Adèle Exarchopoulos, sans chichi dans Les Anarchistes

Dans Les Anarchistes d’Elie Wajeman en salles le 11 novembre 2015, Adèle Exarchopoulos est Judith, une jeune femme amoureuse de l’amour et de la vie. Un rôle qui lui colle à la peau.

© Matthieu Ponchel

Comme pour faire écho à l’esthétisme du film d’Elie Wajeman, c’est au Cabaret Maxim’s que nous rencontrons la jeune actrice. Fébrile à l’idée d’échanger avec celle qui a crevé l’écran dans La vie d’Adèle, nous patientons, sagement. C’est pieds nus, ses Jimmy Choo motif léopard à la main qu’Adèle Exarchopolous fait son entrée avant de nous lancer un charmant bonjour et de nous demander: "tu vas bien" ? Tahar Rahim dit de sa partenaire qu’elle est instinctive, généreuse, "vraie". En effet, cash, directe, avec un bagout qui fait son jeu et sa renommée, l’actrice se raconte avec une sincérité aussi touchante que troublante. Adèle est pleine de vie.

Adèle Exarchopoulos est Judith dans Les Anarchistes © Matthieu Ponchel

Le JournalDesFemmes.com : Pourquoi vous dans Les Anarchistes ?
Adèle Exarchopoulos : Peut-être parce que j’incarne la vivacité qu’il cherchait pour mon personnage. Il a senti une liberté dans mon jeu et a pris le risque de me projeter dans un rôle complètement différent des précédents. 

Quels traits de caractère partagez-vous avec Judith ?
Sa passion, son amour des mots, sa solitude et sa liberté.

Vous dites vous être inspirée d’une certaine Rirette Maîtrejean…
C’était une institutrice qui s’est beaucoup penchée sur le mouvement anarchiste. Il y avait une grande de similitude entre cette femme et mon personnage. J’ai lu beaucoup de documentation, de témoignages la concernant et cela m’a vachement touchée. Je trouvais ça plus intéressant de me plonger dans ce mouvement à travers une femme qui a vraiment existé plutôt que dans des livres d’histoire.

Quelles sont les contraintes à jouer dans un film d’époque ?
J’ai dû changer un peu mon élocution. Le port du corset m’a pas mal aidée car cela influe sur ton impatience, ta nervosité, ta manière de te tenir, te mouvoir ou respirer et même, sur ton appétit. Ça enferme complètement le corps et tu appréhendes plein de choses différemment ne serait-ce que faire l’amour ! Nous, on se déshabille n’importe où, on peut faire ça partout. A l’époque avant de pouvoir s’aimer il fallait d’abord passer l’épreuve du corset.

Justement, comment se sont passées les scènes d'intimité avec Tahar Rahim ?
Je connaissais Tahar de vue car il habite dans mon quartier et nous avons des amis très proches en commun mais je l’ai vraiment découvert sur ce film. C’est un partenaire avec qui le jeu est très fluide. Parfois j’avais le sentiment d’être complètement connectée, d’avoir le même rythme que lui, les mêmes battements de coeur. Il y avait quelque chose d’hyper fraternel qui s’est rapidement développé entre nous. Du coup, les scènes d’intimité étaient un peu plus difficiles que si cela avait été avec un inconnu. Pour éviter le malaise, on essayait d'en faire un moment drôle. Il faut plaisanter de l’impudeur. Ce qui était marrant pendant nos scènes d’amour c’était de voir Tahar défaire mon corset.

Au-delà d’une complicité, Tahar Rahim dit que vous partagez une similitude de jeu ? 
On est dans l’animalité, plus que dans le cérébral. Tahar a plus de technicité mais on partage quelque chose d'instinctif. On a un peu le même parcours aussi. On est tous les deux passés de l'ombre à la lumière en trente secondes. On a tous les deux été confrontés à l’intérêt démesuré des gens ce qui est vicieux car cela te fait vachement douter. Quand t'élimines tous ces parasites, tu te demandes si tu mérites ta place, comment tu vas être reçue dans un autre rôle que celui qui t’a mis sur le devant de la scène. Il y a ce truc commun de doute et de passion entre nous. Et de pression aussi.  

