François Damiens nous invite sur sa planète

Dans "Des nouvelles de la planète Mars" en salles le 9 mars, François Damiens est Philippe Mars, un père de famille divorcé plan-plan, catapulté dans une autre galaxie. Celle de la folie douce. Nous l'avons rencontré pour qu'il nous parle de sa vision du monde.

François Damiens est Philippes Mars dans le film de Dominik Moll © Michaël Crotto

Malgré ses formidables rôles de papa-poule dans SuzanneLa Famille Bélier et plus récemment le très poignant Les Cowboys, qui lui a valu une nomination aux César, quand je pense à François Damiens, j'ai l'image du beauf graveleux et pervers de Dikkenek. Celui-là même qui fait des photos de charme et appelle sa maman quand il se fait "carjacker". Avant de le rencontrer, je révise mes blagues les plus potaches histoire de ne pas faire tache si François m'embrouille. Mes galéjades resteront planquées dans mes poches. Disponible, calme et d'une grande gentillesse, François Damiens me répond simplement avec une franchise désarmante. Il m'invite sur sa planète, celle d'un père de famille bien dans ses baskets qui se réjouit de "monter avec [ses] enfants à Paris à l'occasion des César". 

Le JournalDesFemmes.com : Pouvez-vous présenter votre personnage, Philippe Mars ? 
François Damiens 
: C'est un père de famille qui essaie de tout bien faire mais qui se retrouve complètement dépassé par son entourage : une femme partie, un fils qui veut devenir végétarien, une fille ambitieuse, une sœur barrée. Et surtout, un collègue de bureau qui entre dans sa vie et qui va chambouler son quotidien. Chacun de ces personnages va bousculer ses convictions.

Qu'est-ce qui vous a plu dans cet homme qui "essaie de tout bien faire" ? 
Philippe Mars c'est quelqu'un qui n'a pas une vie très sexy. On a envie de lui acheter une raquette de tennis et de lui dire d'aller jouer avec ses potes deux heures le mardi soir puis d'enchaîner avec une bière. Mais en même temps, il ne se plaint pas. Il reste digne, se bat. C'est ce que j'aime dans ce personnage, il reste ouvert, n'est pas borné. Il est à l'écoute de son entourage, prêt à se remettre en question. C'est aussi quelqu'un qui ne sait pas mettre de barrière. Quand son collègue Jérôme vient sonner chez lui pour lui demander de l'héberger, il n'arrive pas à lui dire non. Philippe Mars ce n'est pas quelqu'un qui met les gens en difficulté. Ce trait de caractère m'a touché.

Parce que vous êtes un peu comme ça ?
Je peux paraître un peu irréfléchi parfois débile mais j'essaie aussi de faire le mieux possible. Je pense qu'il y a surtout pas mal de Dominik Moll dans ce personnage, dans les deux d'ailleurs. Il a un côté assez rigide à la Philippe Mars mais en même temps il a aussi un petit côté ado et il s'entoure de gens assez fantasques dans son travail.

Dominik Moll aime bien les personnages de perturbateurs aussi…
Il les connaît bien parce qu'il leur ressemble un peu. Mais toujours avec cette touche de rigidité. C'est ce qui lui permet d'écrire un scénario très posé, écrit mais avec une part d'humour. C'est d'autant plus intéressant que l'effet comique n'est pas du tout recherché. 

Sa fille reproche à Philippe Mars d'accueillir Jérôme pour assouvir une pulsion morbide…
Je pense plutôt qu'inconsciemment, il sent que Jérôme va lui apporter quelque chose. S'il l'avait senti si toxique, dangereux pour ses enfants, il ne l'aurait pas hébergé. C'est comme dans la vie, quand on se met en difficulté et que les autres trouvent ça irraisonnable alors que pour soi, ça a du sens.

Vous avez déjà été à l'encontre de votre entourage ?
Je me suis déjà mis en difficulté quand j'ai traversé l'Atlantique alors que je ne suis pas marin professionnel et que mon entourage me prenait pour un fou. Cela dit c'était un risque "calculé" parce que je ne suis pas parti faire la traversée en rafiot avec un débile à bord. Je m'étais un minimum renseigné avant. Mais c'est pareil pour les vacances, j'aime pas aller dans les clubs parce que je sais qu'il ne va rien m'arriver. Le buffet est bien fourni et puis quoi ? Et puis rien ! Je préfère l'aventure, partir sans guide. Ça permet d'aller à la rencontre des gens.

