Slimane : "Chanter dans les bars est la meilleure école qui soit"

Il a marqué les esprits avec ses interprétations chargées d’émotion dans l’émission The Voice. Le 8 juillet 2016, Slimane sortira "A bout de rêves", son premier album. Rencontre avec un passionné dont les rêves sont devenus réalité.

© Samir Bahrir

Ne jamais perdre espoir et toujours croire en ses rêves. Telle pourrait être la philosophie de vie de Slimane qui a toujours gardé confiance malgré un parcours semé d'embûches. Le jeune de banlieue qui rêvait de passer le périph' et faire de sa passion son métier est aujourd'hui reconnu pour son talent. A 26 ans, le vainqueur de The Voice sort A bout de rêves, un premier album intense et chargé d'émotion. Quelques jours avant la sortie de l'opus, nous l'avons rencontré. Coiffé de son célèbre bonnet noir, Slimane nous a parlé de son enfance, de musique et de sa participation à The Voice. Confidences d'un artiste accompli.

Slimane © Samir Bahrir

Le Journal des Femmes : Quand avez-vous commencé à faire de la musique ?
Slimane : Dans ma famille, personne ne faisait de la musique, mais nous en mettions à la moindre occasion. Ce n'est que vers l'âge de 12 ans que j'ai voulu en faire. Je me rappelle voir un enfant chanter à la télévision et dire à mes parents que moi aussi je voulais chanter. Ma mère était surprise mais elle m'a demandé de lui chanter une chanson et finalement, ça a dû lui plaire car elle m'a inscrite dans une chorale. Je n'ai jamais arrêté depuis.

Vous avez commencé en chantant dans des bars à Paris. Vous continuez d'ailleurs à le faire.
Je trouve que c'est la meilleure des écoles. Dans les bars, tu chantes devant des gens qui ne te connaissent pas et qui ne sont pas là pour toi. Il faut réussir à capter leur attention et les tenir à des heures improbables. C'est vrai que j'y retourne très souvent car l'ambiance est géniale. La différence c'est que depuis The Voice, on m'écoute un peu plus (rires). Mais je veux garder ça, c'est ce qui imprègne ma musique.

Qu'est-ce qui vous a poussé à participer à The Voice ?
Plus jeune, j'ai participé à quelques émissions dans l'espoir de percer. C'était le seul moyen de rencontrer des personnes qui faisaient ce métier. En voyant que ça ne fonctionnait pas, je me suis remis en question. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à chanter dans les bars. Quand on m'a proposé The Voice, je me sentais prêt.

Votre meilleur souvenir de l'émission ?
Il y en a tellement mais deux prestations m'ont marqué. La première est l'audition à l'aveugle. Quand les 4 coaches se sont retournés, je me suis dit que mon travail payait enfin. C'est aussi ma première rencontre avec le public et c'est grâce à eux que je suis là aujourd'hui. Puis Les yeux de la mama, la chanson que j'ai interprétée pour ma mère. C'était un moment très émouvant et on le partagera longtemps.

Qu'est-ce qui selon vous, a fait que vous soyez rapidement considéré comme le favori de l'émission ?
Je pense être venu avec beaucoup de travail et paradoxalement, beaucoup de spontanéité. Lors de l'audition à l'aveugle, j'ai tout donné car je n'avais tellement plus rien à perdre. J'ai chanté la chanson comme si je me trouvais dans le piano-bar où je travaillais. C'est peut-être cette émotion-là qui a touché le public.

Vous écrivez et composez vos propres chansons. Un exercice facile ?
C'est devenu un rituel, un moyen de m'extérioriser et, très vite, j'ai noté que le fait de chanter mes propres textes était important. Faire des reprises est très difficile pour moi. D'ailleurs, il n'y a qu'une reprise dans l'album, A fleur de toi de Vitaa. Dans l'écriture, je m'inspire de ce que je vis et ce qui m'entoure. J'ai 26 ans, je parle donc de choses qui me correspondent, de l'amour et de la famille… Je crains un peu la réaction du public car c'est la première fois que les gens écouteront vraiment mes textes. J'espère qu'ils les comprendront et que le retour sera positif.

Vous avez sorti votre premier single deux semaines après la fin de l'émission. Pourquoi cette rapidité-là ?
Il faut savoir que ça fait 10 ans que j'espère sortir un album et je travaille sur mes chansons depuis plus de 3 ans. On me dit que ça va vite mais c'est un travail de longue date. L'histoire de l'album a commencé bien avant The Voice, donc pourquoi attendre ?

