Christophe Maé : "J'assume davantage qui je suis"

Christophe Maé rend son public "dingue, dingue, dingue" depuis dix ans. Un anniversaire que le chanteur a décidé de marquer avec un quatrième album très personnel, "L'Attrape-rêves". Après avoir cherché son paradis et tracé sa route, l'artiste à la voix cassée se livre enfin. Rencontre.

© Yann Orhan

"Je suis un capteur d'émotions." Accent chantant et sourire sympathique, Christophe Martichon de son vrai nom est également un bon conteur. Sur ses albums, il dépeint des histoires qui le touchent sur des musiques qu'il estime "solaires". Un entêtement entêtant qui fait son succès depuis dix ans et sa révélation dans la comédie musicale Le Roi... Soleil (coïncidence ?). À coup d'harmonica et de joie de vivre, le chanteur a signé des tubes tels que "Belle demoiselle", "Tombé sous le charme" ou "On s'attache". Mais il aura fallu un quatrième album, L'Attrape-rêves, pour que ce fils de boulangers, pâtissier de formation, se dévoile davantage. À 40 ans, le "p'tit gars" de Carpentras signe un opus intime sur la paternité, l'amour et ses angoisses. "Je zigzague entre joie et tristesse", nous a-t-il avoué. Confidences sur canapé.

© Yann Orhan

Le Journal des Femmes : Pourquoi avoir attendu trois ans avant de revenir avec L'Attrape-rêves ?
Christophe Maé : Le cycle de trois ans entre chaque album me va bien. Je divise cette période en deux, entre tournée et création. C'est le temps nécessaire pour souffler, prendre le temps de me remettre en question. Chaque album est un recommencement. Celui-là plus encore que les précédents.

Comment ça ?
Je suis parti des textes pour laisser le pouvoir aux mots. C'est la première fois que je travaille ainsi. Pour les albums précédents, j'avais d'abord composé une partition sur laquelle j'ajoutais du yaourt en fonction de la phonétique. Puis je trouvais des mots qui ressemblaient à ce son. Sur Je veux du bonheur, la musique prenait beaucoup de place. Là, j'avais envie de quelque chose de plus personnel, plus cash, plus incisif.

Pourquoi cette volonté de vous confier ?
Parce que j'ai écrit cet album à l'aube de la quarantaine, après dix ans de carrière. Quelque chose s'apaise, j'assume davantage qui je suis. Il y a quelques années, j'aurais eu du mal à parler de moi. "Il est où le bonheur ?" vient d'un coup de cafard, un soir après la tournée. Je n'avais pas le moral et écrire ce que je ressentais m'a posé. C'était une thérapie.

Ce ne serait pas la crise de la quarantaine, ça ?
Je ne crois pas (sourire), mais j'ai eu besoin de passer un cap. Pour une fois, j'ai voulu raconter ce que j'avais dans la tête, le cœur, les tripes. Des émotions nous traversent, il faut les saisir pour les mettre sur papier. Dans "Marcel", j'évoque la paternité, la transmission. C'était une urgence de dire à mon fils à quel point je suis habité par lui.

C'est votre autre fils, le plus grand, qui a d'ailleurs trouvé le nom de l'album…
En rentrant de l'école, il m'a fait découvrir l'attrape-rêve, que je ne connaissais pas. Il m'a demandé de lui en acheter un pour capturer ses cauchemars. J'ai trouvé ça génial ! Il m'est alors revenu la phrase "comme on rêve, on devient", avec laquelle je me suis construit. J'ai su que le titre de l'album serait L'attrape-rêves, avant même de commencer à l'écrire.

"Je pense être à ma place"

© Yann Orhan

Sur "Lampedusa", vous parlez des migrants… Pourquoi ce choix ?
Je n'ai pas écrit cette chanson, mais j'ai craqué en lisant ce texte. On ne peut pas rester insensible face à un tel récit. Surtout quand on est privilégié comme je le suis. Au moment où je me suis penché dessus, on parlait moins de cette crise. Il n'y a pas vraiment de message dans "Lampedusa", c'est l'histoire d'un homme qui rêve d'Eldorado et qui rencontre la mort.

Un artiste doit-il devenir porte-parole des causes qui le touchent ?
Je pense être à ma place. J'aime faire des chansons et quand une émotion me parle je la mets en musique avec ma sensibilité. Ce sont des sujets délicats, clivants. Si les dirigeants du monde ne trouvent pas de solution, ce n'est pas moi qui vais y parvenir. Je préfère rester à ma place plutôt que de dire n'importe quoi.

"Ballerine" parle de votre femme. Quel rôle joue-t-elle à vos côtés ?
Elle ne prend pas trop de place pour me laisser m'épanouir dans mon milieu. Je ne pourrais pas être avec quelqu'un qui s'immisce dans ma vie professionnelle. Si quelque chose la tracasse, elle est là pour le dire et alors j'écoute sa bienveillance. 
Notre histoire dure depuis 14 ans justement parce qu'on a cette liberté. Je n'ai pas une vie de sédentaire. J'ai toujours eu la volonté de faire de la musique, de prendre la route. C'est ce qui me convient et à elle aussi.

Dans "La Parisienne", vous évoquez une génération branchée, accro aux réseaux sociaux. Comme vous ?
J'aime bien Instagram parce que c'est très simple. Les gens ne s'éternisent pas, ils se contentent de poster une photo avec une légende. J'adore les fringues, alors je suis des gens, je rebondis. Comme Deezer, ça permet de rencontrer des familles artistiques. Facebook m'intéresse moins, je passe maximum 10 minutes par jour dessus. Je préfère la vraie vie.

Je suis surprise de ne pas vous voir avec votre fameux pantalon beige...
Il était vert et je l'ai porté dix ans ! C'était mon baggy du début, il m'a porté bonheur. Tout le monde me disait de l'enlever, mais j'étais bien dedans. Je vais vous dire une chose : là je porte un vieux bleu de travail, un pantalon de mineur… S'il tient le coup, je vais le garder un moment aussi (rire).

L'Attrape-rêves (Warner Music), disponible depuis le 14 mai. En tournée dès mars 2017.

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