Plus size : quand la mode arrondit les angles

Les apparences sont souvent trompeuses... L'adage est plus que jamais vrai dans le domaine de la mode et de l'image. Avec la montée en puissance des mannequins XXL, l'heure est à l'acceptation de soi, mais les éternels jugements sur les rondeurs sont encore difficiles à supporter pour de nombreuses femmes.

© Instagram Tess Holliday

Le printemps est là. Ce qui signifie qu'il ne reste plus que quelques semaines avant de troquer nos jeans pour un maillot de bain ou des tenues plus légères. Mais entre les défis minceur stupides qui pullulent sur les réseaux sociaux et les nouveaux régimes dont nous gavent les médias, il n'est pas toujours facile de poser sur notre corps un regard ami. Et comme il n'est jamais trop tard pour prendre de bonnes résolutions, si on prenait exemple sur Melissa McCarthy ? La généreuse héroïne de Spy a répondu de la meilleure des façons à ses détracteurs : "Je n'ai jamais eu l'impression que je devais changer. J'ai toujours pensé : 'Si je ne vous conviens pas, prenez quelqu'un d'autre'." Ces rondeurs ne disparaîtront pas d'un coup de baguette magique alors autant apprendre à les accepter... 
Comme la comédienne, de nombreuses personnalités rayonnent et assument leurs formes. On pense à Queen Latifah, Beth Dito, Oprah Winfrey ou encore à Marianne James. Cette diversité dans la représentation du corps des femmes a également atteint le domaine de la mode avec le succès de mannequins dits "plus size", tels que Tess Holliday (113 kilos), Ashley Graham ou Tara Lynn. L'émergence de ces nouveaux talents est révélateur du caractère paradoxal de la société, qui ne cesse de diffuser des messages contradictoires : les Etats-Unis donnent plus de visibilité aux tops grandes tailles, mais abreuvent les téléspectateurs d'émissions de télé-réalité basées sur la perte de poids. Les consommatrices ont salué l'initiative de Dove, qui a brisé les stéréotypes de la beauté et mis à l'honneur, des "girls next door", des femmes "normales" dans sa campagne de 2005, mais la publicité a eu le succès qu'on lui connaît parce qu'elle concernait une gamme de soins, utilitaires et destinés à procurer un certain bien-être et non pas élaborés dans une logique de séduction, nous explique Sylvie Borau, professeure assistant à la Toulouse Business School.

Plus de visibilité accordée aux rondeurs...

Tess Holliday est à l'origine de l'opération #SimplyBikini sur les réseaux sociaux, pour encourager les femmes rondes à poster des clichés en bikini. Actuellement enceinte de son deuxième enfant, la jeune femme de trente ans a publié une photo de son ventre sur Instagram, accompagnée d'un message fort : "J'ai été constamment humilié et critiqué à  cause de mon corps, mais le problème n'est pas ma taille, c'est l'incapacité des gens à comprendre que la beauté n'est pas définie par une taille."
La révolution est-elle en marche ? Sylvie Borau, spécialiste des images de la beauté dans la publicité, rappelle que ce changement ne date pas d'hier. Dans les années 1990 déjà, la marque de cosmétiques Body Shop lançait Ruby, la toute première poupée avec des rondeurs, censée représenter la morphologie moyenne des femmes à travers la planète. Plusieurs initiatives recensées ces derniers mois semblent illustrer cette nouvelle place faite aux formes : sur Instagram, le hashtag #Curvee recense les photos de femmes bien dans leurs rondeurs, le fabricant de jouets Mattel a sorti en janvier une nouvelle version de sa poupée Barbie, plus ronde (même si le changement n'est pas spectaculaire) et le magazine Sports Illustrated a fait poser la sexy Ashley Graham en Une de son numéro spécial maillots de bain. Dans un autre domaine, la maison d'édition américaine Valiant Comics a lancé fin 2015 le comic Faith, qui retrace les aventures d'une héroïne "plus size". Et on se souvient du coup de gueule de l'illustratrice Diglee, à qui on a refusé un dessin parce qu'il représentait une femme ronde. 

... mais il reste encore beaucoup à faire             

Le prêt-à-porter a également compris qu'il devait évoluer pour satisfaire les besoins de cette clientèle. Le site Balsamik propose ainsi des vêtements allant du 38 au 56, adaptés à toutes les morphologies en fonction de critères spécifiques ("j'ai un ventre rond", "j'ai une poitrine généreuse", "j'ai des hanches larges"). Du côté des autres enseignes, les choses changent aussi et beaucoup de marques ont désormais des gammes "grandes tailles" sur leur site. Violeta by Mango propose jeans et tops et lingerie jusqu'à la taille 54, Kiabi et Zalando proposent eux des modèles allant jusqu'au 60.
Dernière preuve que les mentalités évoluent, les hommes ont également leur mannequin grande taille : Zach Miko, un américain de 26 ans, a rejoint l'agence IMG Models au mois de mars.
Sylvie Borau tient toutefois à tempérer ce discours sur l'acceptation de soi, qui cache une logique d'abord commerciale. Aujourd'hui, 46 % des Français sont en surpoids ou obèses. En présentant des modèles trop minces, les marques prennent le risque de creuser l'écart avec les consommatrices. La mise en valeur de mannequins filiformes a un effet néfaste sur l'estime des femmes, mais aussi et surtout sur les recettes et le chiffre d'affaires. Les enseignes qui proposent un choix de tailles toujours plus larges le font simplement pour s'adapter au marché et pas nécessairement pour aider les femmes à s'accepter telles qu'elles sont.
On en revient toujours à cette notion de représentation et de ce que le public projette dans un produit, une image ou à travers un média. La transformation de Laurent Ournac en est la preuve : son incroyable perte de poids a suscité de nombreuses critiques. Le cas du top américain Myla Dalbesio illustre à la perfection cette schizophrénie de la mode. Ses débuts dans le milieu ont été chaotiques : trop fine pour être estampillée "plus size", mais jugée trop ronde pour fouler les podiums, elle avoue avoir menti sur son poids et avoir alterné régime et crises de boulimie. A 29 ans, elle affiche une taille 40-42 et est pourtant considérée comme un mannequin "grande taille". C'est ce qu'on appelle tourner en rond.

Ashley Graham en une de Sports Illustrated © Instagram Sports Illustrated

 

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