Culture du viol au Brésil : les femmes disent stop

Le plus grand État d'Amérique latine est secoué à une vague de protestations pour dénoncer les violences faites aux femmes. Images chocs sur la plage de Copacabana, nouvelles lois, manifestations dans les villes... La gent féminine se rebelle.

Sur la fameuse plage de Copacabana à Rio, le sable fin a été recouvert de sous-vêtements tâchés de faux-sang. Des portraits plantés dans le sol s'étendent jusqu'à la mer. Des visages de femmes qui vous scrutent, vous observent, vous hantent... une main rouge sur la bouche pour symboliser le silence imposé aux victimes. Cette installation prend tout son sens au Brésil, où la culture du viol est à son paroxysme, un mois après le viol de masse d'une ado.
L'ONG Rio de Paz, qui lutte contre les violences infligées aux femmes, a décidé de faire réagir les consciences en exposant ces portraits sur ce lieu très visité par les touristes et les citoyens. L'organisme déclare : "Nous ne pouvons tolérer les violences faites aux femmes." En tout ce sont pas moins de 420 culottes qui ont été déposées sur le sable en référence au nombre de femmes victimes de viols au Brésil, tous les trois jours. Un chiffre scandaleux qui en dit long sur une pratique atroce et banalisée au Brésil.
En marge de cette exposition, plus de 5 000 femmes ont manifesté le 8 juin 2016 dans les rues de São Paulo, brandissant des pancartes où l'on pouvait lire : "Le viol est un crime, pas du sexe !", "Ça fait mal à l'une, ça fait mal à toutes"Le hashtag #EstuproNuncaMais (le viol, plus jamais) symbolise le combat sur les réseaux sociaux.
Cette vague de protestations fait suite au "viol de trop". Le 21 mai 2016, une fille tout juste âgée de 16 ans a été violée par 30 hommes dans une favela des quartiers Ouest de Rio. Comme si ce n'était pas suffisant, le groupe d'agresseurs a publié une vidéo sur les réseaux sociaux où l'on aperçoit la victime inconsciente sur un lit tandis que l'un de ses bourreaux montre ses parties intimes en sang. Le film a scandalisé le pays. D'autant plus que certains commentaires accusaient... la jeune femme d'avoir attisé les pulsions de la gent masculine et de l'avoir bien cherché. Depuis le 30 mai, la jeune femme a été placée dans le Programme de protection aux enfants et adolescents menacés de mort et extradée du pays avec les siens. Paulo Melo, secrétaire de l'Etat régional de Rio pour les Droits de l'Homme, a déclaré : "La famille avait peur d'une vengeance de la part des trafiquants (de la favela)." Seuls trois hommes ont été arrêtés. Les policiers sont toujours à la recherche des autres coupables. 
Malheureusement, son cas n'est pas unique dans un pays comme le Brésil, où machisme et sexisme ne cessent de prendre de l'ampleur. La culture du viol y règne en maître. En 2014, un sondage brésilien a révélé que pour 65,1% de la population, les femmes en tenues jugées trop osées méritent d'être agressées sexuellement. Selon l'ONG Forum de sécurité publique, la police a même enregistré une agression sexuelle toutes les 11 minutes. Un constat qui ne trompe pas quant aux mentalités sur le sujet.
Pour rappel, la culture du viol implique une stigmatisation des victimes et une banalisation du crime. Au lieu de blâmer le coupable, les autorités et la société reportent la faute sur les femmes persécutées. En Amérique du Sud, la chose est malheureusement plutôt commune. De nombreuses études anthropologiques sont revenues sur les sociétés enclines au viol et pour lesquelles cet acte est considéré comme "normal". En 2013, les Nations Unies et l'Organisation Panaméricaine de la Santé avaient désigné la Bolivie comme le "pire pays d'Amérique Latine" en matière de violences envers la gent féminine. Dans ces sociétés patriarcales, l'égalité hommes-femmes est toujours loin d'être acquise. Les hommes y détiennent le pouvoir, ce qui entraînent des dérives machistes. Pour y répondre, le gouvernement brésilien a décidé d'alourdir les peines de prison des coupables de viol avec un nouveau projet de loi reconnaissant le "viol collectif", mais ça ne change rien à l'urgence de faire changer les mentalités. Michel Temer, président provisoire, prévoit de faire passer de 15 à 25 ans de réclusion les peines pour viols de mineurs âgés de moins de 14 ans. Pour les victimes de 14 à 17 ans, la peine maximum sera de 16 ans. En ce qui concerne les agressions sur majeurs, le coupable risquera jusqu'à 13 ans d'emprisonnement. En cas du décès de la victime, la peine prévue ne bouge pas et reste fixée à 30 ans de prison. Le Brésil veut également créer un département spécial pour les crimes contre les femmes au sein de la police fédérale. Un engagement qui pourrait ne pas être suffisant : selon le Forum brésilien de la sécurité publique, 65 % des victimes de viol renoncent à porter plainte.

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