Les Survivants : ces anti-avortement qui nous glacent le sang

Le droit à l'IVG est menacé. La nouvelle génération de militants anti-avortement tente de convaincre les jeunes de se rallier à sa cause. Les Survivants, comme ils se revendiquent, ont pour armes un site internet prétendument cool et un discours pro-vie traduit en langage adolescent. Terrifiant.

© capture décran

Jusque-là, la lutte en ligne des anti-IVG se faisait insidieuse. Mais voilà que les pro-vie sortent de leur cachette en .net pour aller tâter le bitume. Ils s'appellent les Survivants, sont sûrement (espérons) minoritaires, ont la vingtaine et en plus d'investir les réseaux sociaux, étendent leur combat dans la rue.
Pour mieux comprendre les revendications de cette communauté à mi-chemin entre Hunger Games et la Manif pour tous, il suffit de faire un tour sur leur site web ou de regarder leurs vidéos Youtube. Les Survivants "souffrent de l'IVG", qu'ils condamnent. Selon eux, c'est à cause d'elle qu'une personne sur cinq, d'après leur calcul, n'a jamais vu le jour. Ils se basent sur les chiffres officiels, qui indiquent 220 000 avortements en France et 800 000 grossesses (source : Ined). Sauf qu'eux rapportent le premier nombre au second et en tirent une conclusion faussée.

Dans la logique des Survivants, toute personne née après 1975, année d'adoption de la loi Veil, est en fait un "rescapé". Dix sept millions de personnes seraient alors potentiellement atteintes du "syndrome du survivant". Au programme : "culpabilité existentielle", "attachement anxieux" ou même "connivence pseudo-secrète". Des noms obscurs, signes communs aux "survivants de catastrophe naturelle, de guerres, de tentative de meurtre", comme ils le spécifient toujours sur le site. Le syndrome qu'ils évoquent est le résultat d'une recherche de Philip G. Ney et Marie A. Peeters. Une étude menée sur seulement 293 personnes, sans que d'autres enquêtes ne viennent appuyer leurs travaux. Ils précisent d'ailleurs qu'on "ne dispose pas encore de chiffres statistiques qui montrent l'ampleur [du syndrome du survivant] en France ou dans les autres pays où l'avortement est légalisé". Pas à un paradoxe près, ils reposent quand même leur argumentation dessus.

© Capture d'écran les Survivants

Guérilla avortée

Pour faire passer ce message que nous ne commenterons pas davantage, les Survivants misent tout sur une communication rodée. Les pro-vie old school préfèrent se faufiler discrètement en top des recherches Google sans jamais dire officiellement qu'ils sont contre l'IVG. La nouvelle génération, elle, veut qu'on la remarque et revendique son combat.
Avec ses codes visuels déjà : un site internet dans l'air du temps, couleur verte, vidéos et larges images en étendard ; un logo identifiable et un signe de ralliement. "Une main levée déployant tous les doigts sauf l'annulaire, comme un doigt d'honneur adressé à la société." Sur Instagram, Twitter et Facebook, ils s'adressent à leur cible à coup de #1sur5 et de ré-appropriation d'idoles comme Cristiano Ronaldo type "Et s'il n'était jamais venu au monde ?".

Début juin donc, ces jeunes en colère sont descendus dans les rues de Paris pour leur première "guérilla" contre l'IVG. Malheureusement (ironie), les participants n'ont pas pu s'équiper comme il se doit sur l'e-shop du site, pas encore en ligne, qui promet pourtant "des tee-shirts du mouvement" et de "télécharger le mook de formation du survivant pour ne pas te faire troller par un journaliste".
Filmés par le Petit Journal (à partir de 14:25 minutes dans la vidéo ci-dessous), les Survivants, dont le porte-parole est un ancien de la Manif pour tous, ont un discours qui fait froid dans le dos. "La société française n'a pas su protéger mes jours. J'avais une chance sur cinq de ne pas vivre", répète par exemple en boucle une jeune fille interviewée. Pendant ce temps, le service de sécurité était assuré par des hommes avec le logo d'Action française, groupuscule d'extrême droite royaliste.
Ce premier rassemblement parisien a évidemment provoqué la colère des féministes, venues clamer le droit des femmes à disposer de leur corps. Tout particulièrement révolté, le projet participatif Paye Ta Schnek a entamé une campagne contre la propagande anti-IVG. Sur les réseaux sociaux, ses membres placardent des slogans tels que "un enfant quand je veux, si je veux, avec qui je veux" ou "nos utérus sur ta commode" dès qu'elles le peuvent. On préfère largement s'engager pour ce combat-là.

 

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