VTC, wagons pour femmes… sexistes ou utiles ?

Le harcèlement sexuel dans les transports est un fléau mondial. En France, en Inde, aux États-Unis ou au Portugal, les victimes ne peuvent se déplacer sans peur. Certains pays comme l'Allemagne tentent d'agir avec des transports dédiés aux femmes, principales cibles. Bonne ou mauvaise idée ?

© Facebook Bikxie

Toutes les femmes ont déjà été victimes de harcèlement au moins une fois dans les transports en commun. Ce constat établi par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes peut surprendre, mais il est malheureusement bien réel. Cent pour cent des femmes ont subi des gestes déplacés, d'un simple regard à une main aux fesses. Sans parler de viol, il s'agit bien là d'agressions.
Paris se place d'ailleurs en 11e position dans le classement mondial des villes les plus dangereuses en transports d'après un sondage
Thomson Reuters Foundation avec la société YouGov. Ce qui fait d'elle la première capitale européenne, devant Londres, classée 13e. New York est 16et c'est sûrement pour cela que Michael et Kelly Pelletz, un couple américain, a décidé de concrétiser son projet "Chariot for Women".

Un concept qui se veut bienveillant…

"Chariot for Women", c'est le nom provisoire de la société de VTC fondée par un ancien chauffeur Uber et sa femme. L'application, disponible le 19 avril, a été créée uniquement pour les femmes qui souhaitent se déplacer "sans craindre le comportement de leur chauffeur", après que des accusations d'agressions ont entaché la réputation de la compagnie Uber. "Nous faisons cela parce que les femmes et les hommes, chauffeurs ou passagers, ne sont pas égaux face à un danger [...] En huit mois de service chez Uber, je n'ai pas eu le moindre retour négatif de la part d'un homme", explique Michael au site TechCrunch. Une initiative qui n'est pas sans rappeler Pink Taxis à Beyrouth, Pink Ladies à Londres, SheRides à New York et Women Cab à Paris, qui engagent des pilotes féminins pour assurer la sécurité de leurs passagères.
Dans la même lignée, les fameux wagons roses pour femmes au Japon, en Inde et bientôt en Allemagne, ont pour but de réduire le harcèlement sexuel dans les transports en commun. Nous avons demandé à des sociologues du bureau de recherche spécialisé dans la mobilité 6t ce qu'ils pensaient de ces initiatives. Selon eux, elles répondent "ponctuellement au sentiment d'insécurité des femmes [...] mais ne font que déplacer le problème ailleurs".

… mais qui divise

Si la mesure peut rassurer les utilisatrices, elle reste également une "fausse solution" pour Marie Allibert, porte-parole d'Osez le féminisme : "Isoler les femmes, c'est leur demander d'adapter leur comportement face au risque, ce qui revient à inverser la responsabilité. Qu'adviendra-t-il des femmes qui ne voudront pas monter dans ces wagons ?"
Ces propos sont appuyés par les sociologues de 6t : "Le message transmis est négatif : les femmes doivent être protégées des hommes car leur comportement ne peut pas changer par nature."

Par ailleurs, l'efficacité de ces transports féminins reste à prouver. En Indonésie et en Égypte, le nombre d'agressions n'a pas baissé depuis que les pays se sont équipés de wagons roses. "L'important est de faire évoluer les mentalités pour les condamner. Ces actes sont aujourd'hui euphémisés. Il est temps de nommer vraiment le phénomène pour lui donner une valeur et rééduquer la population", ajoute Marie Allibert.
Pour les sociologues, une vraie lutte contre le harcèlement passerait par une "sensibilisation auprès des usagers mais aussi dès l'apprentissage éducatif en formant les enseignants". Marie Le Vern, députée socialiste à l'origine de l'article 14 contre le harcèlement sexuel dans les transports, a qualifié la mesure en Allemagne "d'aveu d'échec" à MetronewsEn France, seul Bruno Beschizza, aujourd'hui maire d'Aulnay-sous-Bois, avait évoqué l'idée en 2010, avant d'abandonner l'idée.

La compagnie de Taxis Roses "Bikxie" en Inde © Facebook Bikxie

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