Violences faites aux femmes : de nouveaux référents à l'écoute dans les services d'urgence

Dans le cadre du 4e plan de lutte contre les violences faites aux femmes, initié en 2014, un nouvel interlocuteur est apparu dans les services d'urgences : les référents spécialisés sur le sujet. Leur première journée de formation s'est tenue à Paris le 27 juin 2016. On y était.

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Les chiffres du gouvernement sont glaçants. Aujourd'hui en France, on estime que 223 000 femmes, entre 18 et 75 ans, sont victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou d'un ancien compagnon. Ces femmes sont dans une situation extrêmement délicate et ne savent pas toujours vers qui se tourner pour demander de l'aide. La plupart d'entre elles se dirigent vers le Samu, les pompiers ou les services d'urgences. Mais ces derniers ne sont pas suffisamment formés : confrontés à des patientes qui consultent souvent pour les conséquences de ces abus (alcoolisme, troubles du sommeil, tentatives de suicide...), ils ne parviennent pas toujours à identifier un cas de violence. Quand ils y arrivent, trouver les mots qui ne heurteront pas davantage n'a rien d'évident. Pour y remédier, la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a ajouté un nouveau dispositif au 4e plan de lutte contre les violences faites aux femmes : la mise en place de référents en la matière dans chaque service d'urgence en France. Sensibilisés à la problématique, ceux-ci sauront déceler les cas de violences et écouter les patientes, mais aussi former le personnel médical sur le sujet.  Ils sont 539 aujourd'hui sur tout le territoire et leur première journée de formation a eu lieu lundi 27 juin à Paris, dans les locaux du ministère des Affaires Sociales et de la Santé.

Un protocole précis 

Une sage-femme, invitée pour l'occasion, a mis le doigt sur la principale difficulté en la matière : "On ne trouve que ce que l'on cherche." La spécialiste détaille alors la méthodologie que doivent adopter les urgentistes : le repérage systématique des violences. Si un médecin suspecte des violences conjugales, il a à sa disposition une liste de questions, libre à lui de poser celles avec lesquelles il est le plus à l'aise ou de trouver les siennes : "avez-vous été malmenée ?", "avez-vous eu une enfance heureuse ?", "comment ça se passe à la maison?"... Et la spécialiste d'insister sur le fait que poser ces questions, "ce n'est pas être un ou une féministe engagé, c'est juste être médecin". Car si les médecins doivent respecter le silence d'une patiente qui ne voudrait pas évoquer les violences qu'elle subie, la limite est mince avec le fait de renforcer la stratégie de domination de l'agresseur. De même, évoquer le sujet ne revient pas à s'immiscer dans l'intimité d'une femme, mais relève de la lutte contre les crimes et délits à laquelle est tenu le personnel de santé. Les médecins urgentistes sont confrontés à une difficulté supplémentaire : ils ne connaissent pas les antécédents des patientes qui se présentent à eux. Cette lacune est problématique en cas de violences conjugales, qui peuvent impacter un diagnostic, même si le lien ne semble pas évident au départ. La sage-femme raconte le cas d'un diabétologue qui ne comprenait pas pourquoi sa patiente ne suivait pas son traitement. Le médecin ne savait pas que celle-ci était victime de violences et que son mari lui prenait sa piqûre d'insuline. 

Un processus long et difficile 

Un autre élément que les femmes victimes de violences doivent savoir pour ne pas être surprises : la prise en charge par un médecin urgentiste ne vaut que sur le court terme. Le praticien a vocation à accueillir, écouter et traiter la patiente, puis il l'orientera vers ses collègues gynécologues, psychiatres ou généralistes en fonction de ses besoins. 
Mais en matière de violences conjugales, la surcharge de travail est l'ennemi numéro 1 des urgences : face au délai d'attente, parfois jusqu'à 6 heures, une femme victime de violences partira bien avant d'être prise en charge. C'est là que la présence d'affiches de sensibilisation dans les salles d'attente a son importance : nombreuses sont les patientes à avoir pris contact avec les associations compétentes, notamment via le numéro national de référence 39 19, après les avoir vues.

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