Viol de Flavie Flament : pourquoi le coupable est-il intouchable ?

Flavie Flament a révélé avoir été violée adolescente par une personnalité dont elle refuse de donner le nom. Comment et pourquoi ces révélations pourraient lui retomber dessus ? Cours de prescription et de diffamation.

© Wyters Alban/ABACA

Flavie Flament a été violée à 13 ans par un grand photographe de mode. A 42 ans, l'animatrice de RTL a décidé de briser le silence sur ce "saccage d'une innocence" dans son autobiographie La Consolation. Au fil des pages, l'ex-épouse de Benjamin Castaldi explique les conséquences de ce drame : un souvenir effacé des années à cause du choc traumatique, une descente dans l'enfer de l'anorexie et une délivrance qu'elle n'aura jamais. "Aujourd'hui cet homme est juridiquement hors d'atteinte. Cela n'en fait pas un innocent pour autant. Le bourreau est inattaquable et moi je vivrai avec cela jusqu'à la fin de mes jours", a-t-elle expliqué au JDD.

"Le bourreau" : dans son ouvrage, l'ancienne reine de beauté ne nomme jamais son agresseur, mais révèle plusieurs indices sur son identité. On apprend qu'il s'agit d'un artiste mondialement connu, âgé d'une cinquantaine d'années au moment des faits, Et que la jeune Normande n'est pas l'unique victime. "Je n'ai pas été la seule à tomber dans ses griffes. À propos de ces jeunes filles, il parlait de 'faire son marché'." C'est tout ce que Flavie Flament dira de celui qui a détruit son enfance. La faute au délai de prescription et au délit de diffamation auquel elle s'expose. 

Injustice pour les victimes 

Pourquoi Flavie Flament n'en dévoile-t-elle pas davantage ? Car en France, le viol sur mineur de moins de 15 ans est soumis à un délai de prescription de 20 ans après la majorité de la victime. L'animatrice avait donc jusqu'à ses 38 ans pour intenter un procès. Aujourd'hui, son violeur n'est plus condamnable. Pire : si elle mentionne son nom publiquement, elle s'expose à être elle-même attaquée pour diffamation (imputation d'un fait portant atteinte à une personne physique ou morale). C'est ce à quoi Thierry Ardisson s'est risqué sur le plateau de Salut les Terriens, en lâchant le nom du coupable présumé, dont l'identité ne semble plus être un secret sur Internet.

Flavie Flament a pris la décision de publier son histoire pour mettre en lumière la double peine des victimes, violées et contraintes au silence. Aux "enfants brisés" à son image, elle déclare : "Ne vous laissez pas faire, parlez, portez plainte ! Le drame, c'est de devoir insister pour être entendu ! J'ai connu ça dans ma famille."
Pour avoir un ordre d'idée, en France 84 000 femmes majeures seraient victimes de viol chaque année d'après les chiffres du gouvernement. Seuls 10% porteraient plainte, par peur du jugement, par crainte de lourdes procédures, par nécessité d'oublier. Si les personnes de plus de 18 ans ne déclarent pas le crime qu'elles ont subi, il est facile d'imaginer à quel point les mineurs peuvent être démunis. 

"Je refuse de justifier et de pardonner. C'est de notre responsabilité à nous, les victimes, de briser ce cercle, pour aller mieux", a ajouté Flavie Flament à l'attention de celles et ceux qui vivent avec le même fardeau. Sa prise de parole rappelle à tous que le pouvoir des mots est plus fort qu'il n'y paraît. Pour preuve, en Californie, le délai de prescription vient d'être aboli suite à l'affaire Cosby. Et si on relançait le débat chez nous ?

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