Violences conjugales : 30 ans de torture aux assises

Un homme de 71 ans comparaît lundi 10 février devant la Cour d'assises des Bouches-du-Rhône, pour "faits de tortures et actes de barbarie" envers sa femme Colette. Les sévices ont duré 30 ans avant que la victime ne se décide à fuir et ose porter plainte.

Violences conjugales : 30 ans de torture aux assises

"Perte de dents, ablation des  muscles du bras, cécité de l'œil gauche, mutilation du sexe, atrophie d'une  lèvre, déformation nasale". Voici l'énoncé des violences conjugales pour lesquelles René Schembri, enseignant à la retraite, comparaît à partir de lundi 10 février devant les assises des Bouches-du-Rhône.
Sa femme Colette a vécu 30 ans de supplice. Colette rencontre René en 1969 et immédiatement, les sévices commencent. Entre 1969 et 2002 (date de sa fuite du domicile conjugal),  elle a cohabité avec son mari, "dans la violence et l'humiliation", raconte-t-elle aux enquêteurs.
"J'ai perdu la vue d'un œil à cause d'une gifle, j'ai perdu mes dents : j'ai un appareil complet en haut et il ne m'en reste plus que sept dents en bas",  a-t-elle confié  au micro de BFMTV, dans le bureau de son avocat.

Colette essaye de s'échapper à deux reprises au début de leur relation. Sans succès. Elle tente alors deux fois de se suicider. Elle décrit aux policiers son mari comme un pervers excessivement jaloux, qui l'a "maintenue sous sa coupe par manipulation psychologique".
Malgré tout, ce procès, elle ne le veut "ni par vengeance, ni par haine, ni pour l'argent" : Colette souhaite simplement obtenir "la reconnaissance de la justice", et désire aussi faire passer un message à toutes les femmes victimes de violences conjugales, leur conseillant de ne pas attendre et de porter plainte dès les premiers coups. Car Colette a attendu pour porter plainte. Trop attendu peut être : la prescription étant de dix années. Elle n'a porté plainte qu'en 2009, la plupart des faits sont désormais prescrits, et son ex-mari ne sera jugé que sur les faits commis entre juin 1999 et 2002. Soit trois années sur trente. Trente, c'est aussi le pourcentage d'infirmité permanente dont est atteinte Colette.

Colette a trouvé le courage de porter plainte après une opération de la bouche : à peine opérée, elle est  de nouveau battue. "Tu es moche, tu pues, tu ne ressembles à rien", lui lance à l'époque René, selon son avocat, Me Epailly. Rassemblant tout son courage, elle parvient à prendre définitivement la fuite.

René Schembri est poursuivi pour "faits de tortures et actes de barbarie". Placé en détention provisoire, puis sous bracelet électronique durant deux  ans, il a toujours nié les faits, mettant la plupart des blessures sous le compte... d'accidents domestiques. Mais le témoignage de sa fille aînée le contredit. Elle a en effet confirmé devant les policiers avoir assisté à de nombreuses reprises aux violences exercées par son père, évoquant des coups, et accusant même son père de viol.

Le renvoi en cours d'assises et non en correctionnelle a été requis par le parquet de Montpellier en raison "d'actes extrêmement violents à l'encontre d'un conjoint en état manifeste de faiblesse psychique et de dépendance  psychologique".