Stefano Accorsi, de "prince de la nuit" à psychologue

Stefano Accorsi est l'ambitieux "prince noir" Leonardo Notte dans la série "1993", diffusée sur OCS Max. L'acteur italien est aussi un psychologue pour enfants sensible et amoureux dans le film "Fortunata" de Sergio Castellitto, en salles en janvier. Deux personnages aux antipodes pour un acteur qui se confie facilement. Entretien.

Stefano Accorsi, de "prince de la nuit" à psychologue
© Photo by Chico De Luigi - Courtesy Saverio Ferragina

Nous avions laissé le comédien transalpin Stefano Accorsi en Leonardo Notte dans 1992, série dédiée aux scandales politiques de l'Italie du début des années 90. Le créateur et protagoniste du programme y incarne un publicitaire freelance, expert en communication chez Pubblitalia et futur allié de Berlusconi. Nous retrouvons l'acteur italien à Paris, dans un salon napoléonien du Palais Vivienne pour nous parler de cette série qu'il a créée et du film Fortunata de Sergio Castellitto, présenté à Cannes en mai dernier.

Le Journal des Femmes : Que pouvez-vous nous dire sur votre rôle dans 1993 ?
Stefano Accorsi : Dans 1993, Leonardo Notte acquiert plus de pouvoir et commence à travailler aux côtés de Berlusconi. Le futur président du conseil italien, PDG de Mediaset à cette époque, a déjà un entourage de confiance, mais il commence à écouter les conseils de l'ambitieux Leonardo. Son défi sera de convaincre un homme très rationnel et qui ne prend pas ses décisions au hasard. Dans la première saison 1992, on voit Leonardo Notte tuer un policier, Rocco Venturi. Dans 1993, nous le verrons faire face à cette situation critique.

Il finit par se mettre en couple avec la veuve du policier Rocco Venturi… Pourquoi ?
Parce que c'est Leonardo Notte ! Ce n'est pas du tout un prince charmant, mais plutôt un "prince noir". C'est un personnage complexe et ambigu. D'un côté il se sent coupable, mais de l'autre, il y a le charme de la perversion.

Qu'est-ce qu'il a ce "prince noir" pour que même la starlette Veronica Castello pense à renoncer à sa carrière afin de passer sa vie avec lui ?
Il n'a rien qui puisse convaincre Veronica Castello de commencer une histoire d'amour avec lui. C'est dans la nature de Veronica de coucher avec des hommes pour faire carrière. Même s'il y a un sentiment à la base, elle se projette dans une autre vie, qui est impossible. C'est pour cela que Leonardo décide de ne pas explorer cette possibilité.

La perversion du milieu renvoie forcément à l'affaire Weinstein. Avez-vous déjà constaté des avances ou du harcèlement sexuel du côté des hommes ?
Il y a des avances, mais c'est plutôt envers les femmes. Ça peut être mignon, tant que ça ne devient pas du harcèlement sexuel. Veronica Castello utilise son corps pour obtenir ce qu'elle veut, mais dans la série il n'y a pas de jugement moral.

Vous n'avez jamais été témoin ou protagoniste d'un cas pareil ?
Non, du tout. Ces derniers jours, beaucoup de témoignages sont sortis dans les journaux. Les gens imaginent que le monde du spectacle est un vrai "bordel"... S'il y a bien harcèlement, il faut que justice se fasse. Quand les preuves ne sont pas suffisantes, il faut faire attention aux conséquences. Heureusement, je n'ai jamais eu ce type de souci, mais si je vois un homme harceler une femme, j'essaie d'agir immédiatement. Dans le monde du spectacle ou ailleurs.

Dans le film Fortunata, vous jouez un psychologue qui sort de son "code de déontologie" pour suivre ses émotions. C'est quelque chose que vous feriez ?
Oui, j'ai déjà eu la chance de vivre une telle émotion. Ça m'est arrivé avec mon métier : après le lycée, j'ai étudié dans une école de théâtre, j'ai changé de ville, j'ai pris des décisions importantes pour quelque chose qui me touchait profondément. C'est important de connaître de telles expériences, même si cela peut faire peur. Ça en vaut la peine.

Patrizio prend des décisions drastiques par amour. Cela vous est-il déjà arrivé ?
J'ai changé de ville par amour. J'ai été un italien à Paris, maintenant je suis un italien à Milan, où je suis très heureux. Mais cela n'arrive pas à tout le monde. Si tu prends des décisions drastiques, c'est que tu es prédisposé à te faire emporter par quelque chose qui peut  t'emmener loin. Mon personnage, Patrizio, a ce tempérament.

Patrizio cherche à aider un couple divorcé à bien s'occuper de sa fille. Comment doivent agir les parents séparés selon vous (Stefano Accorsi a deux enfants avec Laetitia Casta, ndlr) ?
Peu importe ce qui c'est passé, les parents qui se séparent doivent être attentifs à ce que leur enfant ressent. Sa sensibilité doit être la priorité, parce qu'il est le plus vulnérable dans l'histoire. Plus encore qu'un couple uni, il faut être de bons parents. Cette période est délicate : on doit s'identifier à lui et se rappeler quelles étaient nos nécessités à son âge.

Quel père êtes-vous ?
Je suis un père extrêmement attaché à mes enfants. Heureusement je ne suis pas du tout comparable à Leonardo Notte (il rigole, NDLR). Ils ont été les plus grandes émotions de ma vie et ils continuent de l'être. J'aime être là pour eux.

Le film parle aussi de violences conjugales. Est-ce un sujet qui vous touche particulièrement ?
Aider les femmes à dénoncer est une chose très importante. L'information et la presse ont un rôle fondamental. Quand on vit quelque chose de difficile, voir quelqu'un dans la même situation que soi nous aide à prendre des décisions. Les médias doivent donner plus d'importance à ce combat : il faut donner la parole aux femmes qui parlent pour aider celles qui culpabilisent injustement à en faire de même.

Suivez Stefano Accorsi dans 1993, à partir du 5 décembre 20h40 sur OCS MAX ou au cinéma avec Fortunata dès le 24 janvier.