Sophie Nélisse : "Ma carrière est encore loin d'être assurée"

INTERVIEW - Dans "L'Histoire de l'Amour", au cinéma le 9 novembre, Sophie Nélisse confirme le talent qu'on lui avait découvert dans "La Voleuse de Livres" et "La Fabuleuse Gilly Hopkins". La jeune femme de 16 ans y incarne une adolescente qui s'interroge sur l'amour.

© EREZ LICHTFELD/SIPA

Il paraît que la valeur n'attend point le nombre des années. Sophie Nélisse en est le parfait exemple. A seulement 16 ans, la comédienne québécoise fait preuve d'une incroyable maturité, dans ses rôles comme dans la vie. Révélée au grand public en 2013 dans La Voleuse de Livres, elle a séduit par son naturel dans La Fabuleuse Gilly Hopkins. Radu Mihaileanu l'a choisi pour incarner Alma, l'un des personnages principaux de son dernier film L'Histoire de l'Amour, au cinéma le 9 novembre. Le réalisateur dit d'elle qu'elle est "la star de demain". En attendant son éclosion, Sophie Nélisse ne voyage jamais sans sa mère, qui n'est jamais loin d'elle lorsqu'elle donne ses interviews. C'est une ado comme les autres, peut-être plus mâture, mais certainement pas plus sérieuse que nous avons rencontrée.  

Le Journal des Femmes : Pouvez-vous nous présenter votre personnage, Alma ?
Sophie Nélisse :
C'est une jeune fille en pleine crise d'adolescence, qui remet sa vie en question et se demande ce qu'est l'amour. Elle n'y croit pas vraiment parce qu'aujourd'hui, l'amour, c'est de savoir qui sort avec qui. Ce n'est pas sérieux, ce n'est pas un amour vrai et passionnel. Elle a aussi une grande responsabilité parce qu'elle doit s'occuper de son petit frère et de sa mère qui n'a plus tous ses esprits. Elle est à un moment un peu difficile de sa vie.

Avez-vous des points communs avec elle ?
Je suis un peu moins passionnée qu'elle, mais on se ressemble parce que je ne suis vraiment pas le genre de fille qui va charmer les garçons à l'école, qui va embrasser n'importe qui dans une fête. Je n'ai jamais été en couple, je n'ai jamais eu de copain. Ce n'est pas mon genre d'être dans une relation pour le fun. Quand j'aurai quelqu'un dans ma vie, ce sera vraiment sérieux. Ça sera vrai. Je trouve les garçons de mon âge un peu immatures et ils ne m'intéressent pas pour le moment.     

Comment avez-vous eu le rôle ?
Le producteur du film Wait Till Helen Comes m'avait recommandée et mon agent a proposé mon nom quand Radu cherchait sa comédienne donc ça faisait deux fois qu'ils entendaient parler de moi. J'ai passé une audition. Elle était très différente des autres parce que d'habitude, on fait une lecture du scénario et on joue quelques scènes. Là, Radu m'a assise sur une chaise et m'a fait faire des exercices : il voulait que j'exprime de plus en plus ma joie sur une échelle de 1 à 10, ensuite que j'exprime de plus en plus ma tristesse. Il a aussi fallu que je pleure tout en étant contente. C'était vraiment particulier et très intéressant.

Comment avez-vous préparé le rôle ?
Je ne suis pas quelqu'un qui prépare beaucoup ses personnages. J'y vais au jour le jour. On avait déjà fait quelques lectures avec Radu pour comprendre l'essence du personnage. Quand on travaille avec un réalisateur comme lui, minimaliste, passionné et qui sait ce qu'il veut, c'est facile. Il n'y a qu'à se laisser guider.

Vous dites que vous n'avez jamais été en couple. Comment joue-t-on une jeune fille à la recherche de l'amour quand on ne l'a pas connu ?
J'ai vécu certaines choses après le film, mais c'est vrai que c'était stressant parce que je n'avais jamais été amoureuse, je n'avais jamais embrassé quelqu'un avant le tournage. Je me base sur les films, sur la relation que mon frère a avec sa copine, sur les gens autour de moi et je m'imagine comment je pourrais être si j'étais en couple. C'est drôle parce que maintenant, je réalise que c'est vraiment difficile de se détacher de quelqu'un pour qui on a vraiment des sentiments et je comprends mieux Alma.

