Emmanuelle Devos : "Ma vie est très réussie"

Deux César, un Molière et une pluie de récompenses auréolent cette actrice à la fois fantasque et élégante charismatique et discrète, inspirée et philosophe. Emmanuelle Devos est une Diane Chasseresse dans MOKA. Elle nous entraîne dans la vengeance d'une mère meurtrie...

© Pyramide Distribution

Munie de quelques affaires, d'un peu d'argent et d'une arme, Diane Kramer part à Evian. Elle n'a qu'une obsession : retrouver le conducteur de la Mercedes couleur moka qui a renversé son fils et bouleversé sa vie... Ainsi commence le nouveau film de Frédéric Mermoud adapté du roman de Tatiana de Rosnay. Rencontre avec son actrice principale, aussi épatante que sombre à l'écran...

Le Journal des Femmes : Pourquoi vous dans Moka ?
Emmanuelle Devos : C'est le fruit de mon entente sur le tournage de Complices avec son réalisateur, Frédéric Mermoud. J'avais un second rôle et avec Frédéric, le dialogue est bien passé. On s'est dit que l'on avait envie de se retrouver et de passer plus de temps ensemble sur un film. Il a donc dégoté ce roman de Tatiana de Rosnay et l'a adapté en pensant à moi.

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Pouvez-vous décrire Diane ?
Emmanuelle Devos : C'est une femme assez caractérielle, mais généreuse. Il lui arrive la pire chose au monde : elle perd son enfant dans un accident idiot. Elle trouve la force de se lancer dans une sorte d'enquête pour retrouver la personne qui a tué son fils. Cette quête va l'aider à supporter l'insupportable.

Est-ce qu'incarner une mère dans le deuil a été une souffrance que vous avez dû dépasser ? Emmanuelle Devos : Le film devait se faire un peu plus tôt. On a mis près de trois ans à le tourner. Cela m'a laissé le temps de m'imaginer dans cette situation qui est loin d'être anodine. On sait que c'est de la fiction, mais il faut s'habituer à l'idée. C'est vrai que j'y ai pensé avant, j'ai écrit des choses sur la mort d'un enfant, comme une sorte de journal intime de cette femme. C'est là que j'ai ressenti l'immense douleur de ce personnage. Sur le tournage, en revanche, je n'ai pensé qu'à être dans l'action, tourner plan après plan, être dans le côté chasseur.

Ce personnage de Diane est sans fard, porte une parka informe, une posture loin de la séduction. Être abrupte devant la caméra vous a-t-il demandé du travail ?
Emmanuelle Devos :
On est dans le fait d'acter, de jouer. L'absence de maquillage est justifiée, logique. Les vêtements larges sont pratiques. Diane s'échappe d'un endroit dont elle était prisonnière. Elle s'évade de son chagrin, de sa mise sous tutelle, de sa condition d'objet de désir. A travers cet aspect neutre, il y a une volonté chez elle de disparaître… pour mieux se concentrer sur sa recherche. Pour moi, elle n'est pas vengeresse, elle veut connaître la vérité.

Vous êtes dans un jeu intense. Est-ce que c'était éprouvant physiquement ?
Emmanuelle Devos :
Oui, il fallait être en forme. Beaucoup de marche, de pentes, de montagnes, de tensions... Mais l'ambiance était heureuse et énergique. La plus grande fatigue sur un tournage est psychologique. Ce qui peut être difficile à endurer, ce sont les contradictions entre un réalisateur et les acteurs, une mauvaise atmosphère, un manque d'échanges.... Ce n'était pas le cas.

Croyez-vous au destin ?
Emmanuelle Devos :
C'est drôle car je m'interroge beaucoup sur ce sujet. Je suis un peu protestante sur les bords… Je crois beaucoup aux événements que l'on appelle, pas au hasard. Par exemple, dans une coïncidence, je verrai "un signe" comme le dit l'expression. Les choses n'arrivent pas de manière fortuite. Ça ne se révèle pas toujours juste ou intéressant… C'est à nous de diriger, de trouver un chemin de vie. Quand j'entends "destin", j'entends "responsabilité individuelle". 

Questions aléatoires :

Que chantez-vous sous la douche ?
Emmanuelle Devos : Rien. Je prends des bains et j'écoute de la musique ou des émissions de radio.

Quel est votre talent caché ?
Je suis très bonne au tir à la carabine. Je gagne tout ce que je veux dans les fêtes foraines avec une prédilections pour les nounours immondes.  

Qu'avez-vous réussi de mieux jusqu'à aujourd'hui ?
Ma vie. Elle est très réussie, j'en suis très contente.

Aimez-vous votre visage ?
Le mot aimer n'est pas approprié. Disons que je vis avec mon visage sans trop de conflits, il y a une bonne cohabitation. Je ne l'aime pas, mais il me ressemble.

De quoi avez-vous peur ?
C'est sûrement une réponse basique : je redoute la mort des gens que j'aime et je crains la maladie…

Moka, en salles le 17 août

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