Julien Boisselier : confessions d'un homme heureux

Dans 12 Millimètres pièce qu'il joue au Théâtre de l'Oeuvre, Julien Boisselier se glisse dans la peau d'un grand cuisinier aux propos mordants, bouillonnants, tranchants. Il n'y va pas avec le dos de la cuillère sur la vie. L'occasion parfaite de le passer à la moulinette sur sa vie à lui.

Julien Boisselier : confessions d'un homme heureux
© Xavier Cantat

Nous le rencontrons dans l'obscurité du sculptural théâtre de l'Oeuvre et pourtant, Julien Boisselier illumine. "Je suis tellement heureux de venir jouer cette pièce à Paris" nous répète-t-il les yeux scintillants plusieurs fois pendant notre entretien. L'acteur de 43 ans nage dans le bonheur, cela se voit, cela s'entend. Ses mots sont jolis, son doux phrasé caractéristique est enchantant. Sur les planches pour 12 Millimètres, c'est un tout autre homme. Dans cette pièce qu'il a mise en scène et qu'il interprète seul, il enfile la toque et le tablier de Jean-Jaques Detoque, grand chef cuisinier sur le point de fêter ses 25 ans de carrière dans son programme télévisé. L'occasion de faire le point sur des choix de vie qui l'ont éloigné de l'allégresse. Dans la peau de ce personnage à vif, torturé, cynique, sur le point de commettre l'irréparable, le comédien est saisissant. Preuve qu'il est un excellent artiste car dans la vie, Julien Boisselier est un homme comblé et passionné. C'est ce qu'il nous a confié au détour d'une interview 100 % culinaire. 

Le Journal des Femmes.com : Haut comme trois pommes, vouliez-vous déjà être acteur ?
Julien Boisselier : Absolument pas. Je ne faisais pas partie des enfants qui ont une révélation précoce. Jusqu'à mes 20 ans, c'était le flou artistique. C'est la timidité qui m'a mené jusqu'aux planches. Pour la vaincre, une amie m'a conseillé le théâtre. J'ai bien fait, je suis très heureux aujourd'hui.

Qu'est-ce qui vous donne la pêche ?
Mon fils. Même lorsqu'il me réveille tôt, comme ce matin, il me donne la pêche. Et jouer tous les soirs au théâtre. J'ai beaucoup de chance de faire un métier qui me passionne.

Qu'est-ce qui ne vous met pas dans votre assiette ?
Depuis que nous nous sommes retirés à la campagne avec ma femme, je suis devenu plus proche de la nature. Les dégâts qu'on lui inflige m'obsèdent, d'autant plus en tant que parent. Je pense à la planète qu'on laisse aux générations futures et ça me rend triste. On est dans une urgence absolue et les choses ne semblent pas évoluer dans le bon sens. 

Etes-vous soupe au lait ?
Je l'ai été. Je me suis soigné à l'aide d'une psy (rires) puis de ma femme, ma famille.

C'est quoi une journée aux petits oignons pour vous ?
Un réveil à la campagne. M'occuper de mon fils. Une journée avec lui et ma femme en pleine nature avant de profiter de Paris le soir, lorsque je viens jouer.

Qu'est-ce qui n'est pas de la tarte dans le métier d'acteur/comédien ?
Le chômage. Quand on n'a pas de travail, on n'existe pas en tant qu'acteur, car on ne peut pas s'exprimer. L'attente aussi. Lorsqu'il a commencé sa carrière Harrison Ford disait qu'un acteur doit savoir attendre. Dans ma carrière, j'ai eu la chance de ne pas trop attendre.

Au théâtre, la cerise sur le gâteau ?
Des gens qui se lèvent pour vous applaudir. Lorsque c'est arrivé la première fois pour cette pièce, j'ai été très touché. Voir le public oser se lever pour vous témoigner leur émotion, c'est très fort. Vous les regardez dans les yeux, il se passe quelque chose.

Qu'est-ce qui peut vous faire pleurer comme une madeleine ?
Une belle histoire d'amour au cinéma. Récemment, j'ai pleuré devant Passengers, un film de science-fiction avec Jennifer Lawrence. Elle a le pouvoir de m'émouvoir. Une grande actrice, un plan bien choisi, une belle musique, l'émotion monte.

