Patricia Kaas : ses deuils, son burn out, Mademoiselle sort du blues

INTERVIEW - Patricia Kaas revient après deux années d'absence. De ce passage à vide, la chanteuse à la voix rauque est ressortie plus sereine, plus confiante, plus forte. Nous l'avons rencontrée pour évoquer son burn out, ses deuils et son nouvel album, emblème de sa renaissance.

Quatre ans après son album-hommage à Edith Piaf, Patricia Kaas revient avec un nouvel opus, composé de titres originaux, 13 ans après Sexe Fort. Un disque qui porte son nom, symbole de son renouveau, qui n'aurait pas vu le jour si elle n'avait pas enduré une période d'épuisement professionnel. A l'occasion de la sortie de ce dernier, disponible dès le 11 novembre, et de la diffusion de Patricia Kaas, Mademoiselle chante… le 18 novembre à 20h55 sur France 3, nous avons discuté avec cette "Fille de l'Est" chaleureuse, franche et humble, autour d'un lait chaud. Rencontre.

Le Journal des Femmes : Que s'est-il passé pendant ces deux ans de silence ?
Patricia Kaas : Ces deux dernières années ont été difficiles. Ça faisait 10 ans que je fonçais, je voulais tout le temps me surpasser avec des projets hyper ambitieux et fatiguants, à toujours vouloir me prouver que j'étais géniale. A un moment ça a explosé, j'ai fait un burn out. S'il était venu 10 ans avant, ça aurait été mieux.

Qu'est-ce qui a déclenché ce burn out ?
J'ai perdu mon petit chien, Tequila, qui était comme ma fille. Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. Je me suis dit : "Elle est partie, prends soin de toi, pense à toi", ce que je n'avais jamais vraiment fait avant. Elle était dans ma vie depuis plus de 11 ans. J'étais tout le temps sur la route et j'avais cette petite boule de poils, toujours heureuse, qui ne demande pas grand chose, sinon de l'amour. A part la parole, elle avait tout. Elle est morte en plein milieu de la tournée et tout s'est effondré. Je me suis demandé si je devais tout stopper, mais arrêter quelque chose qui me donne autant de plaisir, c'est complètement con, ce n'était pas la solution.

Comment avez-vous remonté la pente ?
J'avais besoin d'enlever les responsabilités "inutiles". Je produisais mes albums et mes tournées, puis je me suis rendue compte que je voulais juste monter sur scène et chanter. Je ne voulais plus avoir cette casquette de productrice. Du coup, j'ai signé avec un label et j'ai même vendu ma maison. 

"L'absence d'un enfant n'est pas un regret"

Vous avez toujours été franche sur les étapes douloureuses de votre vie : la mort de vos proches, l'absence d'un enfant…
L'absence d'un enfant n'est pas un regret. C'était mon choix de ne pas en avoir, sauf qu'à un moment, quand on est une femme, il y a une échéance. Quand le rôle s'inverse et qu'on vous dit que c'est trop tard, on prend quand même un gros coup. Ça change la donne parce qu'on pensait pouvoir décider. Ça m'avait choquée, mais maintenant, je ne peux pas dire que je regrette. Il y a l'adoption, mais je vais être égoïste : je suis enfin en paix avec moi-même et aujourd'hui, j'ai juste envie de vivre. Peut-être que je changerais d'avis dans 5 ans.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre vie ?
Je ne peux que la regarder avec des yeux émerveillés et flattés. J'ai comblé le manque d'amour des gens que j'aime par celui du public. Je ne sais pas si je me serais autant battu si je n'avais pas perdu ma mère à 20 ans. J'étais très proche d'elle, je voulais absolument lui montrer que j'étais forte. Puis il y a eu un fou qui m'a suivie pendant 2 ans et la perte de mon papa. Si je n'avais pas toutes ces blessures, peut-être que je ne pourrais pas chanter de cette façon. Pour moi, mon nouvel album, c'est ça. Je ne veux pas que l'on m'enlève tout ce que j'ai vécu, je veux le garder toute ma vie. Je crois que j'ai réussi à faire ce deuil que j'ai traîné pendant des années.

Comment appréhendez-vous la cinquantaine ?
Je me sens plutôt jeune. C'est quand même un chiffre : je me dis qu'une fois que le 50 sera passé, j'aurais 9 ans de paix ! Aujourd'hui, j'ai beaucoup plus confiance en moi. Je me pose toujours autant de questions, j'ai des doutes. Je crois surtout que je me prends beaucoup moins la tête qu'avant. Je veux profiter, pas forcément faire la bringue, mais prendre soin de moi et surtout, savoir dire "non".

"C'est un album qui révèle la femme que je suis aujourd'hui"

Pourquoi avoir donné votre nom à cet album ? Est-ce symbolique ?
Je suis passée par plusieurs noms et à un moment je me suis rendue compte que je n'avais jamais donné le mien. Ça fait 13 ans que je n'ai pas fait un disque avec mes propres chansons. L'après burn out, c'est aussi une renaissance. Là, il y a l'âme en plus, une espèce de sagesse. Quand je l'ai écouté pour la première fois, j'ai pleuré, ça ne m'était jamais arrivé. Avant, ma façon de crier ma tristesse, ma joie ou mes peines c'était sur scène. Là, je l'ai fait à nu.

Vous semblez apaisée, mais votre nouveau disque est plutôt mélancolique.
J'évoque les femmes battues, l'inceste… Je ne voulais aucun interdit. Je ne suis pas porteuse de messages et ne prétend pas pouvoir changer les choses. En revanche, je ne vois pas en quoi aborder le sujet est un souci, ce sont des problèmes qui existent. C'est un album qui révèle la femme que je suis aujourd'hui et je pense que c'est important qu'on le comprenne. Aujourd'hui je ne me mets pas de barrières, je crois que je suis arrivée à un âge où je n'ai plus qu'à prouver des choses à moi-même.

Patricia Kaas sera en tournée dans toute l'Europe à partir de janvier 2017.

© Warner Music

Patricia Kaas par Patricia Kaas, disponible dès le 11 novembre.

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