En Europe, les femmes font de moins en moins d'enfants

Les Européennes ont un taux d'infécondité de plus en plus élevé, selon une étude récente de l'INED. Guerres mondiales, changements sociaux et économiques, individualisme... De nombreux facteurs expliquent ce phénomène démographique.

© 123RF - Cathy Yeulet

"En Europe, les maternités sont devenues tardives et la fécondité faible." Voilà le constat sans équivoque de l'Institut national des études démographiques (INED), qui a publié une étude sur ce sujet mercredi 11 janvier 2017. En effet, il y est démontré que la proportion de femmes sans enfants dans les pays Européens n'a de cesse d'augmenter.

© Éva Beaujouan, Population et Sociétés n° 540, Ined, janvier 2017

Une évolution édifiante

Le travail de l'INED a eu pour méthodologie d'étudier l'évolution du taux d'infécondité au cours du XXe siècle, de 1900 à 1970 : s'en dégage une courbe en U, qui indique que les femmes nées au tout début du siècle faisaient très peu d'enfants : jusqu'à un quart d'entre elles n'en avait pas. Puis le taux d'infécondité n'a eu de cesse de baisser, pour atteindre son taux le plus faible dans les années 1940 : seulement une femme sur dix née à cette époque n'a pas eu d'enfant. Enfin, à partir des années 1960 la courbe n'a fait qu'augmenter, illustrant le fait qu'en Europe les femmes ont une infécondité de plus en plus élevée : environ 15% des femmes nées à la fin des sixties n'ont pas d'enfant. 

Cependant, la hausse de l'infécondité des femmes nées dans les années 1960 n'est pas aussi significative dans toute l'Europe. On notera qu'elle est surtout très forte pour celles vivant en Europe du Sud ainsi que dans des pays de l'Ouest tels que l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse. En revanche, des pays comme la Russie et la République Tchèque ont gardé un faible taux d'infécondité. 

Les raisons de ces changements 

Cette évolution du taux d'infécondité est en réalité la traduction des mutations socio-économiques qui ont eu lieu en Europe pendant un siècle. Pour ce qui est du fort taux d'infécondité des femmes nées au tout début du siècle, il est principalement lié au célibat qui touche alors la gent féminine : le marché matrimonial a été déséquilibré à cause de la Première Guerre mondiale, qui a tué beaucoup d'hommes. Puis le nombre de femmes ayant des enfants a beaucoup augmenté car l'Europe de l'Ouest a connu une forte croissance économique suite à la Seconde Guerre mondiale : le boom des mariages et des naissances a été favorisé par les bonnes conditions sociales et financières de l'époque. Il faut ajouter à cela une forme de pression sociale alors très forte, qui poussait les jeunes gens à se marier jeunes et avoir des enfants rapidement. Des politiques natalistes ont également encouragé cette faible infécondité. Enfin, la baisse constante de l'infécondité pour les femmes nées à partir des années 1960 s'explique principalement par la montée de l'individualisme, des systèmes de contraception plus efficaces, une envie de se réaliser soi-même avant de fonder une famille et enfin une incertitude économique croissante. 

L'étude de l'INED souligne par ailleurs un lien direct entre un taux d'instruction élevé et le fait de ne pas avoir d'enfants. Ainsi, les femmes diplômées du supérieur sont plus fréquemment infécondes, et à mesure que la gent féminine a eu accès à un niveau d'instruction supérieur, son taux d'infécondité a augmenté. 

© Éva Beaujouan et al., Population et Sociétés n° 540, Ined, janvier 2017

Et après ?

Aujourd'hui, le taux d'infécondité en Europe s'est stabilisé. Cependant, l'INED prévoit une augmentation de l'infécondité, notamment en Europe du Sud où une femme sur quatre née dans les années 1970 pourrait ne pas avoir d'enfant. Une infécondité qui pourrait également progresser dans les pays du Centre et de l'Est, notamment de par le taux d'instruction élevé de nombreuses femmes. 

Et en France ? 

La France a un taux d'infécondité bien moins élevé que certains pays d'Europe, notamment l'Italie : dans une autre étude de l'INED, on apprend que "à l'âge de 25 ans, 42 % des femmes en France nées entre 1960 et 1969 avaient eu un premier enfant contre 35 % en Italie". Par ailleurs, 64% des couples français (selon une étude menée entre 2005 et 2008) ont déclaré vouloir au moins un enfant et 43% en désirent au moins deux. D'autre part, on dénombre aujourd'hui en moyenne 2 enfants par femme en France, contre 1,4 en Italie. Les femmes Françaises font donc plus d'enfants que nombre de leurs consœurs Européennes. 

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