Viol : les victimes brisent la loi du silence en Europe de l'Est

Des Russes et des Ukrainiennes ont décidé de mettre fin à la loi du silence qui règne en maître dans les pays d'ex-URSS. En créant le hastag #jenaipaspeurdeparler, Anastasia Melnytchenko incite les victimes de viol à raconter leur calvaire pour sensibiliser l'opinion publique.

© Sergei Chuzavkov/AP/SIPA

Un hashtag peut changer bien des choses. C'est ce que prouve Anastasia Melnytchenko avec le slogan #Jenaipaspeurdeparler (#яНеБоюсьСказати). Militante pour les Droits de la Femme, cette Ukrainienne a œuvré pour la libération de la parole des victimes de viols dans les pays de l'ex-URSS en publiant un message relatant sa propre agression sexuelle sur Twitter. Résultat : des centaines de femmes, qu'elles soient Russes, Ukrainiennes, Arméniennes ou Azerbaïdjanaises, ont trouvé la force et le courage de se confier à leur tour sur les réseaux sociaux. La journaliste Olga Shylenko a relayé certains de ces tweets pour l'AFP.

À en croire l'agence, qui cite l'association pour les droits de la femme La Strada Ukraine, le pays ne comptabilise que 320 plaintes pour viols ou tentatives de viol, alors qu'il compte 45 million d'habitants. Par comparaison, la France en a enregistré plus de 12 700 en 2014 (selon une étude du Figaro). Par peur d'être rejetées par leur famille, jugées ou non soutenues, les victimes n'osent pas parler. Anastasia Melnytchenko veut justement briser cette culture du silence, solidement ancrée dans les mœurs en Russie et en Ukraine et imposée aux femmes agressées.

Injustice

Avec le hashtag #Jenaipaspeurdeparler, la gent féminine a fait un pas en avant, mais rien n'est gagné... En Russie, la Chambre civile va jusqu'à demander aux victimes de ne pas "outrepasser" les limites de la légitime défense sous peine d'être poursuivies. Anton Tsvetkov, un responsable à la Chambre civile, a confié à l'AFP : "Par exemple, si un homme viole une femme et qu'elle le tue, la justice doit s'en mêler car l'homme ne mettait pas en danger sa vie."

La culture du viol est alors légitimée, faisant passée la culpabilité du bourreau à la victime. Preuve étant, des hommes – en majorité – se sont insurgés sur Twitter accusant celles qui témoignent d'exhibitionnisme et évoquant des "strip-tease publics". Continuer à parler, dénoncer et s'insurger est alors indispensable pour briser les tabous dans une société machiste et sexiste.

Anastasia Melnytchenko © Sergei Chuzavkov/AP/SIPA

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