A ses parents qui lui conseillent de "donner à ses enfants un petit quelque chose qui s'appelle la confiance dans l'avenir", Philippe leur répond "L'époque n'est pas facile pour avoir confiance en l'avenir". Trouvez-vous l'avenir anxiogène ? 
La vie d'aujourd'hui n'est pas facile mais elle ne l'était pas plus il y a des siècles. Je crois que cela dépend de la façon d'appréhender son quotidien. Il y a des gens positifs et ceux qui vont dire que les belles années sont passées. Ça m'agace. La vie n'est pas facile, mais une vie facile, c'est quoi ? Une vie faite de vacances avec un compte bien fourni ? C'est comme quand il pleut, il y a ceux qui vont se plaindre et ceux qui diront que les jardins seront magnifiques cet été. Tout dépend du "filtre" avec lequel vous appréhendez la vie.

Est-ce qu'un peu de folie est nécessaire pour faire un pas de plus ?
Je ne sais pas si on peut parler de folie mais j'ai le sentiment que les personnes qui font des choses petites ou grandes prennent forcément plus de risques. Et les gens très rationnels et réfléchis comme Philippe Mars ont besoin de gens un peu plus instinctifs, qui osent, qui y vont.

Est-ce que vous avez un objet un peu farfelu pour vous détendre ? 
Non. J'ai plutôt tendance à prendre des objets, les manipuler. Je casse des stylos, je plie des petites cuillères. J'abîme la protection de mon téléphone, je décolle le film protecteur, ce genre de choses.

Que pensez-vous des César (question posée la veille de la cérémonie, ndlr) ? 
C'est une chouette fête, ça fait toujours plaisir d'être nommé. J'y vais un peu les mains dans les poches. Je sais bien que ça ne sera pas mon tour cette année. C'est l'occasion de passer un week-end à Paris avec les enfants aussi.

Quel est votre pronostic ?
J'ai adoré l'interprétation de Vincent Lindon. Il est parfait, magistral. Il conserve sa dignité tout en affrontant la tempête. Il continue à avancer dans un moment où beaucoup d'autres se seraient lamentés sur leur sort.

Interview cosmique

Etes-vous terre à terre ? 
Oui. Parfois j'ai des montées cosmiques aussi. Mais je suis faussement irréfléchi parce que je n'aime pas l'idée de tomber. Quand je tombe, j'essaie que ce ne soit jamais trop bas.

Quel geste écolo faites-vous pour la planète Terre ?
J'essaie d'en avoir pleins de petits au quotidien. Je ne laisse pas couler l'eau quand je me brosse les dents. Je limite le chauffage. On dit toujours qu'il fait froid chez moi d'ailleurs. Je préfère la voile que les bateaux moteurs, je limite les navettes en voiture. C'est du bon sens. C'est comme dans le quotidien, ça ne sert à rien d'aller à l'Eglise tous les samedis. Il suffit d'être sympa avec sa famille et ses amis.

Avez-vous le sentiment d'être né sous une bonne étoile ? 
J'ai énormément de chance et j'essaie de la partager. Mais avant d'avoir de la chance, il faut la susciter.

Vous levez-vous à l'aube ?
Je n'aime pas l'idée d'aller dormir parce qu'il va plus rien m'arriver et je n'aime pas me lever parce que je suis bien dans mon lit. C'est comme dans la vie, je n'aime pas arriver quelque part, ni partir. Je préfère le milieu en fait !  

Etes-vous solaire ou lunaire ? 
Un peu des deux je crois. Quand je suis bien, tout le monde est bien. Mais quand je suis mal et que je n'ai pas envie de m'amuser, je peux mettre une très mauvaise ambiance. J'aime bien la casser pour mieux la reconstruire. Les "effets" m'ennuient. Je n'aime pas les fêtes trop organisées ou quand vous avez fait un bon dîner et qu'un mois après vous donnez rendez-vous pour essayer de le reproduire. C'est souvent "mouais bon, pff".

Des nouvelles de la planète Mars en salles le 9 mars 2016 © Diaphana Distribution