Alicia Vikander, brillante étoile montante

Alicia Vikander, jeune Suédoise au physique de poupée, à la voix profonde et au talent éclatant, vient de remporter l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour "The Danish Girl". Nous l'avions interviewée au moment de la sortie en salles du drame "Mémoires de Jeunesse". Rencontre avec une actrice déjà incontournable.

© USA Today/DDP USA/ABACA

Autant vous faire au joli minois d'Alicia Vikander, car Hollywood ne parle que d'elle. L'actrice suédoise a remporté l'Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour The Danish Girl, face à Kate Winslet, Rooney Mara ou encore Rachel McAdams. De quoi commencer 2016 en beauté, après avoir trusté les grands écrans en 2015. Si le film de Tom Hooper lui vaut la précieuse statuette, la jeune femme de 27 ans a également fait parler d'elle en espionne pop dans Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E de Guy Richie, en robot séduisant dans Ex-Machina et en figure féministe du XXe siècle dans Mémoires de jeunesse, pour lequel nous l'avons rencontrée à Paris. Dans ce drame poignant, elle montre l'étendue de son jeu en interprétant avec brio la féministe anglaise Vera Brittain, amoureuse, libre, dont les rêves partent en fumée avec la Première Guerre mondiale.
Dans le salon d'un grand hôtel parisien, Alicia Vikander est vêtue d'une jolie robe kaki qui met son bronzage en valeur. La symétrie parfaite de son visage nous frappe, comme sa gestuelle prononcée et son impeccable accent anglais sublimé par une voix aux notes graves. Ouverte, franche, celle qui partage la vie de Michael Fassbender rit facilement, s'épanche sur des anecdotes. Elle, l'actrice que tout Hollywood s'arrache ? La Suédoise paraît gênée du constat, mal à l'aise. Totalement sous le charme, on comprend pourquoi l'industrie ne jure que par cette poupée rafraîchissante. Pendant qu'elle nous raconte ses rêves de fleuriste et son admiration pour sa grand-tante, on espère qu'une seule chose : que les paillettes de la gloire ne ternissent jamais ses yeux scintillants de sincérité.

Qu'est-ce qui vous a plu dans l'histoire de Vera Brittain ?
Quand vous lisez ses mémoires, vous entendez la voix fervente et moderne d'une jeune femme avec les mêmes idées, les mêmes pensées, les mêmes rêves que ceux d'une femme d'aujourd'hui. Sauf que sur la page d'à côté, elle décrit qu'elle n'a pas le droit de sortir sans chaperon, qu'elle ne peut aller à Oxford parce c'est un monde d'hommes. Au fil des pages, j'ai compris l'ampleur du combat qu'elle a dû mener. Grâce à son récit, l'approche de cette période devient plus personnelle, on ressent ce que c'est d'être piégée, brimée, condamnée au silence par la société. C'est une description personnelle, sincère et honnête d'une femme qui cherchait sa voie et qui est devenue l'une des plus grandes féministes et pacifistes du XXe siècle.

Vera Brittain avait un fort caractère, elle savait exactement ce qu'elle voulait. Comme vous ?
J'espère, même si ça ne veut pas dire que je ne doute pas de temps en temps. Je suis heureuse d'avoir grandi en Suède, entourée de modèles masculins et féminins, d'amis, qui m'ont toujours encouragée à faire entendre ma voix. J'ai l'impression d'avoir mûri dans un environnement où on m'a donné la chance de m'exprimer pour que je puisse avoir confiance en moi.

