Frédéric Beigbeder et l'idéal féminin

Frédéric Beigbeder devient chirurgien esthétique pour "L'Idéal", au cinéma le 15 juin. Ce deuxième long-métrage de l'auteur de "99 Francs" donne un bon coup de scalpel dans l'univers de la beauté. À la sortie du bloc, la femme est glorifiée. Le doc esthète nous explique son opération séduction.

© Apaydin Alain/ABACA

"Notre mission, c'est que 3 milliards de femmes aient envie de ressembler à la même." Cette accroche sort de la bouche de la présidente de L'Idéal Paris, entreprise de cosmétiques inventée par Frédéric Beigbeder pour mieux dénoncer le système. Dans L'Idéal, au cinéma le 15 juin, le dandy parisien se moque de la sphère de la beauté avec panache et cynisme. L'effet du film ? Mieux qu'une douche froide, une séance de cryogénisation (raffermissante) dans ce monde où il vaut mieux être plus mince/musclée/contourée pour entrer dans les critères du joli.

"Je suis très sensible à la beauté féminine. C'est l'histoire d'un homme à la fois fasciné et révolté par ce monde…", nous a expliqué "l'homme" des Galeries Lafayette. À une époque où la popularité se mesure en likes sur les réseaux sociaux, il y a de quoi. Si les mannequins plus size et autres splendeurs uniques parviennent parfois à imposer leur magnificence, le totalitarisme Kardashian l'emporte. La perfection est alors un fessier rebondi, rehaussé d'une taille réduite à la guêpière. Le tout surplombé d'une chevelure brillante avec yeux de biche, lèvres pulpeuses et peau plus pixellisée que poreuse. Une femme peut être intelligente, drôle ou engagée dans les domaines qu'elle veut. Si elle souhaite être perçue comme belle, voilà comment être : idéale.

Doigt d'honneur manucuré

Le deuxième long-métrage de Frédéric Beigbeder, adaptation de son roman Au secours pardon, ouvre nos yeux soulignés de liner. Avec ce doigt d'honneur manucuré, il fait passer le message que la vraie beauté est plus subjective que normée. Mais attention à ne pas rejeter les sylphides pour autant. Comme celles qui critiquent les superbes plantes qui s'affichent dénudées en Une de son magazine tous les mois. "Dans Lui il y a souvent des hommes en costume avec des filles nues. C'est sexy ou sexiste ? Quand devient-on vulgaire ? À quel moment est-on considéré comme un affreux cochon ? Beaucoup plus tôt qu'avant il me semble... Nous vivons dans une nouvelle société. Il faut juste prendre garde à ne pas tuer l'érotisme", juge le romancier barbu.

Un grand oui pour s'amuser avec les codes, glorifier et magnifier toutes les beautés. Un immense non à la dissimulation des femmes, des idéaux et des corps par pudeur.​​​​​ "Il faut pouvoir jouer sans avoir peur d'être qualifié de sexiste", précise Frédéric Beigbeder face à notre rédaction. Parole de féministe.

L'Idéal, de Frédéric Beigbeder. Avec Audrey Fleurot, Gaspard Proust et Jonathan Lambert. Au cinéma le 15 juin.

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