Le fait de partager l’affiche avec une bande d’acteurs n’a-t-il pas fait baisser la pression ?
C’est une bande incroyable. Guillaume Gouix est très fort en impro, il a le sens du rythme. Karim Leklou est l'acteur le plus pointu et le plus généreux de tout le cinéma, c'est un génie, un Patrick Dewaere. Je ne comprends pas qu'on ne se l'arrache pas pour un premier rôle. Swan Arlaud est fascinant. Il a une gueule impressionnante et il assume tout, il incarne tout. 

N’est-ce pas difficile de trouver sa place parmi un groupe d’acteurs ?
On met son égo de côté, on partage notre part du gâteau qui est commune. Sur un tournage, il y a un intérêt commun. Être égoïste est une menace, cela va à l’encontre même du film. Je n’ai le souvenir d’aucun malaise et s’il y en avait un, on se le disait.

Cette camaraderie, la retrouvez-vous hors tournage ?
J’évite de l’exposer dans les médias parce que j’ai le sentiment que cela pipe la relation. Cela dit, les amitiés que j’aies sont très sincères. Je suis proche de Leïla Bekhti. Entre nous, il n'y a aucun filtre et c’est rare dans le cinéma. Elle n’hésite pas à me dire quand j’ai mal joué et je ne me gêne pas de lui demander pourquoi elle a accepté tel ou tel rôle. Entre nous, il n’y a aucun filtre, pas d’hypocrisie, que de la bienveillance et ça, c'est rare. 

Et la concurrence ?
La concurrence est saine, ça fait partie du jeu. Quand je rate un casting et que c’est une actrice que je respecte qui a le rôle, je suis ravie. Il n’empêche qu’il y a beaucoup de gros égo, parfois ça frôle le pathétisme. On ne fait que du cinéma, on ne sauve pas des vies.  

Par amour, accepteriez-vous d’être trahie ? 
C’est dur de parler des choses sans les avoir vécues, mais je crois que non. J'ai vachement de codes d'honneur. Quand j'aime, je donne toute mon âme. Si l’on me trahissait, cela influencerait trop ma manière d'être. Je ne me sentirais plus libre dans ma relation. Je préfère tellement la sincérité, qu’on se dise les choses. Je comprends pas les gens qui prétendent n’avoir jamais eu envie de quelqu'un d'autre. C’est faux et puis c’est humain, animal. L’assumer rend la chose plus saine. Regarder les autres hommes me fait encore plus apprécier le mien. Le mensonge, c’est la racine du mal au sein d'une relation. 

Vous êtes une femme de promesse ?
Comme tout le monde, je fais des faux pas, j'hésite, je doute. Mais quand je dis quelque chose, surtout si cela concerne ma famille, je vais jusqu’au bout.  

Vous êtes plus solitaire ou bande de potes ?  
Les deux. J'ai toujours eu ma bande de potes, mais j'ai appris à aimer une certaine solitude. En revanche, quand je suis avec mes potes, je suis complètement dans le partage. Quand je pars en tournée ou à Cannes, je les invite. A quoi bon vivre des trucs de fou si tu ne les partages pas ?

Est-ce aussi une façon de garder les pieds sur terre ? 
Sincèrement, je sais que je ne me perdrais jamais dans ça. Je pourrais me perdre dans les addictions, les passions mais l'hypocrisie du cinéma, jamais.

Que diriez-vous à nos lecteurs pour leur donner envie d’aller voir le film ? 
Au delà d'être un film relativement engagé, c'est une histoire sur les sentiments, la fraternité, la solitude, la bande. Des thématiques qui nous touchent tous, enfin… je crois.

Dans le film, la bande d'amis se livre au jeu des associations. Que répondez-vous si je vous dis :
Amour : passion 
Tahar : rare
Amitié : inconditionnelle
Sawn : grand 
Elie : pudique 
Justice : compliqué 
Police : compliqué 
Cinéma : dur de résumer en un mot
Ami : rare mais précieux 
Génération : fière
Anarchiste : j'espère 

Affiche du film Les Anarchistes d'Elie Wajeman, en salles le 11 novembre 2015 © Matthieu Ponchel