Quels combats seriez-vous prête à mener ?
Je suis dans une industrie où c'est assez clair qu'il n'y a pas suffisamment de rôles féminins et trop peu de réalisatrices, mais j'ai l'impression que c'est un sujet qu'hommes et femmes veulent aborder. La discussion est le premier pas de tout changement, de toute révolution. Ces cinq dernières années, quelques gros blockbusters portés par une femme sont devenus d'immenses succès commerciaux. C'est un bon début, même si le chemin est évidemment encore long…

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Quelles femmes vous inspirent ?
Celles dont j'ai été le plus proche. Ma mère, avec qui j'ai grandi, est une actrice (Mary Fahl Vikander, comédienne de théâtre, ndlr) que j'ai admirée. Je n'ai jamais connu mes grands-parents, mais ma grand-tante m'a beaucoup inspirée. Même à 89 ans, elle voulait parler de mes copains, de sexe, de politique… Elle disait toujours "oh mon dieu, dans les années 30 je ne pouvais rien faire !". Elle m'a fait comprendre que si la société, le décor et les règles ont changé, les émotions humaines sont restées identiques. Elle était capable de m'expliquer ses expériences avec les mêmes sentiments que je le fais.

Votre famille est-elle un soutien ?
Mes parents lisent les scénarii qui m'intéressent et les scripts des films que je fais. On discute ensemble de mes rôles. C'est comme débattre avec des personnes que vous admirez. En tant qu'atrice, la plus grande aide de ma mère a été la passion qu'elle avait pour son métier et que j'ai pu observer petite. C'est aussi elle qui m'a introduite aux films, aux livres, au théâtre. J'ai appris à travers ça.

Jeune, Vera Brittain voulait devenir écrivain. Et vous, quel rêve a bercé votre enfance ?
J'ai fait partie d'un ballet jusqu'à mes 19 ans, donc j'ai eu le rêve de danser pendant plusieurs années, même si avec une mère actrice, j'ai toujours aimé le théâtre et le cinéma. Vers 7 ou 8 ans, je m'imaginais fleuriste. J'ai pu concrétiser ce rêve à la sortie du lycée, pendant 4 mois, pour me faire un peu d'argent, alors que je n'ai absolument pas la main verte. J'ai en quelque sorte travaillé mon jeu d'actrice, quand j'étais seule et que les gens me demandaient conseil alors que je n'y connaissais rien (sourire). Je leur racontais n'importe quoi car j'étais trop embarrassée de leur dire que je ne pouvais pas répondre à leurs questions (rire). Je suis désolée pour toutes ces personnes !

A quelle époque auriez-vous aimé vivre ?
Je suis plutôt heureuse d'être née dans les années 80. Sinon, ce serait chouette de retourner dans les sixties. J'ai toujours eu cette vision romantique de l'époque à laquelle mes parents étaient adolescents. Ma mère avait de grandes bottes en cuir blanches, qu'elle portait avec des mini-jupes pendant que mon père écoutait les Beatles avec ses cheveux duveteux… Je me demande encore comment c'est possible quand je vois les photos (rire).

Les médias disent que vous êtes LA future grande actrice d'Hollywood. Comment vivez-vous cette pression ?
C'est un peu incongru de lire ce genre de commentaires. Les films qui sortent maintenant ont été tournés il y a 2 ou 3 ans, ce qui m'a permis de me protéger de l'exposition. J'ai eu le temps de mûrir, de prendre confiance en mon travail. Même si je me suis préparée mentalement aux sorties, à la promotion, ça reste éprouvant pour les nerfs, difficile émotionnellement. C'est tellement différent du tournage !

L'heure du choix :

Plat suédois ou fast-food américain ? Du hareng mariné, s'il vous plaît !

Quentin Tarantino ou Terrence Malick ? Terrence Mali… oh non ! Je ne sais pas ! Je prends les deux.

Virée entre amis ou soirée télé ? Regarder la télé avec mes amis semble une bonne idée, mais le verre de vin de l'autre côté…

Ville ou campagne ? Campagne.

Bière ou vin ? Vin !

Chat ou chien ? Chien.

Talons ou baskets ? Baskets.

Instagram ou Facebook ? Je n'ai aucun des deux…

Kit Harington ou Taron Egerton (ses partenaires dans Mémoires de jeunesse) ? C'est l'amour versus la famille, je ne peux pas m'aventurer sur ce terrain là (rire).