Viol : 1 homme sur 3 passerait à l'acte s'il était sûr de ne pas être inquiété

Près d'un tiers des hommes seraient de potentiels violeurs, d'après une étude réalisée au Québec. Une enquête édifiante qui remet le consentement et la culture du viol au cœur du débat.

© Federico Marsicano

Le docteur en psychologie et en criminologie Massil Benbouriche peut se vanter d'avoir réalisé une étude choc. Son objectif au départ était de corréler les effets de l'alcool et de l'excitation sur les agressions sexuelles envers les femmes. Mais les résultats obtenus vont plus loin que cela.

Effectué au Canada pour les besoins de la thèse du doctorant, le travail en question a consisté à réunir 150 hommes âgés de 21 à 35 ans, tous équilibrés mentalement et déclarant n'avoir jamais commis d'agression sexuelle. Ce groupe a été séparé avec d'un côté ceux ayant bu de l'alcool (taux d'alcoolémie de 0.08%) et de l'autre les personnes sobres.

"Marie énonce de façon de plus en plus claire qu'elle ne veut pas avoir de relation sexuelle..."

Puis tous ont dû écouter la bande audio suivante, d'un homme s'apprêtant à avoir une relation sexuelle avec une femme non consentante : "Marie et Martin reviennent d'une soirée arrosée dans un bar. Ils s'installent sur le divan et commencent à s'embrasser. Lorsque Martin touche les seins de Marie et commence à essayer de la dévêtir, celle-ci émet de premières réticences. Martin se fait convaincant et s'ensuit un nouvel échange de baisers. Marie énonce de façon de plus en plus claire qu'elle ne veut pas avoir de relation sexuelle avec Martin, mais celui-ci poursuit ses avances."

L'objectif a ensuite été de poser des questions sur cet échange et notamment la suivante : "Si vous étiez absolument certain que Marie ne porte jamais plainte et que vous ne soyez jamais poursuivi, quelles seraient les chances d'avoir une relation sexuelle avec Marie alors qu'elle n'est pas d'accord ?" Et les résultats sont édifiants : 30% des interrogés se sont dits prêts à violer cette femme s'ils étaient sûrs qu'il n'y aurait aucune poursuite judiciaire.

La culture du viol comme responsable

Massil Benbouriche a également démontré par son étude que l'alcool n'avait aucune influence dans le cas d'une agression sexuelle, puisque les hommes n'adhérant pas à la culture du viol formulent les mêmes réponses en étant sobres ou alcoolisés. En revanche, chez les hommes en accord avec le fait que la victime est en partie responsable de l'agression, la consommation d'alcool augmente leurs chances d'être violents et donc de passer à l'acte.

Plus question donc d'utiliser l'alcool comme circonstance atténuante à une agression sexuelleLe seul coupable est l'assaillant évidemment, motivé par cette culture du viol toujours présente dans nos sociétés actuelles. Ainsi, les 30% d'hommes se disant prêts à violer une femme contre la garantie de ne pas être poursuivis ne parviennent pas à percevoir l'absence de consentement d'une jeune femme sur le point de subir une agression sexuelle.
De quoi motiver les sociétés et institutions concernées à redéfinir le consentement. à condamner la culture du viol et à garantir une justice fiable pour les victimes.

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