Zita Hanrot : "Je reviens sur terre et ma tête sort des nuages"

Retenez son nom, car vous allez le croiser en haut de l'affiche dans les prochains mois. Zita Hanrot, récompensée en février par le César du Meilleur espoir féminin pour son rôle dans "Fatima", crève l'écran dans "Rose et le Soldat", une fiction diffusée sur France 2 mercredi 20 avril. La comédienne incarne une jeune femme vive et passionnée, dans un rôle pas tellement éloigné de la réalité. Tout pour nous plaire...

© Lizland Films
  Rose et le Soldat, réalisé par Jean-Claude Flamand Barny, avec Zita Hanrot, Fred Testot, Pascal Légitimus. Diffusion sur France 2 à 20h55 mercredi 20 avril 2016. © Lizland Films


Elle est l'une des révélations de cette année cinéma 2016. Zita Hanrot a été sacrée en février Meilleur espoir féminin lors de la dernière cérémonie des César. Une récompense décernée pour sa prestation dans Fatima, réalisé par Philippe Faucon. Autre registre, autre fulgurance, la comédienne de 26 ans brille dans dans le téléfilm Rose et le Soldat, diffusé à 20h55 sur France 2, mercredi 20 avril. La fiction lève le voile sur un pan méconnu de l'Histoire de France : comment les Antilles sont entrées en Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la France est coupée en deux par le régime de Vichy.
Sous la direction de Jean-Claude Flamand Barny, Zita Hanrot imprègne l'histoire de sa présence, en force et en même temps extrêmement subtile. Diplômée du Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, révélée au grand public en 2012 dans Radiostars, la jeune Zita Hanrot s'impose déjà comme un talent à suivre. Lorsque nous la rencontrons pour parler de Rose et le Soldat, elle arrive tout juste de la gare et traîne sa valise avec elle. Vive, rieuse et passionnée, la comédienne nous parle avec admiration de ses idoles et de son métier, s'interrompant à peine pour griller deux cigarettes.

Le Journal des Femmes : Avez-vous repris vos esprits un mois et demi après votre César ?
Zita Hanrot :
Au moment des César, je tournais une série au Maroc. Le rythme était très fatigant, très intense. Deux jours après la cérémonie, je repartais tourner dans la boue, du coup, ça remet bien les pieds sur terre. Je jouais aussi une pièce et je faisais des allers-retours entre le Maroc et la France. C'était une période bien fatigante, mais super excitante. Peu à peu, je reviens sur terre et ma tête sors des nuages.

Qu'avez-vous ressenti quand vous avez appris votre nomination ?
J'étais tellement heureuse. L'émotion que j'ai ressentie était peut-être plus forte qu'aux César parce que je ne pensais pas du tout faire partie des 5. Quand j'ai appris ça, j'ai bondi de joie. Comme quand on a un super casting et qu'on fait "Aaaaah !" (rires). J'étais super heureuse et je ne l'ai pas caché. Je l'ai fêté le soir avec des copines.

Vous connaissiez l'histoire des Antilles françaises, racontée dans Rose et le Soldat ?
Pas du tout. Ma mère est d'origine caribéenne, elle vient de Jamaïque. Ce n'est pas la même chose puisque c'est une colonie anglaise alors que les Antilles étaient une colonie française. Elles ont une autre histoire que je ne connaissais pas parce qu'on n'en parle pas dans les livres. Personne n'est au courant de ça et je trouve important la de faire découvrir. Le réalisateur, Jean-Claude Flamand Barny, est Guadeloupéen. Il creuse son sujet sur l'héritage et les séquelles de la colonisation. C'est intéressant de travailler avec un réalisateur ou une réalisatrice engagé dans un thème.

L'Histoire est un domaine qui vous intéresse ?
J'étais un peu nulle à l'école, mais c'est vrai qu'en Histoire j'étais plutôt forte (rires). Ça m'intéresse de comprendre les processus : comment le nazisme et le fascisme, qui datent d'il n'y a pas si longtemps, reviennent, comprendre les boucles, comment on reproduit des schémas, comprendre les causes et l'héritage. Je ne vais pas faire que des films historiques parce que je suis curieuse, mais Rose et le Soldat était l'occasion de s'intéresser à autre chose que soi.

Rose est passionnée et engagée. Ce sont des traits de caractère que vous partagez avec elle ?
Je suis assez passionnée. Je ne suis pas engagée politiquement, contrairement à elle : je peux penser des choses, mais je ne vais pas forcément passer à l'acte, tandis qu'elle, elle trace. Elle n'est pas d'accord, elle subit l'injustice au début du film et elle décide de se battre. Je ne suis pas aussi engagée qu'elle, mais c'était super intéressant d'interpréter un personnage très politisé, combatif, volontaire et déterminé. Rose a une vraie évolution, c'est un personnage très riche à jouer. C'est une jeune femme qui prend les armes dans un milieu assez masculin. Elle a un côté super moderne et qui est vachement beau.

Que pensez-vous de la manière dont les femmes sont représentées à la télévision et au cinéma ?

