Surveillance électronique : tous fichés ?

Patricia Cornwell s'attaque à un thème fort et plus que jamais d'actualité dans son dernier roman, "Inhumaine", paru le 2 mars aux éditions des Deux Terres : celui de la surveillance électronique. Alors qu'Internet et la technologie ont envahi nos vies, sommes-nous réellement seuls face à notre écran lorsque nous surfons sur le Net ?

Surveillance électronique : tous fichés ?
© Deux Terres

Un décor familier. Une séquence qui défile. Une minute. Deux minutes. Six minutes. Dans les premiers chapitres d'Inhumaine, le nouveau roman de la reine du crime Patricia Cornwell, paru le 2 mars aux éditions des Deux Terres, Kay Scarpetta est hypnotisée par une vidéo reçue sur son smartphone. Le médecin légiste reconnaît la chambre qu'occupait sa nièce, Lucy, lorsqu'elle était étudiante au FBI, quelques années auparavant. La jeune femme a visiblement été filmée à son insu. Le début du livre promet un récit riche en tension, entre surveillance électronique et nouvelles technologies. Dans Inhumaine, Patricia Cornwell explore leurs possibles dérives. Mais une telle intrusion relève-t-elle seulement de la fiction ? Le terme même de "surveillance électronique" évoque d'abord les détenus ayant bénéficié d'un aménagement de peine à condition de porter le fameux bracelet, mais si nous étions tous prisonniers, d'une certaine manière, de la technologie ?
L'actualité en a donné de nombreux exemples à différentes échelles. Le fichage est une réalité que nous constatons tous les jours dès que nous surfons sur le Net. Il suffit de consulter des sites de vente en ligne pour voir apparaître des publicités ciblées chaque fois que l'on ouvre une nouvelle page. Certains navigateurs ont également un mode de saisie semi-automatique qui garde une trace des informations récemment renseignées, comme les coordonnées de l'internaute. Et que dire de Facebook qui, depuis quelque temps, rappelle à notre bon souvenir les messages postés plusieurs mois, voire plusieurs années, auparavant ?
Cette surveillance s'exerce aussi dans le domaine professionnel, puisqu'un employeur peut limiter l'accès de ses salariés à Internet. La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (la CNIL) considère que cette mesure n'est pas attentatoire à leur liberté s'ils sont informés des modes de contrôles et de leur durée. Mais certaines entreprises vont parfois trop loin. En 2012, Ikéa a fait scandale après la révélation d'une affaire d'espionnage : le géant de l'ameublement avait fliqué ses salariés et ses clients en se procurant des informations sur leurs antécédents judiciaires ou leur compte en banque en ayant recours à des enquêteurs privés.

Sécurité et liberté : un équilibre fragile ?

Le contexte peut toutefois justifier certaines entorses à la protection de la vie privée et la période ayant suivi les attentats du 13 novembre l'a montré. Dans le projet de loi présenté par le gouvernement après les attaques, une disposition instaurait l'interconnexion globale de tous les fichiers, dont ceux de la Sécurité sociale. Les policiers auraient alors eu accès à de nombreuses informations privées sur les citoyens. Plus récemment, dans la nuit du 2 au 3 mars 2016, les députés ont adopté les principaux articles du nouveau projet de loi antiterroriste. Si le parquet les y autorise, les forces de l'ordre pourront désormais recourir aux Imsi-catchers, des valises permettant d'intercepter les flux téléphoniques. Le dispositif ne permet pas d'écouter le contenu des conversations, mais les données relatives à la durée des communications ou à leur localisation peuvent fournir de précieux renseignements aux enquêteurs. Le projet de loi renforce également l'obligation de traçabilité des transactions par les banques.
Dans une interview accordée au site Journal du Québec, Patricia Cornwell évoque cette transformation survenue après les attaques du 11 septembre. Le climat de peur instauré par le terrorisme a changé la donne : "On ne sait pas où se trouvent les caméras de surveillance, on ne sait pas qui lit nos courriels, qui peut écouter nos appels téléphoniques, ou quelle instance, comme la National Security Agency, peut espionner. On ne peut pas s'imaginer qu'on a aujourd'hui la vie privée qu'on avait avant. Ça n'existe plus. Il faut trouver des moyens de gérer tout cela." Inutile de sombrer dans la paranoïa 2.0, mais pensez tout de même à vider votre historique Internet ce soir en quittant le bureau...

Pour tous les lecteurs de Patricia Cornwell et les fans de son œuvre, rendez-vous ici !

Découvrez en exclusivité le premier chapitre de son nouveau roman Inhumaine aux Editions des Deux Terres

 © Deux Terres

 

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