Harcèlement, sexisme et cachotteries à l'Elysée

Dans un livre mystérieusement intitulé "L'Elysée Off", deux journalistes mettent en lumière les zones d'ombre du palais présidentiel. Harcèlement, remarques déplacées et autres pressions sociales... Dans les couloirs du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, le sexisme rôde.

© NIVIERE/VILLARD/SIPA

Elles avaient dénoncé le "paternalisme lubrique" des politiques dans une tribune pour Libération. Quarante journalistes des plus grands médias français s'était insurgées du comportement sexiste des élus et responsables de la République envers les femmes. "Un ministre qui, nous voyant penchée pour ramasser un stylo, ne peut retenir sa main en murmurant : 'Ah mais qu'est-ce que vous me montrez là ?'", pouvait-on lire dans les colonnes du quotidien français.
Un an plus tard, c'est au fil des pages de L'Elysée Off (Ed. Fayard) que les langues continuent de se délier. Dans cet ouvrage consacré aux coulisses du pouvoir, les auteurs Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri entrent dans les détails et révèlent des noms. Ainsi, le "ministre" cité plus haut, qui fait carrément "claquer l'élastique de la culotte de la reporter en pantalon taille basse", ne serait autre que Michel Sapin. Afin d'expliquer son geste, le locataire de Bercy de l'époque aurait avancé une "blague potache" pour laquelle "la journaliste a pris la mouche". Entre temps, l'intéressé a démenti "catégoriquement les allégations inexactes et calomnieuses" de l'ouvrage.
Les comportements inacceptables seraient malheureusement monnaie courante dans la classe politique. "À croire que l'atmosphère des lieux – le palais est l'ancien hôtel particulier de la Pompadour – déchaîne les libidos", relatent les journalistes. À les lire, Bernard Cazeneuve serait également visé par la missive de Libération.

Pleins pouvoirs 

Si on pouvait s'en douter, la vraie révélation de l'Elysée Off, c'est que les reporters ne sont pas les seules à subir les actes malvenus des décideurs. "Certaines collaboratrices de la présidence ont enduré pendant des années les allusions, voire les gestes déplacés, de leurs supérieurs", dénonce l'opus. On apprend ainsi que le chef du service financier ne s'est pas toujours bien comporté avec ses employées, quand un conseiller diplomatique s'est permis d'enlacer la maquilleuse du chef de l'Etat alors que celle-ci avait déjà refusé ses avances...
Aucune plainte n'a jamais été retenue à l'encontre de ces hauts-fonctionnaires. Écartés de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, l'un a été nommé à la tête d'un centre départemental de Finances publiques, l'autre est devenu ambassadeur "à l'autre bout du monde". Pas de réelle sanction et de trop rares traces juridiques, même si des lettres dénonciatrices circulent entre les services. On écarte ce qui pourrait créer le scandale, on dissimule les harcèlements sans jamais punir ces délits. On en oublie pourtant quelque chose de fondamental : sous les ors de la République, le sexisme n'est pas plus reluisant qu'ailleurs.

L'Elysée Off, de Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri. Disponible en librairies, 17 euros.

© Fayard

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