont plus de peine à faire entendre leurs idées, mais au moins, leur candidature n'est pas entachée par les scandales et révélations gênantes, pouvant entraîner la méfiance de certains électeurs.

Une campagne loin des médias

Rama Yade et Michèle Alliot-Marie ont toutes les deux déclaré leur candidature sans passer par les primaires. Elles n'ont donc pas bénéficié de la tribune qu'ont pu avoir les candidats de la droite et de la gauche lors de nombreux débats télévisés. Elles n'ont pas non plus donné de gigantesques meetings, là encore largement relayés et commentés sur les réseaux sociaux. Sur LCI, en décembre, MAM déclarait qu'elle trouvait "indécent de dépenser des millions pour un meeting", "dans une période où les Français ont beaucoup de problèmes de pouvoir d'achat". Et en tant que candidate indépendante, elle a expliqué ne pas avoir les moyens financiers de candidats soutenus par un parti. Enfin, les médias ne sont jamais invités à suivre ses déplacements et les Français sont ainsi privés d'images de la candidate en campagne.

Lorsqu'elles ont droit aux projecteurs, ce n'est pas pour les bonnes raisons

Le rôle des médias est également à questionner. Rama Yade et Michèle Alliot-Marie sont-elles snobées par les chaînes de télé car elles sont loin des 500 parrainages  - d'après le décompte officiel du Conseil Constitutionnel, la première stagne à 217 et la seconde à 53, deux jours avant la date limite du 17 mars - et donc pas considérées comme des candidates "sérieuses" ou peinent-elles plus qu'un François Fillon ou une Marine Le Pen justement car elles n'ont pas leur médiatisation ? D'autant plus que lorsqu'elles ont droit aux projecteurs, ce n'est pas forcément pour les bonnes raisons. Rama Yade a réussi à attirer l'attention des médias cette semaine, mais pour son relooking et son "incroyable perte de poids" plutôt pour que son programme. Vous avez dit sexisme ?

Un programme par et pour les femmes

Justement, leur programme, plus spécifiquement pour les femmes, quel est-t-il ? En ce qui concerne Michèle Alliot-Marie, nous n'avons rien trouvé sur son site de campagne. Rama Yade détaille en revanche ses mesures sur le site officiel de La France qui Ose. Elle prévoit notamment de lancer un plan d'alphabétisation et de formation des femmes migrantes. En matière de laïcité, Rama Yade veut interdire les aménagements contraires à la mixité hommes-femmes dans les services publics (piscines, salles de gymnastique...). Concernant les violences faites aux femmes, l'ancienne secrétaire d'Etat veut développer un système de familles d'accueil pour les victimes, mettre en place dans les commissariats un dispositif spécifique et en finir avec la correctionnalisation des viols afin qu'ils ne soient plus considérés comme des délits, mais comme des crimes et soient jugés aux assises en tant que tels.
Enfin, en matière d'égalité hommes-femmes, Rama Yade veut que les entreprises rendent disponible une comparaison de leur politique salariale par sexe pour permettre aux employés de savoir, à compétences égales, où elles se situent dans la grille salariale de l'entreprise. Dans la course à l'Elysée, Michèle Alliot-Marie et Rama Yade se situent en tout cas en bien mauvaise position.

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