Daech et les femmes : combattantes, complices ou esclaves ?

Alors que trois femmes sont suspectées d'avoir préparé un attentat contre la France, leur rôle auprès de Daech pose question. On les savait sous le joug des terroristes et complices de certaines attaques, les voilà désormais combattantes. Mise au point.

© Aliaksei Smalenski - 123RF

C'est la terrible nouveauté de la rentrée. Week-end du 3 septembre 2016 à Paris, des policiers trouvent une voiture prête à exploser vers Notre-Dame. Cinq jours plus tard, trois jeunes femmes sont arrêtées à leur domicile, suspectées d'avoir voulu commettre un attentat avec le véhicule. Les autorités estiment avoir démantelé un "réseau terroriste" lié à Daech, exclusivement féminin. Et c'est là le caractère inédit de cette actualité. Cantonnées au rôle d'esclaves, de femmes au foyer ou de complices, les femmes seraient désormais prêtes à prendre les armes pour l'Etat islamique.

L'attrait des jeunes filles pour l'organisation n'est pas nouveau. Selon le Guardian, 10% des Européens, Américains et Australiens à partir pour la Syrie sont de sexe féminin... dont un quart de Françaises. Appelées à apporter leur pierre à l'édifice sur les territoires de l'EI, elles seraient femmes au foyer, avant tout là pour leur donner des enfants. Un rôle détaillé dans un manifeste publié en 2015. "Alors que l'homme est de la chair à canon qui doit aller mourir à la guerre ou dans des actions terroristes, la femme est chargée de pérenniser le mouvement, de donner naissance aux 'lionceaux du djihad'", a expliqué Matthieu Suc, journaliste pour Mediapart et auteur de Femmes de djihadistes, à La Voix du Nord. Elles doivent être complices de la détermination des hommes, et même raffermir la haine du mécréant." En France, on se rappelle de l'implication d'Hayat Boumeddiene, veuve et complice de Coulibaly, dans le meurtre de Montrouge et la prise d'otages de Vincennes. La jeune femme serait toujours en Syrie.

Avec la voiture chargée de bonbonnes de gaz, c'est la première fois qu'un projet d'attentat mis en place par des terroristes au féminin est découvert à un stade aussi avancé en France. Jamais les femmes radicalisées ne sont encore passées à l'action sur le sol hexagonal. Pourtant, elles sont bien là. D'après François Molins, procureur de la République de Paris, 59 d'entre elles sont actuellement mises en examen pour être liées à une organisation terroriste. "On a peut-être été trop scrupuleux au début en se disant que les femmes suivaient leur mari et se cantonnaient à des tâches ménagères en Syrie. Aujourd'hui, elles sont systématiquement interpellées à leur retour et placées en garde à vue", a-t-il précisé. D'après Le Point qui cite de récentes études, "Daech compterait près de 600 femmes combattantes sur les 20 000 volontaires occidentaux engagés sur le terrain irako-syrien".

 

Trente ans de femmes kamikazes    

De même que l'attrait des jeunes filles pour Daech n'est pas nouveau, les femmes terroristes ne viennent pas d'apparaître. "De 1985 à 2006, plus de 220 femmes kamikazes se sont sacrifiées, ce qui représente près de 15% du total des kamikazes recensés", rappelle Fatima Lahnait dans son rapport Femmes kamikazes ou le jihad au féminin rendu au Centre Français de Recherche sur le Renseignement en 2014.
Elle y rappelle que dès 1985, une Libanaise de 16 ans ôtait la vie à deux soldats en se faisant exploser. En 2005, c'est pour Al Qaida que plusieurs kamikazes actionnaient leur ceinture. Boko Haram aussi utilise des femmes (et fillettes) pour commettre des attentats suicides depuis 2014. D'après les experts, recruter des femmes pour le combat aurait plusieurs avantages aux yeux des terroristes : celui de moins éveiller les soupçons au moment du passage l'acte et celui de compenser les périodes difficiles de recrutement de candidats à la mort.

Dans le cas des trois Françaises arrêtées, rien n'indique que l'Etat islamique a lui-même commandité leur action. Inès, 19 ans, la plus jeune des suspectes, était en possession d'une lettre dans laquelle elle prêtait allégeance à Daech. Si François Molins a déclaré que l'EI entendait "faire des femmes combattantes", des experts assurent que ces terroristes ont agi sans ordre de Syrie. "L'idéologie des dirigeants du groupe islamiste interdit aux femmes d'être au front. Les seules femmes armées sur le terrain, ce sont les femmes de la police qui assurent les contrôles à Raqqa, par exemple", a rappelé Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, sur LCI.

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