Qu'avez-vous appris en travaillant avec Radu Mihaileanu ? 
A savoir exactement quoi aller chercher pour chacune des différentes scènes. On rejouait chaque scène de nombreuses fois, Radu voulait beaucoup de prises et beaucoup d'angles. J'ai appris à donner une diversité, à amener des changements subtils, juste en changeant une réplique ou un regard.

Entre chaque projet je retourne à ma vie d'adolescente

Vous avez eu un début de carrière assez fulgurant. Avez-vous peur d'être dépassée par ça ?
Pas vraiment parce que j'ai de bons amis qui m'aident à garder les pieds sur terre. Ça n'a jamais été mon rêve d'être comédienne. Quand j'ai un rôle je suis contente, mais je vis ma vie d'adolescente : je vais encore à l'école, je cherche un plan B au cas où ça ne marcherait pas. Pour le moment tout va bien, mais je réalise que ce n'est pas un métier stable et ma carrière est encore loin d'être assurée. Je suis contente avec chaque projet qui vient et entre chaque, je retourne à ma vie d'adolescente.

Vous envisagez vraiment la possibilité que cela puisse s'arrêter ?
Tellement de choses peuvent arriver. Les gens peuvent arrêter de m'aimer, peut-être que quand je serai plus vieille, je serai moins bonne, je pourrais même me faire renverser par une voiture, avoir une déformation du visage et ne plus avoir aucun rôle… Si je me retrouve sans diplôme à 17 ans ou 20 ans, ça ne va pas le faire.

Quels sont vos modèles au cinéma ?
Kate Winslet m'impressionne beaucoup par la diversité de ses rôles et parce qu'elle s'accepte vraiment en tant que femme. Elle s'assume et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle refuse d'être photoshopée. Elle sait que ce n'est pas la réalité, qu'à un moment donné, on vieillit. Pour toutes les femmes qui s'inspirent d'elle, c'est important de savoir qu'elle n'est pas parfaite comme on le montre à la télévision. Elle envoie vraiment un beau message aux jeunes femmes.

Y-a-t-il un cinéaste avec lequel vous aimeriez travailler ? 
Xavier Dolan. Ma sœur a tourné avec lui dans Mommy et elle a vraiment aimé. Je n'ai entendu que des bonnes choses sur lui. Il a l'air tellement passionné, tellement gentil et ses acteurs sont toujours phénoménaux dans chacun de ses films.

Y-a-t-il des personnages ou des rôles que vous rêveriez d'incarner ?
J'ai fait beaucoup de choses différentes, mais je n'ai pas encore fait de film d'action, de film policier ou de films comme Hunger Games, une histoire avec un meurtre ou quelque chose comme ça. Des personnages un peu plus sombres et rebelles.

Pouvez-vous me raconter une anecdote ou un souvenir pour chacun de vos films ? 
Monsieur Lazhar ? Je retiens le groupe de jeunes comédiens, on était vraiment une classe très proche. On pensait qu'on était plus cools que les autres. On était les maîtres de la table de babyfoot.
La Voleuse de Livres ? J'en ai tellement, mais je pense que ma scène préférée c'était la bataille de boules de neige. C'était vraiment le fun. J'ai même lancé une boule directement dans la caméra.
La Fabuleuse Gilly Hopkins ? J'ai rencontré une de mes supers bonnes amies, Clare Foley. Souvent, je passais les week-ends chez elle à New York. Avec ma petite sœur, on est allées voir plein de spectacles ensemble. Ce que je retiens le plus, c'est l'amitié qu'on a développée.
Mean Dreams ? J'ai vraiment peur des araignées. J'ai tourné une scène dehors, dans un champ. Je jouais avec les feuilles, j'ai ouvert ma main et il y avait une grosse araignée. Je me suis mise à pleurer juste avant la prise. Mon partenaire essayait de me calmer, mais je n'arrêtais pas de pleurer.
L'Histoire de l'Amour ? Il y avait des scènes que j'étais gênée de faire parce que je ne danse pas de la même façon que mon personnage. Radu se mettait derrière la caméra et faisait la scène avec moi. Il dansait pour que je me sente un peu moins gênée.

L'Histoire de l'Amour, de Radu Mihaileanu, avec Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Derek Jacobi... 2h14. Au cinéma le 9 novembre. 

© Wild Bunch Distribution

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