© Lizland Films

Il y a de temps en temps une vision assez réductrice de la femme. Elle est souvent vue à travers le regard des hommes et n'a pas d'identité propre. Je trouve ça un peu dommage, mais j'ai l'impression que ça évolue. Il y a de plus en plus de cinéastes femmes. J'ai eu l'occasion de travailler deux fois avec des réalisatrices (Mia Hansen-Løve pour Eden et Rachida Brakni pour De Sas en Sas, ndlr) et j'ai beaucoup aimé ça. Le cinéma et le théâtre sont des milieux très masculins. Je ne comprends pas pourquoi, mais il y a plus d'hommes que de femmes alors qu'on a des histoires aussi intéressantes et pertinentes à raconter. Il y a des réalisateurs, comme Philippe Faucon avec Fatima, qui racontent la femme autrement que par le prisme de l'homme. Dans Rose et le Soldat, c'est Rose qui mène la danse et les hommes la suivent. C'est elle qui est dans le mouvement et qui avance tandis que les hommes sont un peu en retrait.

Comment avez-vous débuté dans le métier ?    
J'ai tourné à 13 ans dans la série Le Tuteur. À 18 ans, je me suis dit que j'avais vraiment envie d'en faire mon métier et j'ai commencé à prendre des cours de théâtre. La première vraie émotion intense que j'ai eue à cet âge-là c'était en voyant la pièce Les Ephémères, d'Ariane Mnouchkine, à la Cartoucherie, en 2008, avec ma classe de Terminale. J'ai aimé la scénographie, la direction d'acteurs, le sujet, le niveau de jeu, la pudeur et l'émotion. C'était un spectacle très puissant. Ça ne ressemblait pas à du théâtre comme on se l'imagine quand on est petit. Il y avait quelque chose d'assez cinématographique dans la mise en scène. Ça m'a vraiment bouleversé et je me suis dit que j'avais envie de bouleverser les gens comme les comédiens.

Avez-vous une préférence pour  le théâtre, le cinéma ou la télévision ?
J'aime les trois : tant que le projet est intéressant et que les gens avec qui je travaille sont intéressants... Le cinéma et la télévision sont plus dans l'instant. Il n'y a pas ce côté répétitif qu'on a au théâtre, mais il faut aussi être extrêmement honnête vis-à-vis de soi-même quand on joue pour toucher les gens. J'aime beaucoup la répétition. Je ne crois pas trop à la spontanéité. J'ai besoin de ressasser pour trouver la justesse.

Êtes-vous cinéphile ?
J'ai la chance que les membres de ma famille soient des gens très curieux qui lisent énormément, qui regardent beaucoup de films, qui écoutent de la musique... Ils m'ont transmis leur curiosité. J'ai vu pas mal de films, mais il y en a énormément que je n'ai pas vu. J'allais souvent au cinéma quand j'étais ado. J'allais voir des blockbusters et au fur et à mesure, je me suis ouvert à d'autres genres de cinéma. Je suis aussi une grande fan de David Lynch que j'ai découvert pendant mon adolescence.

Quels sont vos rêves de comédienne ? Y a-t-il des réalisateurs avec lesquels vous aimeriez travailler ou des personnages que vous voudriez incarner ?
J'adorerais travailler avec les frères Coen, Tarantino, Desplechin, Guillaume Brac, Lucie Borleteau, qui a réalisé Fidelio, L'Odyssée d'Alice. Il y a vraiment beaucoup de gens avec qui j'aimerais travailler ! (rires). Et j'aimerais bien jouer un personnage comme Erin Brockovich. Je regardais tout le temps le film avec Julia Roberts quand je tournais Rose et le Soldat parce que pour moi, il y avait quelque chose de commun, sans dire que j'ai fait du Julia Roberts (rires), entre ces femmes qui s'engagent pour une cause et vont presque tout sacrifier pour elle.

Pouvez-vous nous parler de vos projets ?
J'ai tourné dans De Sas en Sas, le premier long-métrage de Rachida Brakni. Je joue Rachida quand elle était jeune. Le film est inspiré de sa vie et sortira cet automne. Je suis complètement fan de Rachida (rires). Je trouve qu'elle a une force, un charisme et une intelligence impressionnants. Ça fait du bien d'être avec des gens comme ça. On se dit : "La chance que j'ai de pouvoir les rencontrer !" J'ai joué dans le court-métrage de Félix Moati, avec Vincent Lacoste et Esther Garrel. Je vais aussi retrouver Jean-Claude Flamand Barny pour le film Le Gang des Antillais, qui sort cet automne.

Vous pourriez passer de l'autre côté de la caméra ?
Si tout se passe bien, je réalise un court-métrage en janvier 2017. La réalisation, faire de la mise en scène au théâtre, ça m'a toujours intéressé. Il faut savoir ce qu'on va raconter et pourquoi on le raconte. J'ai beaucoup de copines actrices qui me fascinent et j'ai envie de les mettre en avant.

Vous diriez que votre César vous a apporté de la confiance ou de la pression ?
Un peu les deux. Ça apporte de la confiance, mais pas toujours de la bonne. Il y a des moments où on peut se sentir un peu grisée alors qu'il faut continuer à travailler et une petite pression aussi parce que je me dis qu'il ne faut pas que je me rate (rires). C'est comme si avant j'étais dans l'anonymat et que maintenant, il y a une espèce d'attente qui n'est pas violente à vivre, mais je me dis qu'il faut être à la hauteur de la confiance que les gens ont placée en moi. J'essaie de faire des choix intéressants, de participer à des projets intéressants et de travailler dix fois plus pour bien les préparer. Oui, ça met un peu de pression, quand même, j'avoue (rires).

Rose et le Soldat, réalisé par Jean-Claude Flamand Barny, avec Zita Hanrot, Fred Testot, Pascal Légitimus. Diffusion sur France 2 à 20h55 mercredi 20 avril 2016.