Êtes-vous du genre à casser du sucre sur le dos des gens ?
Non parce que ça ne rend pas service. Ça se retourne même souvent contre soi. Je regrette qu'on passe plus de temps à se plaindre, être négatif. Pourtant, on se sent bien mieux en fin de journée quand on a parlé de choses qu'on aime, qu'on admire. Je crois qu'on apprend à relativiser avec le temps. Quand on est jeune, médire est une façon de se rassurer.  

Le gratin, ça vous inspire quoi ?
Le gratin Dauphinois. Un plat simple mais extraordinaire. Des pommes de terre, un peu de crème, de l'ail et quelques tranches de Comté.

Vous êtes-vous senti pressé comme un citron à un moment dans votre carrière ?
Il y une dizaine d'années, j'avais été déclaré "acteur de l'été". On m'avait collé cette étiquette parce que j'avais fait trois films sortis les uns après les autres... J'étais très sollicité, on me posait des questions sur tout en permanence. J'étais maladroit, pas à ma place. Mais cela m'a permis de comprendre qu'on n'était pas obligé de répondre à toutes les questions. Que c'est compliqué de parler de soi aussi. Il vaut mieux parler des autres.

Avez-vous déjà pris le melon ?
Oui. C'est très facile avec le cinéma, ça rend beau. J'étais jeune, toute ma vie était organisée, je gagnais bien ma vie, on me reconnaissait un peu dans la rue. Je me suis pris pour quelqu'un que je n'étais pas. J'ai beaucoup d'admiration pour les jeunes acteurs aujourd'hui qui ne bougent pas. Pierre Niney, pétri de talent, qui a un regard juste sur la vie, qui ne s'emballe pas.

Vous arrive-t-il de raconter des salades ?
En interview, j'enjolive un peu les histoires mais je pars toujours de la vérité. Pour l'anecdote, il y a quelques années avec Fred Testot, nous avions découvert que nous pouvions modifier les fiches Wikipedia. Nous nous étions amusés à inventer des vies à l'autre. J'avais eu une carrière de skipper et mon parrain de cinéma était Alain Delon. J'avais écrit qu'il avait été garde forestier. C'est resté pendant des années ce qui m'a valu l'appel d'une éditrice qui voulait publier un livre sur ma vie. J'étais surpris, je lui ai répondu que cela n'intéresserait personne. Elle m'a reparlé de ma carrière de skipper…

Vous avez plutôt le vin gai, mauvais ou triste ?
Gai. J'adore l'ivresse du vin. Une bonne bouteille, un peu de fromage et des amis : c'est merveilleux.

Vous avez quitté Paris pour le Perche : pourquoi avoir changé de crèmerie ?
J'ai eu un enfant. Avec ma femme, nous avons la chance de ne pas avoir l'obligation de vivre à paris, nous ne sommes pas tenus d'aller à un endroit précis pour travailler. Un jour, à la terrasse d'un café, je lui ai proposé de partir s'installer à la campagne. Trois semaines après, nous déménagions. Aujourd'hui, nous apprécions Paris différemment. 

Pour vous, c'est quoi le piment de la vie ?
L'amour. Dire aux gens qu'on les aime. Je viens de déjeuner avec un ami très proche, j'ai passé deux heures merveilleuses. Les gens qu'on aime sont la meilleure drogue.  

Où vous voyez-vous lorsque vous serez fripé comme une pomme reinette ?
Dans une vieille maison de retraite dans le Perche (rires). A vrai dire, je me refuse un peu à l'imaginer. J'ai du mal à me voir inactif en tout cas.

Portrait chinois :

Si vous étiez un plat salé ?
Un bar en croûte de sel. Parce que ça me permet de manger un beurre blanc avec et c'est l'un des trucs que je préfère au monde.

Si vous étiez un dessert ?
Un moelleux au chocolat. Imbattable.

Si vous étiez une odeur ? 
De l'ail qui revient dans de l'huile d'olive. Envoûtant. 

Si vous étiez une épice ?
Du paprika parce que j'aime sa couleur. Et dans les chips maison c'est délicieux.

12 Millimètres de Vincent Juillet et Mélissa Drigeard, mise en scène Julien Boisselier, du 1er juin au 29 juillet, Théâtre de l'Oeuvre à Paris IXe. Du jeudi au samedi à 20h30 et le samedi à 17h

La critique :