Ce 1er single est Paname. Un titre autobiographique qui relate les rêves de succès d'un jeune de banlieue.
Il représente tout ce que j'étais et ce que je suis devenu aujourd'hui. Je suis un mec qui écrivait ses chansons, qui rêvait de percer et qui se disait qu'un jour, il chanterait à sa mère qu'il l'aime. C'est arrivé sur le plateau de The Voice mais aussi au pied de la Tour Eiffel, c'est dingue !

Sur L'enfant de la rue, vous parlez d'une enfance difficile mais remplie d'amour.
Depuis tout petit, j'imprime tout ce que je vois. Il m'est arrivé de voir des choses dures mais, en même temps, les plus beaux souvenirs que j'ai se trouvent là-bas. Je pense que " Les je t'aime en pansement de l'âme " sont réels : notre foyer était rempli d'amour et ça nous aidait à faire l'impasse sur la dureté du monde extérieur. Avec l'âge, je me rends compte que grandir entouré d'amour est quelque chose rare alors que je pensais que c'était normal. Je réalise encore plus la chance que j'ai eue.

Le vide est une chanson pleine d'espoir que vous avez partagée après les attentats de Paris.
A la base, c'est une chanson sur l'absence, sur ce qui se passe après avoir perdu un amoureux ou un parent. Quand les attentats ont touché Paris en novembre dernier, j'ai réécouté cette chanson et elle a pris un tout autre sens. Je me suis dit qu'elle ne m'appartenait plus et que c'était un devoir de la partager. Il y a eu un engouement autour de ce titre et j'en suis fier car elle défend l'amour. Quoiqu'il se passe, on peut être plus fort en étant rassemblés. On me dit souvent qu'elle est triste alors que si on l'écoute attentivement, on se rend compte qu'elle est remplie d'espoir.

Votre album s'appelle A bout de rêves. Êtes-vous à bout de rêves ?
J'ai vécu à bout de rêves pendant très longtemps car je prenais mes décisions sans réfléchir, juste parce qu'à un moment précis, mon rêve était de vivre de la musique. J'ai arrêté les cours et je suis parti de mes parents très jeune pour vivre mon rêve. Je ne voulais pas que cet album porte le nom d'une de mes chansons, je voulais qu'il représente ce que j'avais vécu avant.

Votre bonnet vous a porté bonheur. Depuis quand le portez-vous ?
Bien avant The Voice. En fait, j'ai perdu le tout premier, mais depuis la deuxième émission, celui-ci ne me quitte pas. J'ai appris récemment que mon arrière-grand-père en portait toujours un. C'est peut-être une transmission de l'au-delà, qui sait ? Dessous (il enlève son bonnet pour nous montrer, ndlr), il n'y a rien de particulier, juste des cheveux que je laisse pousser (rires).

A bout de rêves, 1er album de Slimane, dans les bacs le 8 juillet 2016 © Universal

Qu'est-ce que vous menez à la baguette ?
Rien car j'aime être surpris. Je suis impliqué dans tout ce que je fais mais je crois en la liberté et je pense qu'on peut toujours se perfectionner.

Qu'est-ce qui vous met des trémolos dans la voix ?
Les larmes d'une femme.

Qu'est-ce que vous envoyez valser ?
Les a priori. J'aime bien les paradoxes, la liberté.

La dernière fois que vous l'avez mise en sourdine ?
Quand j'ai gagné The Voice. Je ne savais plus quoi dire et je crois que je ne réalise toujours pas ce qui m'arrive.

La dernière fois que vous vous êtes réveillé en fanfare ?
Avant-hier. J'habite en colocation et le matin, on met de la musique et on danse pour se motiver.

Quelle chanson entonnez-vous le plus en ce moment ?
Cheap Thrills de Sia. Elle est parfaite pour se réveiller justement.

Une musique qui adoucit les mœurs ?
Toutes. Pour moi, c'est un des médicaments du monde. Ça a été le mien en tout cas. J'aime beaucoup le titre I'm ready for love d'India Arie, une chanteuse qui n'est pas encore assez connue en France.

Vous arrive-t-il de jouer du pipeau ?
Très rarement. J'essaie d'être le plus vrai possible. Les seules fois où je peux mentir c'est pour ne pas vexer les gens.

Découvrez le clip de Paname, premier extrait de l'album A bout de rêves de Slimane :