Liban : l’enfer des femmes réfugiées

Amnesty International révèle dans un rapport, intitulé "Je veux un endroit sûr : les réfugiées de Syrie déracinées et sans protection au Liban", que les réfugiées du pays du cèdre subissent harcèlement et exploitation au quotidien, le tout dans l’impossibilité de se défendre, faute de permis de séjour valide.

© Jonathan Stutz

Les conditions des réfugiés au Liban sont loin d'être idéales, en particulier pour les femmes. Souvent seules à la tête d'une famille, pour cause de mari porté disparu ou resté en Syrie, ces matriarches tentent de survivre. Des représentants d'Amnesty International sont allés à la rencontre de ces femmes, dans le but de faire valoir leurs droits et ont dévoilé leurs constats, dans un rapport publié le 2 février 2016.

Des droits bafoués

Situation plus que précaire, exploitation, chantage et harcèlement : les réfugiées sont éprouvées dans leur statut de femme. En plus des aides financières quasi-inexistantes qui les rendent vulnérables, elles sont contraintes d'accepter tout travail, même sous-payé, pour pouvoir s'acquitter de leur loyer. Iman raconte : "Dès qu'on n'a pas de quoi payer le loyer, le propriétaire de la maison nous expulse." En découle donc un rapport de force comme le dénonce Hanan, une Palestinienne : "Ils savent que nous accepterons les salaires bas qu'ils proposent parce que nous sommes dans le besoin." Exploitation assumée donc, additionnée au harcèlement dont elles font l'objet au travail. "Ma fille travaillait dans un magasin. Le patron l'a harcelée et lui a fait des attouchements" ajoute Asmaa. Des humiliations qui les suivent même jusque dans leurs tâches quotidiennes. En effet, certaines reçoivent des avances sexuelles de la part des Libanais dans des lieux publics, allant jusqu'à proposer une aide financière en échange, les sachant dans le besoin. D'autres les menacent, arme à la main. Des faits qui, en toute logique, sont punis par la loi, mais qu'elles ne peuvent rapporter aux autorités, sous peine d'être expulsées.

La liberté, une affaire de papiers

L'actualisation des titres de séjour coûte cher depuis la mise en œuvre des nouveaux critères de renouvellement. En mars 2015, 86% des réfugiés palestiniens n'étaient pas en règle, faute de moyens. Sans permis de séjour, les femmes ne peuvent porter plainte. Jugées hors-la-loi, elles se savent dans le viseur des autorités locales qui en profitent. Une Syrienne raconte : "Les policiers passaient devant notre maison ou nous appelaient et nous demandaient de sortir les rejoindre. Il s'agissait des trois policiers qui avaient pris notre déposition. Parce que nous n'avons pas de permis, ils nous ont menacées. Ils ont dit qu'ils nous mettraient en prison si nous ne sortions pas avec eux." Un permis valide est donc une porte ouverte à la sécurité, à l'éducation et à la liberté de mouvement, que ces réfugiées, en conséquence, n'ont pas. Une situation inadmissible à laquelle Amnesty International compte mettre fin en sollicitant les autorités libanaises et la communauté internationale. L'ONG appelle à la libre demande de renouvellement de permis de séjour jusqu'au retour à une situation stable en Syrie, à la prise en charge des plaintes pour plus de sécurité et à l'accès au minimal essentiel de l'exercice des droits de chacun, comme la santé et l'éducation. Un combat malheureusement toujours d'actualité pour un enjeu considérable : la protection des droits de l'Homme.

© Jonathan Stutz

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