Robert Redford : "Les femmes devraient être davantage récompensées"

Robert Redford, légende hollywoodienne s'il en est, s'évertue à défendre le cinéma indépendant depuis plus de 30 ans. Après avoir créé le célèbre Festival du film de Sundance, l'acteur-réalisateur a lancé la chaîne du même nom, qui lui rend hommage samedi 26 septembre avec une programmation spéciale. Le Journal des Femmes a rencontré ce monstre du 7e art pour parler télé et ciné.

© Sundance Channel
Robert Redford à Paris, en septembre 2015 © Sundance Channel

Robert Redford, c'est L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, c'est le Kid, acolyte de Butch Cassidy, c'est Gatsby Le Magnifique. Quand il entre au George V à Paris, c'est un demi-siècle de l'histoire d'Hollywood qui se présente à vous. Un corps sculpté par des années de sport, des yeux toujours aussi bleus et une beauté striée par le temps, mais toujours flagrante. A 79 ans, l'acteur aux deux Oscars porte les années à merveille. Il est face à nous pour évoquer Sundance Channel, la chaîne de télévision qu'il a créée pour promouvoir le cinéma indépendant, en marge du célèbre festival du mois de janvier. Interview avec une lumière du cinéma.                               

Quelle est l'histoire de Sundance ?                                             
Sundance est né en 1980, quand je me suis aperçu que les studios hollywoodiens n'allaient plus faire de films indépendants sous leur propre bannière, qu'ils comptaient suivre l'argent et se concentrer sur des blockbusters. Il me semblait primordial que cette industrie reste vivante. Tout a commencé comme un laboratoire qui donnait une opportunité aux nouveaux artistes de développer leurs compétences avec des mentors scénaristes, réalisateurs, acteurs, directeurs de la photographie, monteurs… Ils avaient enfin un endroit où améliorer leurs aptitudes.      

C'est là que l'idée d'un festival a émergé ?
Nous avons réalisé que les grands studios ne laissaient pas de place à ces artistes. Ca nous a donné l'idée d'un festival, avec l'envie de créer une communauté, de travailler ensemble, de partager. Dans les années 90, Sundance a pris une ampleur à laquelle je ne m'attendais pas. Dire que je pensais que ça ne marcherait pas à cause de son emplacement, dans les montagnes de l'Utah, au milieu d'un pays Mormon… Mais c'est peut-être pour ça que ça a fonctionné. Bref, nous avions quelque chose avec de la valeur. Grâce à nous, les films indépendants avaient plus de chance d'exister, mais ça ne durait que 10 jours en janvier. Il était clair pour moi qu'il y avait autre chose à développer. Sundance Channel m'est apparue comme la meilleure idée. Nous l'avons lancée aux Etats-Unis dans les années 90.

Le futur du cinéma passera-t-il par la télévision ?
La télévision est une bonne pub, mais je ne pense pas qu'elle puisse vraiment prendre la place du cinéma. Les films ont leur place dans les salles obscures, quand les gens s'assoient ensemble dans le noir pour regarder un grand écran. Je détesterais que ça disparaisse. La télé peut accroître leur valeur, mais elle sera toujours plus petite, plus confinée.

Quand vous dites que le festival a grossi au-delà de vos attentes, vous sous-entendez qu'il a pris trop d'importance ?
Au début, Sundance était minuscule. Il n'y avait qu'un cinéma, peut-être 150 films et peu de gens qui faisaient le déplacement. Aujourd'hui, il y a une vingtaine de cinémas et 70 000 visiteurs, c'est presque trop à gérer. La menace est arrivée quand de mauvaises personnes ont commencé à s'intéresser au festival, comme les maisons de mode, de parfums. Ils ont offert trois fois le loyer normal pour exploiter les boutiques de Main Street sur les 10 jours du festival. Ils ont commencé à attirer les célébrités avec des cadeaux et avec eux, ont suivi les paparazzi. Tout ça n'avait rien avoir avec ce qu'on voulait faire. Puis, la récession de 2008 est arrivée et ces gens ont commencé à passer leur chemin. Nous sommes revenus à notre objectif premier.

Sundance influence-t-il Hollywood ?
Peut-être un peu, mais il n'a jamais été question d'être opposé à Hollywood, simplement d'ajouter un complément. Hollywood est une bonne industrie à laquelle j'ai beaucoup contribué. Aux premières heures du festival, les studios hollywoodiens ne venaient pas. Une fois que les choses se sont accélérées, que des films de Sundance ont commencé à sortir pour le grand public, Hollywood l'a remarqué. Les grands studios se sont mis à venir pour acheter des films. Ils nous ont comme adoptés.

Aux derniers Oscars, on a beaucoup critiqué le manque de nominations des noirs et des asiatiques. Au Festival de Cannes, on ne cesse de parler du manque de films réalisés par des femmes. Est-ce important pour vous, pour le festival, de résoudre ces problèmes de diversité ?
C'est tout ce dont il est question. Le Sundance Institute a été créé pour soutenir et célébrer la diversité, trop occultée par le cinéma grand public. Les femmes, c'est très important pour nous. Elles sont victimes d'injustices, elles n'ont pas toujours le soutien qu'elles méritent, mais c'est en train de changer. Des films comme Zero Dark Thirty ou Boys Don't Cry nous rappellent qu'il y a de plus en plus de réalisatrices. Il devrait y avoir plus de récompenses pour les femmes. Je pense qu'on ne leur donne pas le crédit qu'elles méritent, elles devraient être plus récompensées, mais ça avance et j'aime l'idée qu'on puisse y contribuer.

Sundance Channel consacre une soirée à Robert Redford samedi 26 septembre à partir de 21 heures. Au programme : la diffusion de The Strongest Man et Christmas, Again, deux films repérés lors du dernier festival de Sundance.