Viol : au Kenya, les victimes abandonnées

Après des élections houleuses en 2007, le Kenya a connu une série de violences que ses femmes, mais aussi ses hommes, ne sont pas près d’oublier. Huit ans après les faits, personne ne vient en aide à ceux qui ont été violés.

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Elles sont plus de 900 à avoir subi des violences sexuelles après les élections de 2007 au Kenya. Ces victimes, dénombrées par un rapport de Human Rights Watch (HRW) intitulé "J'attends simplement de mourir", ont subi les pires atrocités et n'ont reçu, à ce jour, aucun soutien post-agression de la part de leur pays. Femmes et hommes se retrouvent livrés à eux-mêmes. Agnes Odhiambo, chercheuse sur l'Afrique pour les Droits des femmes, s'est insurgée : "Cela a été un choc de découvrir le nombre de survivantes qui sont malades, vivent dans la pauvreté et sont stigmatisées, ignorées et souvent rejetées au lieu de recevoir de l'aide du gouvernement."
Les victimes ont tout perdu, y compris leur dignité et leur statut de personne. C'est le cas de Mwangi, un père de 83 ans forcé de violer ses filles : "J'ai refusé. Ils m'ont frappé avec une barre de métal [...] Ils m'ont brisé le menton [...] Ils ont fait de moi leur femme."
Adhiambo avait 17 ans quand elle a été souillée. Tombée enceinte, elle a du mal à accepter la présence de sa fille, Brooklyn, qu'elle n'a jamais voulue : "Quand je n'avais pas à manger ou autre chose, je la battais. [...] Elle a une cicatrice sur le poignet gauche et la cuisse droite, là où je l'ai tailladée avec un rasoir."
En plus du traumatisme psychologique, les séquelles physiques sont également présentes. Apiyo, violée par 4 hommes, explique : "Mon corps n'est plus le même. Si je suis pressée, l'urine coule toute seule [...] J'ai mal dans le bas du ventre. J'ai de sévères douleurs dans le dos. [...] Mes genoux et mes chevilles me font mal. Mes hanches me font mal."

Vers la reconstruction

Faute de moyen, par honte et par peur d'être jugées, les victimes refusent de se rendre à l'hôpital. La faute à un gouvernement qui n'a pas pas fait son travail à l'époque des drames. Une lueur d'espoir éclabousse cependant les habitants. Depuis mars 2015, l'actuel président Uhuru Kenyatta a mis en place un fond de 8,7 millions d'euros pour venir en aide aux Kenyans ayant subi ces horreurs. HRW précise dans son rapport : "Une opportunité cruciale pour les victimes de viol et de violences sexuelles, si elles et leurs besoins sont correctement reconnus et que les réparations sont définies conformément aux normes et aux bonnes pratiques internationales."

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