Affaire Denis Baupin : un scandale pour délier les langues

Au lendemain du scandale Denis Baupin, Libération publie une tribune "pour que l'impunité cesse". Signé par 500 personnalités politiques, militantes et des médias, ce plaidoyer apporte son soutien aux victimes d'agressions et d'harcèlements sexuels. Un encouragement à libérer les paroles.

Cette fois, ça ne passera pas. Voilà le message que semblent envoyer les signataires de la tribune "Pour que l'impunité cesse", publiée dans Libération. Au lendemain des accusations de violences sexuelles dont serait coupable Denis Baupin, vice-président démissionnaire de l'Assemblée nationale, la colère se cristallise dans les mots pour faire avancer les choses.
"Nous voudrions juste ici dire merci", écrit le collectif Levons l'omerta, auteur du plaidoyer. Merci à qui ? "À celles qui ont eu le courage de briser la loi du silence et de mettre, avec encore plus de force dans le débat public, la réalité de ces comportements." Elles sont huit au total, membres d'Europe Ecologie - Les Verts, à s'être exprimées sur Mediapart et France Info pour dénoncer les agissements insupportables du député. Des textos salaces aux attouchements, 4 femmes ont témoigné à visage découvert quand 4 autres ont préféré rester dans l'anonymat pour condamner ces violences sexuelles.
Dans les colonnes du quotidien français, les remerciements ont des airs d'encouragements. Il n'est plus question de seulement dénoncer le sexisme politique, mais d'élever à un autre niveau sonore la grogne envers le machisme, le harcèlement minimisé, les agressions tues. Le silence doit cesser, l'omerta se briser. "Pour que ce soit le comportement des hommes qui change et non celui des femmes qui s'adapte, pour que les choses bougent enfin et que l'impunité cesse, pour que la culpabilité change de camp, il faut parler."

Bons mots vs. mauvais actes

Libérer la parole, voilà le nouveau combat mené par les signataires qui s'expriment dans Libé. Il y a un an, le journal publiait la tribune "Bas les pattes", afin de lever le voile sur les comportements scabreux de certains représentants du pouvoir. Quarante journalistes avaient alors fait des révélations choquantes. Un premier pas, facilité par leur position "d'externes" du milieu politique. Ce chemin vers la dénonciation est plus difficile à suivre pour les victimes intra-muros.
S'affirmer en tant que femme dans un environnement masculin, patriarcal de surcroît, est déjà un combat de chaque jour. "Il ne faut pas être une féminine, ni faible, ni fragile. Et faire beaucoup de sacrifices, sur sa vie de famille notamment. J'avais peur d'être réduite à ça, une victime", explique Elen Debost, proie de Denis Baupin. Pas facile alors d'oser élever la voix contre son patron, contre un membre de sa famille politique sans être pointée du doigt, voire discréditée. D'autant plus quand on laisse sous-entendre que se taire vaut mieux pour sa carrière ou la réputation du parti.
Voir Libération ériger le "merci" en combat contre le sexisme est un apaisement. Aussi salutaire qu'un bâillon arraché à des bouches trop longtemps condamnées à se taire. Celles qui osent ne sont plus montrées du doigt, mais érigées en héroïnes. Pour ouvrir la voie à d'autres, amorcer une révolte tonitruante. Faire du bruit pour que justice soit faite.

Pour signer la pétition lancée par Levons l'omerta, c'est ici.

Denis Baupin à l'Assemblée nationale © WITT/SIPA

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